L’histoire d’amour entre François Bienvenue et la scène n’est pas terminée : elle se vit maintenant par l’entremise du conte et du théâtre d’objets.
L’histoire d’amour entre François Bienvenue et la scène n’est pas terminée : elle se vit maintenant par l’entremise du conte et du théâtre d’objets.

François Bienvenue, rattrapé par la scène

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
Même s’il a pensé, pendant une période sombre, tourner complètement la page sur le théâtre, préférant s’exprimer par les arts visuels, François Bienvenue a très vite dû se rendre à l’évidence : on ne tient pas éloigné des planches un gars qui, comme lui, y a pratiqué tous les métiers associés, et ce, pendant plus de 20 ans, de comédien à concepteur de décors, en passant par la mise en scène.

Cet éclectisme caractéristique de sa carrière se poursuit alors qu’il emprunte deux nouvelles avenues pour retourner sous les projecteurs : le conte et le théâtre d’objets, ce dernier en partenariat avec Sylvie Baillargeon, artiste sherbrookoise bien connue, notamment comme costumière, et qui a longtemps fait partie des Productions Sac à malice, spécialisées en spectacles pour la jeunesse.

« Lorsque j’ai fait mon burn-out et traversé une séparation, vers 2006, ça s’est accompagné d’un excès de fatigue et d’une écoeurite de tout ce que je vivais, explique-t-il. Et dans ce métier-là, quand tu disparais plus de deux ans, tu n’existes plus », raconte celui qui a toujours gagné sa vie comme graphiste en parallèle à ses activités artistiques.

« C’est à la suite de ce ras-le-bol que je suis retourné à l’université, en faisant notamment un certificat en arts visuels. Je suis allé aussi chercher une formation de conteur et c’est là que j’ai rencontré les filles des Productions Muses et chimères, qui sont derrière la série de spectacles jeunesse des Avaleurs d’étoiles. Elles m’ont demandé de jeter un regard sur une de leurs pièces, puis elles m’ont carrément commandé un conte. »

Deux idées ont alors surgi dans la tête de François Bienvenue : Petit Poucet… et Sylvie Baillargeon, grande habituée des jeunes publics. « Sylvie et moi, nous avions envie de faire un projet ensemble depuis des années, nous sommes deux adeptes de la formation continue et nous avions suivi des cours en marionnettes et en théâtre d’objets. »

L’exposition Affairés est installée au bistro Tapageur jusqu’au 23 février.

Bois partout

Le duo d’artistes, accompagné de musicien Sylvain Bazinet sur scène, a ainsi imaginé une version du Petit Poucet où personnages et décors sont en bois : cuillères et bobines pour le jeune héros et ses frères, tabourets renversés et épingles à linge pour évoquer la forêt, tiroirs pour les maisons, boîte en bois pour l’ogre et fourchettes pour ses filles… Et la magie fait son effet : tout le monde, petits et grands, oublie la nature première de l’attirail.

« Les premières représentations, en avril 2019, ont très bien fonctionné. Certains parents nous ont raconté que leurs enfants se sont mis à s’amuser avec toutes sortes d’objets en revenant à la maison », rapporte François Bienvenue, qui croise maintenant ses doigts pour un calendrier garni de représentations en 2020-2021 et commence à songer à un deuxième spectacle.

Pourquoi le Petit Poucet? « Sylvie et moi sommes allés fouiller dans notre enfance pour nous apercevoir que c’est l’histoire du plus petit d’une famille, celui qui pourrait avoir été intimidé, comme nous l’avons été tous deux quand nous étions jeunes (j’ai grandi à une époque où c’était courant de manger des volées à l’école). Ce conte-là nous a marqués parce qu’il raconte qu’on peut être petit et réussir quand même. »

Pêcheurs partout

En attendant que soient annoncées de nouvelles représentations dans la région (certaines sont prévues à Montréal en mars et en août), on pourra découvrir François Bienvenue, le conteur, lors de la prochaine soirée organisée par le Cercle des conteurs et conteuses des Cantons-de-l’Est, le 20 février à 19 h (contribution volontaire), au café Baobab de Sherbrooke.

« J’ai intégré l’univers du conte très facilement. On dirait que j’étais rendu là. Contrairement au théâtre, il n’est pas nécessaire d’avoir toute une équipe autour de soi, et, à la fin, l’expérience est sensiblement la même. En plus, le répertoire est inouï! Je suis en train de préparer une soirée où tous mes contes vont s’inspirer d’un pêcheur. »

On peut aussi s’arrêter, en ce moment, au bistro Tapageur, où son exposition Affairés est installée jusqu’au 23 février. Il s’agit d’un mélange de tableaux anciens et récents, réalisés entre 2012 et 2018, où l’on retrouve son incontournable personnage au chapeau coincé dans des carrés et représentant, en quelque sorte, l’antithèse de sa personnalité : l’enfermement et la rigidité du système.

« Autant, pour moi, il y a un aspect graphique dans cette série, une étude de la ligne par exemple, autant il y a un côté critique envers une catégorie de personnes sérieuses, pensives, inabordables, qui se sentent obligées de mettre un costume. Pour un gars comme moi qui vit dans la marge depuis sa jeunesse et qui n’a jamais porté de cravate, c’est un autre univers. On perçoit aussi l’homme de théâtre en moi, qui a besoin de créer des personnages et essaie de raconter une histoire. »