Garder l’espoir même si l’Estrie passera en zone rouge

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Sherbrooke — La région de l’Estrie passera au palier d’alerte maximale, communément appelée la « zone rouge «, à partir du jeudi 12 novembre dès 0 h 1. Toutefois, les modifications concernant le milieu scolaire et sportif entreront en vigueur le lendemain, le 13 novembre à 0 h 1.

La question est demeurée en suspens toute la journée de lundi. Puis sur le coup de 15 h, la carte des paliers d’alerte de COVID-19 par région a été mise à jour. L’Estrie avait alors délaissé le palier d’alerte orange où elle se trouvait depuis deux mois, pour se colorer de rouge.

Pourquoi ce changement de palier? Au cours de la dernière semaine, tous les indicateurs ont progressé vers un changement de palier d’alerte.

D’abord, le nombre de cas positifs a dépassé régulièrement les 50 par jour. La moyenne mobile des sept derniers jours est de 52 nouveaux cas par jour, ce qui est la limite du palier orange pour la population de l’Estrie.

Les éclosions se sont multipliées; d’abord une vingtaine, puis une trentaine, puis 45… à une soixantaine lundi. Cette forte hausse du nombre d’éclosions touche autant des milieux dans la communauté que dans les installations du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le pourcentage de cas positifs parmi les personnes testées a aussi largement augmenté, passant de 2 % « jusqu’à 6, 7, 8 % », indique le directeur de la Santé publique de l’Estrie Alain Poirier.

Le nombre d’hospitalisations a aussi augmenté. Lundi, on comptait 20 personnes hospitalisées dont trois aux soins intensifs, un nombre jamais vu en Estrie jusque-là. « Par contre, dans nos hôpitaux, ça va encore assez bien, notamment parce que ce sont surtout des jeunes qui sont touchés actuellement par le virus », explique le Dr Poirier.

« L’augmentation de tous ces indicateurs nous ont conduit à mettre en place des mesures plus restrictives pour freiner la propagation du virus », indique le Dr Alain Poirier.

Garder espoir

Le médecin de santé publique sait bien que faire passer la région en zone rouge représente beaucoup de sacrifices, notamment pour les restaurateurs.

Mais il faut garder espoir, martèle-t-il. « Ici en Estrie, deux fois en mars et en septembre, on a été les premiers à être touchés par la première et par la deuxième vague, et les deux fois on a réussi rapidement à taper sur la tête de la courbe. Oui, c’est souffrant dans le rouge. Mais ça devrait permettre de contribuer à réduire le nombre de contacts que les gens ont entre eux et la situation devrait s’améliorer », insiste-t-il.

« Ça ne va pas durer trois ans, cette histoire-là. Déjà dans quelques mois on devrait voir apparaître un premier vaccin pour protéger les gens qui en ont le plus besoin. Il faut garder espoir », ajoute-t-il.

Le Dr Poirier a aussi indiqué ce que chaque personne pouvait faire individuellement pour aplatir la vague.

Alors, jusqu’à quand les Estriens devront-ils se priver de leurs salles à manger de restaurant, de leurs salles de spectacles, de leurs bibliothèques et jusqu’à quand les écoles secondaires devront-elles jongler avec de l’enseignement à distance?

« Nous suivons les indicateurs jour après jour. Comptez sur moi pour demander à ce qu’on revienne en zone orange dès que les indicateurs seront revenus à la baisse », assure le Dr Poirier.

En attendant, le directeur de la santé publique fait un appel à la solidarité.

« J’appelle les Estriens à la solidarité dans le respect des mesures sanitaires et des communautés touchées par ce virus. Ils ont tenu le fort pendant plusieurs semaines et j’ai bon espoir qu’avec l’implantation de mesures un peu plus restrictives, nous pourrons freiner la propagation du virus afin de protéger les personnes les plus vulnérables de notre société «, dit-il.

Seulement quelques MRC?

Les MRC les plus touchées par les nouveaux cas en Estrie sont actuellement celles du Granit et des Sources, en plus du RLS de la Haute-Yamaska. A-t-on envisagé pendant un moment de faire seulement passer quelques MRC en zone rouge et de laisser les autres en zone orange?

« D’autres directions de santé publique l’ont essayé, mais selon leur expérience, ce n’est pas long que c’est partout de toute façon. C’est difficile de trancher, notamment parce que les territoires des centres de services scolaires sont découpés autrement. Alors on va découper ça comment? De toute façon, il y a des nouveaux cas partout, la tendance est à l’augmentation partout », indique le Dr Poirier.