Les appuyeurs présents vendredi ont été invités à signer une déclaration au ministre de l’Éducation contenant les demandes du Regroupement des commissions scolaires de l’Estrie. Sur la photo, on aperçoit les présidents des commissions scolaires Jean-Philippe Bachand (des Sommets) et Gilles Normand (de la Région-de-Sherbrooke) apposer leur signature.

Front commun contre la réforme Roberge

Les commissions scolaires de l’Estrie ont fait front commun vendredi pour demander au ministre de l’Éducation de suspendre sa réforme scolaire. Plusieurs personnalités estriennes de divers horizons ont décidé de joindre le mouvement et de clamer haut et fort leur opposition au projet de loi 40.

Une cinquantaine de personnes étaient présentes dans les locaux de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke vendredi après-midi. De nombreux commissaires et employés des commissions scolaires étaient présents, mais également des élus municipaux et des représentants de diverses organisations dont l’UPA, le milieu communautaire et la Chambre de commerce de Sherbrooke.

« Nous demandons au ministre de l’Éducation Jean-François Roberge de surseoir au projet de loi 40 et de tenir une vaste consultation de toutes les parties prenantes sur l’avenir du réseau public d’éducation et de sa gouvernance », a lancé d’entrée de jeu Yves Gilbert, président de la Commission scolaire des Hauts-Cantons et porte-parole du regroupement des commissions scolaires de l’Estrie.

Selon le gouvernement, le projet de loi 40, présentement à l’étude, vise à abolir les élections scolaires et les commissions scolaires, transformées en centres de services, dans le but de donner plus de pouvoirs décisionnels aux directions d’écoles et aux parents. Son adoption est prévue le 29 février. 

Les futurs centres de services seraient administrés par un conseil d’administration composé de 16 membres non rémunérés : huit parents, quatre personnes issues de la collectivité et quatre membres du personnel scolaire. Mais le ministre de l’Éducation gardera la main haute sur cette nouvelle structure. Le projet de loi lui permettra notamment d’imposer des regroupements de services (pour la perception de la taxe scolaire, par exemple), et de déterminer des objectifs ou des cibles portant sur l’administration, l’organisation ou le fonctionnement d’un ou de l’ensemble des centres de services scolaires.

Or, selon tous les intervenants qui ont défilé au micro dans les locaux de la CSRS, le ministre Roberge mène une réforme qui lui fournira les outils légaux pour centraliser tous les pouvoirs à son bureau.

Instabilité et perte de pouvoir

« C’est rien de moins que l’abolition d’un palier démocratique », a fait valoir M. Gilbert.

De l’avis des commissions scolaires, l’adoption du projet de loi 40 occasionnerait une perte de stabilité dans le réseau et dans les écoles avec, en trame de fond, la négociation et le renouvellement des conventions; une perte d’imputabilité politique locale au profit d’une centralisation ministérielle; une perte d’équité politique au profit d’une standardisation administrative; une perte d’influence citoyenne et de pouvoir des régions; un recul de la démocratie et d’un contre-pouvoir citoyen de proximité; un recul des femmes en politique puisque le palier scolaire est le seul palier politique ayant atteint la parité au Québec et au Canada.

Michael Murray, de la Commission scolaire Eastern Township, a mentionné que l’adoption du projet de loi 40 viendra créer deux classes de citoyens au Québec sur la base de l’appartenance linguistique, en plus de bafouer le principe sacré « pas de taxation sans représentation ».

Jean-Philippe Bachand, de la Commission scolaire des Sommets, a fait valoir « qu’Asbestos, c’est loin de Québec », lorsque viendra le temps de prendre des décisions. 

Gilles Normand a souligné à plusieurs reprises la vive mobilisation en Estrie qui s’est organisée depuis le dépot du projet de loi.

« Les gens m’interpellent et me font part de leurs inquiétudes. Surtout du côté de nos partenaires. Ils ne savent plus à quelle porte ils vont devoir cogner », affirme-t-il.

