La Ville de Sherbrooke et l’Université de Sherbrooke mettent de l’avant un projet pour faire reconnaître le parc du mont Bellevue en tant que réserve naturelle. Sur la photo, Patrice Cordeau, adjoint au vice-rectorat à l’administration et au développement durable à l’Université de Sherbrooke, Ingrid Dubuc, chef de la Division des sports et des événements à la Ville de Sherbrooke, Paul Gingues, conseiller municipal du district de l’Université, et Denyse Rémillard, vice-rectrice à l’administration et au développement durable à l’Université de Sherbrooke.

Fini le vélo sur le mont J.S.-Bourque

SHERBROOKE — La Ville de Sherbrooke et l’Université de Sherbrooke ont présenté les détails mardi du projet de réserve naturelle du parc du mont Bellevue. Le projet prévoit entre autres l’interdiction complète des vélos dans le secteur du mont J.S.-Bourque.

Dans les faits, le vélo n’a jamais été permis dans la portion du parc détenu par l’Université de Sherbrooke. Les sentiers informels se sont toutefois multipliés dans les dernières années à un point tel qu’ils sont aujourd’hui une menace pour la pérennité du parc.

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« L’humain détestant le vide et la Ville n’étant pas sur le terrain, des gens ont pris possession de l’espace, explique Ingrid Dubuc, chef de division des sports et des événements à la Ville de Sherbrooke. On souhaite rétablir les choses à ce qui était prévu initialement. On se doit de remettre de l’ordre. Une quantité de sentiers ont été créés au fil des années, avec une bonne volonté, mais ils n’ont pas été faits selon les normes. »

La Ville entend donc faire une surveillance accrue et même sévir envers les contrevenants. 

« On va avoir une présence beaucoup plus active sur le terrain avec les patrouilleurs et une plus grande sensibilisation, mentionne Ingrid Dubuc. Du point de vue légal, à partir du moment que nous sommes une réserve naturelle, nous pouvons sévir contre les contrevenants avec des amendes. Ce n’est pas notre premier choix, mais on peut aller jusque là. »

Les marcheurs hors sentier sont également visés par la nouvelle mesure. Les vélos seront admis sur « l’autoroute centrale » qui relie l’entrée de la rue Dunant et celle de l’Université. Les activités de vélo seront toujours permises dans une zone de transition près des pistes de ski, mais seulement sur les sentiers officiels.

Les résolutions d’appui au dépôt de la demande par la Ville de Sherbrooke et l’Université de Sherbrooke devraient se faire d’ici le début du mois de décembre. Le dépôt des demandes au Ministère suivra au cours du mois. L’approbation finale et la signature des actes notariés devraient aboutir à la fin de l’automne 2019. Quelque 200 hectares du parc, qui appartient à 75 % à l’Université de Sherbrooke et à 25 % à la Ville, seront ainsi protégés.

Quelques exclusions

L’espace de réserve naturelle du parc tel que présenté par la Ville et l’UdeS exclut le domaine skiable, l’entrée sur la rue Dunant et un espace derrière le stade de l’Université et la faculté d’administration. La Ville et l’Université veulent se garder une marge de manœuvre.

« Est-ce qu’il n’y aura pas lieu dans 5, 10, 15 ou 20 ans de construire un bâtiment d’accueil à l’entrée du parc sur la rue Dunant? Même chose pour le domaine skiable. Nous avons choisi d’exclure ces zones pour nous donner la capacité de faire un développement futur. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve », admet Ingrid Dubuc.

Elle explique que cette démarche de réserve naturelle n’engendre pas des coûts « effarants » pour la Ville. 

« Que ce soit une réserve naturelle ou non, on doit faire de la signalisation. C’est dans l’embauche de gens pour l’éducation et la sensibilisation où il y aura certains coûts, mais on va aussi compter sur la collaboration des usagers. L’été est une plus grosse période d’utilisation et c’est là qu’on peut avoir accès à des programmes étudiants. Le regroupement du parc du mont Bellevue peut avoir accès à du financement qu’une ville ou une université ne peut pas avoir. On va assurer une présence plus forte au démarrage. »

La Ville ne possède pas de statistiques officielles concernant le nombre d’utilisateurs du parc du mont Bellevue. À titre comparatif toutefois, la promenade du Lac-des-Nations attire entre 500 000 et 600 000 utilisateurs par année.

Trop vite pour le club de vélo 

Luc Dugal, président et cofondateur du club de vélo Dalbix, estime qu’il y a bel et bien une exagération au niveau des sentiers informels. Il souhaite apporter son aide pour enrayer le problème.

La différence entre les sentiers officiels et ceux informels est majeure selon lui.

« Les sentiers mal faits peuvent se remplir de boue et briser les vélos. Ils ne respectent pas non plus les lignes d’eau et c’est ça qui brise une montagne. Dans nos sentiers officiels, il n’y a pas d’accumulation d’eau. Nos sentiers ont une empreinte écologique tellement basse qu’il faut faire attention parce que si on ne les utilise pas pendant un certain temps la nature reprend son dû. On ne coupe pas d’arbre et on protège les racines. »

Dalbix a investi 50 000 $ dans les dernières années pour la création de sentiers approuvés par la Ville. Ces sentiers se retrouvent tous dans la zone de transition du projet de réserve naturelle.

Luc Dugal avance toutefois qu’il ne sera pas facile de faire respecter l’interdiction. Il pense que la présence de quelques sentiers officiels dans la zone protégée donnerait un meilleur résultat pour la préservation de l’écosystème.

« À moins de mettre des clôtures ou de demander aux policiers de surveiller, ils n’arriveront pas à réduire à zéro le nombre de vélos, souligne-t-il. On veut les aider et en étant sur place avec quelques sentiers officiels on pourrait le contrôler et fermer les sentiers informels. »

Pour l’instant, la Ville ne lui a pas donné de réponse favorable ou défavorable. Luc Dugal estime être écouté, mais il trouve que la situation se développe un peu trop rapidement.

« Ce n’est pas un projet qui se fait pour les deux ou trois prochaines années, c’est pour toujours. Pourquoi se garrocher et faire ça rapidement? »

Le club admet toutefois manquer d’espace. Luc Dugal estime que les 12 kilomètres de sentiers du mont Belleau ne sont pas suffisants pour répondre à la demande accrue pour le sport. Alors qu’en 2013 le club était sous la barre des 200 membres, en 2018 c’est plus de 580 membres qui parcourent les sentiers de la montagne.

« Il nous faudrait entre 15 et 20 kilomètres de pistes », résume-t-il.