Luc Fortin dénonce les propos de François Legault en matière d’immigration devant Verbom, une entreprise qui compte plusieurs immigrants parmi ses employés.

Fortin pourfend l'approche de Legault

Pour le député sortant de Sherbrooke, Luc Fortin, il est inconcevable de réduire le nombre d’immigrants entrant au Québec comme le souhaite le chef de la CAQ, François Legault. Pour lui, les entreprises et les services publics paieraient la note.

« Je ne pense pas que ce soit un discours approprié, parce qu’il ne faut pas présenter l’immigration comme un problème pour le Québec, affirme Luc Fortin, qui a convié les médias vendredi avant-midi pour réagir à cette annonce. C’est une chose positive. Ils nous apportent sur le plan social, identitaire, culturel et surtout, économique. On ne peut pas faire abstraction de ça. »

Selon lui, les entreprises seraient perdantes si cette mesure venait qu’être mise en place. « Si l’on dit comme M. Legault, qu’on veut abaisser les seuils d’immigration, on va mettre en péril le développement des entreprises comme Verbom, Sherweb, mais également nos services publics. Aujourd’hui, on a de la difficulté à trouver des infirmières et des préposés aux bénéficiaires et qu’on va réduire notre bassin potentiel de main-d’œuvre. Qu’est-ce que ça veut dire pour nos services, pour les services aux aînés dans les CHSLD et pour les patients dans les hôpitaux? », demande le député sortant dans Sherbrooke, ajoutant que de diminuer les seuils d’immigrations de 20 % mettrait en péril l’économie de la région.  

« Il faut voir l’immigration comme une partie de la solution à la pénurie de main-d’œuvre, continue M. Fortin. Ici en Estrie, les employeurs disent qu’on a besoin de cette main-d’œuvre pour répondre au carnet de commandes. M. Legault, lorsqu’il est passé ici, a dit que la pénurie de main-d’œuvre n’était pas le vrai problème. Ça démontre une certaine déconnexion avec notre milieu. »

« J’entendais François Legault dire qu’il avait peur que ses enfants et petits-enfants ne puissent plus parler le français car nous sommes dans une marée anglophone, mais ça fait 400 ans que le Québec est dans une marée anglophone et ça fait 400 ans que nous sommes fiers d’exprimer la langue française, qu’on s’est dotés d’outils pour protéger notre langue. Aujourd’hui, 94,5 % des Québécois savent parler français.  »

Cependant, certains enjeux restent à corriger. « Il y a toujours des enjeux au niveau de la reconnaissance des acquis. C’est une question qui relève des ordres professionnels, mais de plus en plus de nouveaux arrivants se trouvent un emploi. On sélectionne en fonction de nos besoins. Pour tous les talents, il y a de l’ouvrage », assure Luc Fortin.

« Il faut arrêter de tenter de diviser la population québécoise sur un enjeu aussi important, poursuit le ministre de la Famille. Un vrai leader va rassembler les Québécois plutôt que de les diviser sur des questions comme l’immigration. »

Vachon contre-attaque

En entrevue téléphonique avec La Tribune, le candidat de la CAQ Bruno Vachon affirme que son parti veut changer les méthodes. « On veut régler ce problème. Les politiques mises de l’avant ne fonctionnent pas. On veut faire les choses autrement. Nous, on veut en avoir moins, mais en prendre soin. L’expression de M. Legault était excellente. Les immigrants ne restent pas. Ils quittent après un an ou 10 ans. Les régions n’ont pas leur part du gâteau là-dedans », analyse le politicien.

L’objectif de la CAQ est de mieux gérer la reconnaissance des diplômes. « Actuellement, c’est d’une lenteur administrative incroyable. Plus de la moitié des gens abandonnent le traitement de leur demande, car c’est trop long. On est pour l’immigration, on veut tout simplement le faire correctement. Ce n’est pas de les amener, c’est de les garder », réagit-il.

Rousseau saute dans l’arène

Le candidat péquiste Guillaume Rousseau a aussi ajouté son grain de sel dans le débat. « M. Fortin a été ministre de la Culture et responsable de la langue française. Parfois, on l’oublie, car il n’a pas fait grand-chose. Ce qu’il a fait, c’est de diminuer la protection de la langue française. Il a toujours été jovialiste au niveau linguistique. Ça ne me surprend pas que M. Fortin intervienne aujourd’hui pour dire qu’il n’y a aucun problème. »    

« Oui, l’immigration est une partie de la réponse à la pénurie de main-d’œuvre, mais ce n’est pas magique, ajoute-t-il. Des études révèlent que les employeurs hésitent parfois à embaucher des immigrants à cause de l’équivalence des diplômes. Ça fait partie de la réponse si les ressources gouvernementales sont là. M. Fortin et les libéraux prônent l’immigration, alors qu’il y a d’autres solutions, comme d’inciter les aînés à rester plus longtemps sur le marché du travail », considère-t-il.