Fuite dans le Memphrémagog : le Vermont avisera le Québec à l'avenir

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Ce serait finalement moins de 10 000 gallons US (37 800 litres) d’eaux usées qui se seraient déversées dans le lac Memphrémagog à Newport autour du 22 septembre dernier et c’est en raison de ce « faible » volume que les municipalités comme Sherbrooke qui puisent leur eau dans le lac au Québec n’en ont pas été avisées.

C’est l’information obtenue par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec six jours après la découverte de la fuite, soit le 28 septembre, dans une correspondance adressée par son homologue du Vermont, la Vermont Department of Environmental Conservation.

Les premières estimations faites par la municipalité de Newport évaluaient pourtant entre 100 000 et 500 000 gallons US le volume d’eaux usées qui se seraient échappées d’une conduite d’égout, selon ce que rapportaient des médias locaux. Les travaux pour contenir le déversement ont été réalisés le 23 septembre et les Travaux publics cherchaient encore l’origine de la fuite.

« Plusieurs discussions et correspondances ont eu lieu depuis la fin du mois de septembre et la Vermont Department of Environmental Conservation a mentionné que le Québec serait avisé si un autre événement survenait, nonobstant l’ampleur de la situation », a rapporté mardi la direction régionale de l’Estrie du MELCC dans un échange de courriels avec La Tribune.

Rappelons que c’est un citoyen américain, Henry Coe, président de l’organisme DUMP (Don’t Undermine Memphremagog Purity), qui a attiré l’attention sur ce déversement, le 23 septembre, en alertant entre autres l’organisme québécois Memphrémagog Conservation (MCI).

Le président du MCI, Robert Benoit, a aussitôt alerté les municipalités riveraines, et la Ville de Sherbrooke puisque le lac Memphrémagog est la source d’eau potable de plus de 150 000 Sherbrookois, ainsi que le ministère de l’Environnement du Québec.

« À titre préventif, le Ministère a alors avisé les producteurs d’eau potable sous sa juridiction ayant des prises d’eau dans le lac Memphrémagog et a enclenché un processus de suivi des analyses d’eau brute réalisées par ces producteurs. Aucune problématique sur les résultats d’analyse d’eau n’a été constatée ni portée à l’attention du MELCC », précise la direction régionale du MELCC. 

Le MELCC confirme par ailleurs que l’entente internationale sur les plans d’eau transfrontaliers prévoit que les parties s’avisent en cas d’urgence environnementale sur leur territoire respectif.

« La Vermont Department of Environmental Conservation a considéré que le volume déversé ne représentait pas un incident majeur ni un risque pour la santé et n’a donc pas avisé le Québec », écrit le MELCC, en précisant que cette entente prévoit que le Québec « est avisé de tout sinistre environnemental majeur ».

Ne pas baisser la garde

Robert Benoit rapporte quant à lui que c’est à la suite des pressions citoyennes et des recherches du bureau du député d’Orford Gilles Bélanger dans les derniers jours que le Vermont signalera dorénavant au Québec tout événement qui survient dans le bassin versant du lac Memphrémagog.

« Je suis un peu surpris de voir que le Ministère est à la remorque du député et des groupes OSBL comme nous autres. À l’avenir on devrait être avisé de situations comme celle-là », a commenté M. Benoit.

« Ce que je retiens de l’incident, c’est que depuis que le groupe DUMP a été créé, à l’origine pour le dossier Coventry (…), ils ont une force de frappe et ç’a changé la donne du côté québécois pour savoir ce qui se passe du côté américain. La bataille de Coventry va nous avoir amené une meilleure connaissance de ce qui se passe du côté américain du lac. » 

Interpellée dans le dossier, la table des maires de la MRC de Memphrémagog, qui était réunie en assemblée régulière mercredi, s’est dite pour sa part satisfaite des réponses fournies par les autorités du Vermont, tout en appelant les municipalités et les paliers de gouvernement provincial et fédéral à ne pas baisser la garde. 

« Nous on est un petit joueur là-dedans, explique le préfet Jacques Demers. La MRC ne peut pas aller intervenir sur les prises d’eau et n’a pas non plus de pouvoir ou de moyens de pression sur le Vermont. L’enjeu est au niveau des municipalités, du provincial et du fédéral dans ces dossiers. La MRC est plus là pour une vision globale sur la qualité de l’eau, par exemple, et c’est parce que la relation est bonne [avec le Vermont] qu’on réussit à s’échanger des données d’un côté comme de l’autre. Le jour où ça change, [le Vermont n’a] aucune obligation envers la MRC. »