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 Plusieurs experts s’accordaient pour dire que ce gazoduc risquait de devoir traverser, notamment, le territoire estrien de Coaticook à Granby, en passant par Eastman et Magog.
 Plusieurs experts s’accordaient pour dire que ce gazoduc risquait de devoir traverser, notamment, le territoire estrien de Coaticook à Granby, en passant par Eastman et Magog.

Gaz naturel: la fin du projet Goldboro ?

Coralie Beaumont
Coralie Beaumont
La Tribune
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SHERBROOKE - Le projet Goldboro semble remis en question par les dirigeants de Pieridae. Rappelons que ce projet visait la construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel (GNL) dans la ville éponyme en Nouvelle-Écosse par l’entreprise albertaine Pieridae Energy. 

Le tracé du pipeline qui aurait acheminé le gaz albertain jusqu’en Nouvelle-Écosse pour être exporté ailleurs dans le monde n’a jamais été confirmé par Pieridae. Toutefois, plusieurs experts s’accordaient pour dire que ce gazoduc risquait de devoir traverser, notamment, le territoire estrien de Coaticook à Granby, en passant par Eastman et Magog.

« Alors que Pieridae a fait d’énormes progrès dans l’avancement du projet Goldboro LNG, au 30 juin 2021, nous n’avons pas été en mesure de remplir toutes les conditions clés nécessaires pour prendre une décision finale d’investissement », explique Alfred Sorensen, le CEO de Pieridae Energy par voie d'un communiqué en anglais. 

La décision a donc été prise « d’orienter Goldboro LNG dans une nouvelle direction ».  

Selon Pieridae, « il est devenu évident que les pressions sur les coûts et les contraintes de temps dues à COVID-19 ont rendu la construction de la version actuelle du projet GNL impraticable ». Pour Colin Pratte, un chercheur associé à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) qui étudie l’industrie du gaz naturel liquéfié, l’abandon du projet était prévisible principalement pour deux raisons. 

Des coûts de production très élevés

L’expert soulève le fait que le projet Goldboro aurait dû composer avec des coûts de production jusqu’à 50% plus élevés que les terminaux de GNL situés aux États-Unis. « Ça aurait fait du projet Goldboro, l’un des moins compétitifs au monde, avec des coûts de production parmi les plus élevés au monde », appuie-t-il en précisant qu’il s’agit d’une dynamique similaire pour le projet GNL Québec.

M. Pratte explique que ces coûts importants sont dus à deux facteurs. D’abord, le gaz, qui aurait probablement été exporté vers l’Europe, aurait dû provenir de l’Ouest canadien. « Le cout de transport pour transiter le gaz de l’ouest sur plus de 5 000km jusque dans les maritimes est majeur. Environ 30 à 40% de ses coûts de production. » À titre de comparaison, les terminaux d’exportation de GNL aux États-Unis sont situés dans le golfe du Mexique où le gaz est extrait à proximité, au Texas et en Louisiane.

De plus, « 5 des 6 terminaux actuellement en opération aux États-Unis sont le fruit d’une conversion de terminaux d’importation de GNL en des terminaux d’exportation ». En effet, depuis la révolution des gaz de schiste aux États-Unis, le pays est devenu un exportateur de gaz naturel. « On a modifié des infrastructures déjà existantes. Ça diminue substantiellement les coûts d’investissement en infrastructure et, ainsi, l’amortissement de ces infrastructures sur le long court ». 

Le projet de Pieridae nécessitait, quant à lui, la construction d’une nouvelle usine, ce qui augmentait encore les coûts.

Guillaume Loiselle, co-porte-parole du Collectif estrien Goldboro parlons-en 

Incertitude de la demande

« La deuxième raison est l’incertitude qui plane sur la demande européenne de GNL en raison, notamment, des politiques en matière de lutte aux changements climatiques. Il est probable que dans ce contexte, les terminaux actuellement en opération comme au Qatar , aux É.-U. ou même en Norvège, suffisent à la demande européenne de gaz naturel pour les décennies à venir », ajoute Colin Pratte.

L’Agence internationale de l’énergie avait d’ailleurs publié un rapport crucial le 18 mai 2021 dans lequel elle appelait à ne plus investir dans de nouvelles installations gazières ou pétrolières, afin de décarboner le secteur de l’énergie et respecter les cibles de réduction de gaz à effets de serre pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. 

« Tout nouveau terminal de gaz naturel liquéfié est possiblement superflu, d’un point de vue tant économique qu’écologique. Ça explique pourquoi Goldboro n’arrive pas, à ce jour, à boucler son financement », appuie l’expert. 

Abandon ou réorientation ? 

« Victoire! Nous sommes très heureux de constater que le projet est essentiellement annulé. Nous restons tout de même vigilants si jamais d’autres projets d’agrandissement du pipeline Trans Québec Maritimes voyaient le jour », se réjouit Guillaume Loiselle, co-porte-parole du Collectif estrien Goldboro parlons-en.

Dans son communiqué, Pieridae ne dit toutefois pas que le projet est abandonné, mais plutôt qu’elle évalue les alternatives stratégiques pour le rendre « plus compatible avec l’environnement actuel ». L’entreprise soutient que les bases du projet restent « solides », notamment grâce à une « forte demande de GNL en Europe et les prix mondiaux élevés du GNL » ou encore au « soutien des juridictions à travers le Canada ». La gazière rappelle donc « ses efforts continus pour trouver un partenaire pour profiter de ces opportunités ».

« On ne peut pas dire que le projet est totalement mort, mais, par contre, c’est clairement un projet qui a les deux pieds dans la tombe et qui ne lève pas. Un projet qui n’est pas capable d’aller chercher des investisseurs », commente Patrick Bonin, le responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada depuis 2012. 

Il est d’avis que l’entreprise « tente de toute évidence de trouver une manière de peinturer son projet en vert pour, possiblement, revenir avec des modifications qui seraient, probablement, cosmétiques, afin de tenter d’aller chercher des financements, qu’elle n’est pas capable d’aller chercher actuellement ». S’il admet qu’il serait très surpris de voir l’entreprise proposer un nouveau projet à court terme, il soutient que Greenpeace restera vigilante tant à court terme qu’à long terme. 

Pieridae Energy n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de La Tribune.