L’homme d’affaires Jocelyn Thibault, l’ancien préfet de la MRC du Granit et ancien président de la Conférence régionale des élus de l’Estrie, Maurice Bernier, le maire de Weedon et président de Ose le Haut, Richard Tanguay, ont tous joint leur voix aux présidents de commissions scolaires pour demander le maintien de la démocratie scolaire.

« La démocratie en général est non seulement fragile dans le monde, mais elle est en péril. Abolir une institution démocratique [...], c’est sans précédent », a lancé comme avertissement M. Bernier.

L’ancienne mairesse de Lac-Mégantic Colette Roy-Laroche a effectué sa première sortie publique depuis son retrait de la vie politique.

« Pour avoir été 37 ans dans le monde de l’éducation, dans une structure politique comme enseignante et directrice générale, pour avoir été mairesse d’une municipalité, je suis ici parce que je crois que le Québec doit maintenir les commissions scolaires, cette structure démocratique, parce que je crois à un pouvoir politique qui fait un contrepoids nécessaire au ministre de l’Éducation, parce que je crois que cette institution élective joue un rôle de paratonnerre afin d’assurer le respect des aspirations et des particularités qui distinguent une communauté », a-t-elle plaidé.

À la fin de la conférence, Cette déclaration a été remise à Christine Labrie, députée de Sherbrooke, pour qu’elle soit acheminée au ministre de l’Éducation à l’Assemblée nationale.

Dès son dépôt le 1er octobre, autant les comités de parents que les enseignants ont dénoncé le projet de loi 40. Des représentants de la Fédération autonome de l’enseignement ont d’ailleurs affirmé en début de semaine que 10 000 lettres d’enseignants ont été acheminées au ministre pour lui demander de « retirer ce projet de loi qui ne reconnaît pas et ne protège pas leur expertise ».

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Peu de chance que ce soit adopté le 29 février

De l’avis de la porte-parole de Québec solidaire en matière d’éducation, il y a très peu de chance que le gouvernement puisse adopter la loi 40 le 29 février tel que prévu. « C’est impossible d’avoir à traiter tous les articles du projet de loi d’ici le 29 février... On en a traité quelques-uns, mais il en reste assurément une centaine. C’est donc techniquement impossible », estime la députée Christine Labrie.

C’est que le projet de loi 40 est costaud et ratisse large : avec sa centaine de pages et plus de 300 articles, il modifiera 80 lois existantes.

Selon la députée de Sherbrooke, la seule option qui reste au gouvernement Legault s’il souhaite aller de l’avant avec l’adoption de cette loi le 29 février est le recours au bâillon.

« Ceci dit, je ne pense pas qu’on puisse utiliser un bâillon lorsqu’il y a absence de consensus social comme dans ce cas-ci et, symboliquement, imposer un bâillon pour abolir un palier de démocratie, ça parait très, très mal », souligne celle qui a été invitée à prendre la parole pendant la conférence de presse organisée par les commissions scolaires de l’Estrie vendredi après-midi.

« Je suis venue dire aux gens que la mobilisation qui s’installe et se fait entendre se rend aux oreilles du ministre », croit-elle. 

« Ce que je constate, c’est que le ministre de l’Éducation subit beaucoup de pression pour modifier ou retirer son projet de loi depuis son dépôt. La mobilisation est de plus en plus structurée donc il n’a pas le choix d’améliorer son projet de loi et je constate qu’il y a des modifications qui étaient exigées depuis l’automne qui commence à être proposées dans les amendements », explique la députée de QS.

Le ministre Roberge a effectivement annoncé un lot d’amendements dans les derniers jours.

Entre autres, un des amendements déposés précise que l’enseignant devra « suivre au moins 30 heures de formation continue par période de deux années scolaires ». 

Il a également été question d’un amendement qui prévoit qu’un enseignant d’une autre école sera chargé de réviser la note d’un étudiant, en cas de litige.