Marie-Michèle Whitlock du CALACS souhaite que le gouvernement puisse contribuer financièrement à long terme à des programmes pour aider les femmes victimes de la prostitution de façon générale, non pas pour un temps donné avec une mission spécifique.
Marie-Michèle Whitlock du CALACS souhaite que le gouvernement puisse contribuer financièrement à long terme à des programmes pour aider les femmes victimes de la prostitution de façon générale, non pas pour un temps donné avec une mission spécifique.

Fin des travaux de la Commission sur l’exploitation sexuelle : le CALACS veut un financement stable

Sherbrooke — « Les attentes dans le milieu sont très grandes. »

Pour Marie-Michèle Whitlock, du Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de l’Estrie, la commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs, qui a complété ses travaux cette semaine à Québec, doit mener à un financement des organismes en violence sexuelle pour répondre aux besoins autant des adolescentes et des femmes ainsi qu’à un programme de sortie pour les femmes prises dans cette spirale de l’exploitation sexuelle.

« De tels programmes sont en place en France et en Suède notamment. Ici, une loi a été mise en place pour rendre inacceptable pour un client d’acheter des services sexuels, mais rien n’est mis en place pour les femmes qui veulent s’en sortir », soutient Marie-Michèle Whitlock.

La commission présidée par le député caquiste de Vachon, Ian Lafrenière, doit remettre son rapport à l’automne.

Marie-Michèle Whitlock du CALACS souhaite que le gouvernement puisse contribuer financièrement à long terme à des programmes pour aider les femmes victimes de la prostitution de façon générale, non pas pour un temps donné avec une mission spécifique.

« Le financement est basé sur des projets précis non pas à long terme. Au CALACS de l’Estrie, nous recevons du financement pour encore 18 mois pour offrir des services pour ces femmes victimes d’exploitation sexuelle. Nous ne savons pas si nous allons avoir du financement pour un deuxième projet en ce sens. Ça crée une incertitude pour le suivi et l’accompagnement de ces femmes », indique Marie-Michèle Whitlock, qui souligne tout de même l’apport du ministère de la Sécurité publique du Québec, qui finance le projet du CALACS pour aider les femmes victimes d’exploitation sexuelle.

Elle estime que la Commission devra traiter le phénomène dans son ensemble sans distinction de l’âge des femmes.

« Tous les experts s’entendent pour dire qu’il ne faut pas faire de séparation entre les femmes mineures ou majeures. Elles y rentrent adolescentes, mais sont rendues à l’âge adulte lorsqu’elles veulent en sortir. Il faut prendre le phénomène comme un continuum », estime Marie-Michèle Whitlock.

Lors du confinement

Elle rappelle que le confinement lié à la pandémie de la COVID-19 a prouvé qu’il était urgent de développer des services pour aider les femmes à se sortir des milieux où elles sont victimes d’exploitation sexuelle.

« Les femmes se retrouvent devant rien lorsqu’elles veulent se sortir de là. À Sherbrooke, il n’y a pas d’endroit sécuritaire pour les accueillir. Il n’y a pas de programme d’aide financière afin qu’elle puisse se sortir de ce milieu où elles sont victimes de violence », indique Marie-Michèle Whitlock.

Cette dernière rappelle que le confinement n’a pas été facile pour ces femmes soumises aux pressions de leur proxénète, de leur clientèle ou même financière.

« C’est un milieu où la distanciation physique ou le port du masque sont impossibles. Nous avons été débordées de demande d’aide lors du confinement. Déjà que ces femmes sont marginalisées en temps normal, elles l’étaient encore plus durant cette période. Certaines recevaient des messages d’insulte. Et les clients qui exigeaient des services sexuels n’étaient pas non plus les plus respectueux », signale Marie-Michèle Whitlock.

La commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs a prolongé ses travaux cette semaine parce que les députés voulaient justement obtenir un portrait plus juste de la situation de la prostitution à la suite du confinement lié à la pandémie de la COVID-19. 

« Nous allons constater les dégâts du confinement dans quelques mois. Les jeunes du secondaire retournent à peine à l’école et il n’est pas possible de faire de suivi en ce sens. Tout le monde se trouvait devant son écran lors du confinement, un lieu propice pour le recrutement et l’exploitation sexuelle », rappelle Marie-Michèle Whitlock.

La prostitution juvénile à Sherbrooke 

Plus de 70 témoins ont été entendus, dont le regroupement des CALACS de même que le directeur du Service de police de Sherbrooke, Dany McConnell, lors de la commission parlementaire sur l’exploitation sexuelle des mineurs qui s’était ouverte en novembre 2019 et qui a siégé durant huit journées non seulement à Québec mais aussi à Montréal et Val-d’Or.

Le président de la firme Vigiteck qui utilise entre autres l’intelligence artificielle pour mesurer l’offre de services sexuels sur le web, Paul Laurier, est venu témoigner lors de la dernière journée des audiences de la commission spéciale.

Ce dernier a signalé en commission parlementaire que l’offre est plus élevée à Québec qu’à Montréal en proportion de sa population et que les régions n’y échappent pas. 

Cet ancien policier, maintenant à la tête d’une firme spécialisée en cyberenquête, avait fait un recensement en mai 2019 sur deux sites qui regroupaient 926 annonces pour des services sexuels. Selon la répartition régionale des 2222 numéros de téléphone, 4 pour cent correspondent à des offres pour de la prostitution à Sherbrooke.

« Le nombre de mineures qui offrent des services sexuels varie de 20 et à 40 pour cent. Ça fait des années que je dis qu’il y a un problème. Lorsqu’il s’agit de mineures, ce sont de jeunes femmes qui demeurent blessées pendant des années et des années. Des pimps recrutent des adolescentes et les poussent vers la prostitution. Le plus grave est quand ils se regroupent et font des viols collectifs. On se rend compte que Fugueuse est loin d’être une simple fiction », signale M. Laurier en entrevue à La Tribune.