Sylvie Bilodeau-Martin a traversé vents et marées avant de pouvoir devenir une jeune mère épanouie. Elle a aujourd’hui la garde de sa fille de deux ans, une petite fille qui va bien, qui s’épanouit jour après jour avec une maman aimante, présente et attentionnée.

Fête des mères sous le signe de la réussite

Sylvie Bilodeau-Martin l’avoue : lorsque son fils est né, elle n’était pas prête à lui assurer les soins dont il avait besoin pour bien se développer. Elle a perdu la garde de son fils. Mais lorsque sa fille est née, deux ans plus tard, tout a changé. Sylvie Bilodeau-Martin a accepté de l’aide, s’est reprise en main et aujourd’hui, elle est mieux que jamais dans sa peau : « Je suis une mère à part entière maintenant », se réjouit celle qui vivra dimanche une fête des Mères sous le signe de la fierté, du bonheur et de la réussite.

« Quand mon fils était bébé, pour être franche, je n’avais pas son développement à cœur. Je croyais que les enfants se développaient seuls, mais ce n’est pas le cas. La direction de la protection de la jeunesse (DPJ) s’en est mêlée, et j’ai fini par perdre sa garde », raconte la jeune femme de 26 ans.

Elle s’arrête de parler. Les émotions sont vives.

Lorsqu’elle a perdu la garde de son fils, elle était enceinte d’un second enfant.

« À ce moment-là, Sylvie vivait d’autres difficultés. Elle ne pouvait pas voir aux besoins de son enfant et n’était pas disposée à faire des apprentissages à ce moment-là de sa vie », vient nuancer Joe Contarini, chef de service à la Villa Marie-Claire (VMC) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Après la naissance de son deuxième enfant, Sylvie Bilodeau-Martin a été hébergée à la VMC, une ressource qui offre plusieurs services, dont l’hébergement, aux mères en difficulté d’adaptation avec des enfants de 0 à 5 ans. La façon dont la Villa offre ses services d’hébergement et d’accompagnement est pratiquement unique au Québec.

« Les deux premiers jours à la Villa, je les ai trouvés très difficiles. Je pensais que j’étais une mauvaise mère en partant. Puis j’ai eu un déclic. J’ai compris que je voulais le bien de mon enfant, que j’étais une bonne personne et que j’étais capable d’aller plus loin que ça dans la vie », se souvient Sylvie.

Elle s’est ensuite ouverte. Ouverte sur les autres, ouverte aux changements, ouverte à cette nouvelle vie de maman qui s’offrait à elle.

« Beaucoup de gens bloquent parce que ce n’est pas facile de s’ouvrir face à des inconnus. Mais les intervenants ici à la Villa, mais aussi au CLSC, sont là pour nous aider, ils sont extraordinaires », ajoute Sylvie.

« Sylvie a reçu de l’aide, mais elle était prête à recevoir de l’aide. Ça fait toute la différence », ajoute Joe Contarini en renvoyant la lumière sur les immenses efforts de la jeune maman.

Après un séjour en hébergement à la Villa Marie-Claire, Sylvie Bilodeau-Martin est retournée vivre chez elle. Où elle a trouvé ça difficile parfois. Mais jamais insurmontable. « On le dit souvent : être parent, c’est comme un marathon, ça se fait un pas à la fois. On n’a pas à gravir la montagne d’un seul coup », image Joe Contarini.

« J’ai eu de l’aide. Je continue d’en demander. Encore ce matin, j’ai rencontré une intervenante du CLSC qui m’a donné des conseils pour gérer les crises de deux ans de ma petite fille. Quand on applique les stratégies qu’on nous propose, ça va vraiment bien », soutient Sylvie Bilodeau-Martin.

Et elle continue de s’abreuver des conseils et des stratégies qu’on lui propose, comme elle le fait depuis qu’elle a eu son fameux déclic et qu’elle a décidé de changer sa vie.

« Quand j’étais hébergée ici, ma fille a fait des coliques pendant toute une journée et une moitié de la nuit. J’étais rendue à bout, je pleurais autant que ma fille. Je me souviendrai toujours de l’éducatrice qui est venue me voir et qui a pris le temps de m’expliquer que ma fille ressentait mes émotions. Elle m’a demandé si je pourrais me calmer si ma mère pleurait devant moi. Ben non. Alors j’ai arrêté de pleurer, je me suis calmée, et ma fille a arrêté de pleurer presque instantanément. Depuis ce jour-là, je me souviens toujours de ce conseil, et je sais qu’il faut rester calme, qu’il ne faut pas se mettre à pleurer ni pogner les nerfs », se souvient-elle.

Aujourd’hui, la direction de la protection de la jeunesse ne fait plus de suivi pour la petite fille de Sylvie. Tout va bien.

Mais son garçon, qui a aujourd’hui quatre ans, n’est pas retourné vivre auprès de sa maman. Pas parce que maman ne le pourrait pas, mais parce que son fils continue de grandir là où il a fait ses racines, chez sa grand-maman qui en a la tutelle.

« J’ai accepté qu’il reste chez ma mère par amour pour mon garçon. Mais je le vois assez souvent », dit-elle.

« C’est un acte de grand amour que d’accepter que son enfant soit élevé par quelqu’un d’autre, même quand on a retrouvé les moyens de pouvoir l’élever », ajoute le chef de service de la Villa Marie-Claire.

Sylvie Bilodeau-Martin a accepté de témoigner parce qu’elle aimerait aider d’autres mamans à « avoir le déclic » qui les aidera à se prendre en main.

« Quand j’ai perdu la garde de mon fils, c’est comme si j’avais reçu 40 autobus en plein visage. C’est là que j’ai eu mon déclic. Quand je vois d’autres mamans qui sont venues ici (à la Villa) et qui disent que rien n’est de leur faute, que c’est la faute du système, ça me dérange. Notre enfant continue de grandir mais si nous on est toujours au même point, si on reste en bas de l’échelle tout le temps, ça ne marchera pas. Aujourd’hui, je suis fière d’être un exemple. J’étais en bas de l’échelle et j’ai perdu la garde de mon fils. J’ai réussi à monter l’échelle : j’ai la garde de ma fille, ma fille va bien, je suis une mère à part entière », se réjouit celle qui aimerait bientôt terminer son secondaire et faire un DEP en coiffure et en esthétique.