Chargée de cours à l’UdeS, Karine Bellerive collabore au projet collectif Un an de vieillissement, un livre qui vise à exposer de façon créative les différents vieillissements autour de nous et en nous.
Chargée de cours à l’UdeS, Karine Bellerive collabore au projet collectif Un an de vieillissement, un livre qui vise à exposer de façon créative les différents vieillissements autour de nous et en nous.

Fenêtre ouverte sur les vieillissements

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
« On parle souvent du vieillissement, mais on devrait parler des vieillissements. Parce que le vieillissement d’une personne est différent du vieillissement des autres personnes, même si elles ont le même âge. Et une personne peut porter plusieurs vieillissements en elle. Je ne vieillis pas aux mêmes rythmes comme mère, comme amie, comme conjointe, comme cycliste ou comme prof. Et mes manières de vieillir comme parent, par exemple, se distinguent de celles de ma propre mère », explique Karine Bellerive, enseignante à l’Université de Sherbrooke qui a collaboré à la rédaction d’Un an de vieillissement, un livre collectif qui cherche à exposer différents angles du vieillissement.

L’ouvrage découle d’une revue de presse ayant permis de colliger plus de 2360 articles dans les médias québécois en 2017. Les textes portant tous sur le vieillissement ont inspiré ce livre qui regroupe 17 textes. Le projet est une initiative du groupe de recherche ACT (Ageing + Communication + Technologies).

« Le portrait du vieillissement que dressent la société et les médias rebute. Il est surtout question de maladies, de pertes, de maltraitance. On peut faire plus. Le vieillissement est plus large que ça et il touche tout le monde, tout le temps : à partir du moment où tu nais, tu vieillis », souligne la chargée de cours au Département de communication de la Faculté des lettres et sciences humaines.

Karine Bellerive a survolé la vigie médiatique en portant attention à tous les textes qui traitaient d’Alzheimer et autres démences, le sujet de sa thèse. À partir de cette matière première, elle a composé un extrait de pièce de théâtre surréaliste.

« J’ai scanné tous les textes qui m’intéressaient et je suis allée chercher des mots et des bouts de phrases pour les détourner de ce qu’ils disent normalement pour leur faire dire autre chose dans une écriture plus littéraire et ouvrir d’autres possibles », relate Mme Bellerive.

D’autres collaborateurs, pour la plupart issus du milieu universitaire, se sont intéressés à d’autres aspects du vieillissement. Une collaboratrice s’est penchée sur les textes qui traitaient d’alimentation et en a fait un menu du bon vieillissement. Une autre auteure a opté pour les textes portant sur la solitude pour dévoiler ses atouts pour certains aînés. Les thèmes du comportement social, de la dignité et des loisirs y sont aussi explorés. Des illustrations côtoient les différents textes.

« L’idée est de présenter de façon créative et critique des perspectives sur le vieillissement qui sortent du discours dominant. On s’éloigne du discours biomédical ambiant pour se rapprocher de perspectives propres aux sciences sociales », mentionne-t-elle. 

Deux anciennes étudiantes de Karine Bellerive, Myriam Durocher et Nora T. Lamontagne, coordonnent le projet avec Constance Lafontaine.

Exposer l’ensemble des facettes des vieillissements pourrait aider les gens à accepter le temps qui passe. « À la fois exprimée et nourrie par le discours ambiant, notre perception de l’âge cache une tragédie : craindre de vieillir, c’est fondamentalement craindre de vivre. Cette réalisation, à elle seule, révèle l’ampleur du changement de cap à effectuer », conclut Mme Bellerive ajoutant que la pandémie n’est pas seulement l’occasion de repenser les résidences, les soins et les sous, mais aussi notre interprétation des possibles vieillissements.