Alison Mazo, Patricia Cardona, Didier Mazo et Estefania Cordona risquent d’être expulsés du Canada le 4 août. Marcela Gomez (à droite) multiplie les efforts pour que sa famille puisse rester à Sherbrooke.

Famille sherbrookoise menacée d'expulsion : « On a très peur »

Le temps presse pour une famille sherbrookoise d’origine colombienne. Patricia Cardona, sa fille Estefania et les deux enfants de cette dernière, Didier et Alison, qui sont en Estrie depuis deux ans, devront quitter le pays le 4 août si rien ne change dans leur dossier.

La demande de réfugié des quatre membres de la famille a été refusée il y a trois mois. La famille Cardona a requis une avocate pour tenter de renverser la décision, mais le dossier n’a pas avancé. 

« Il y a eu négligence avec l’avocate, souligne Marcela Gomez, la fille de Patricia Cardona et la sœur d’Estefania, qui multiplie les efforts pour que sa famille puisse demeurer à Sherbrooke. On a été en appel, mais à cause de la négligence de l’avocate, ç’a été refusé. On a donné toutes les preuves et on a payé pour faire une demande de parrainage et une demande de visa humanitaire pour ma mère, mais elle n’a rien fait. »

La famille s’est donc trouvé un nouvel avocat, Me Stewart Istvanffy, mais les délais pour faire appel sont expirés. Contacté par La Tribune, l’avocat est toutefois confiant de pouvoir reporter la date d’expulsion, même si l’Agence des services frontaliers n’aime pas en arriver là, selon lui.

« On travaille d’urgence sur ce dossier, indique-t-il. La cour fédérale sera dans nos bureaux lundi après-midi. On a un dossier fort. La famille se retrouve dans une situation extrêmement difficile sans que ce soit vraiment de sa faute. On a de très bons motifs pour demander un report du renvoi. »

Fuir la guerre civile

Le refus de la demande de réfugié cite, selon Me Istvanffy, l’accord de paix signé en novembre 2016 entre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement colombien pour justifier que les quatre Sherbrookois ne seront pas en danger s’ils retournent dans leur pays d’origine. Une conclusion que réfute catégoriquement l’avocat.

« Pour moi le danger est réel, lance l’avocat, qui connaît bien la Colombie pour y avoir séjourné pendant deux ans. Si vous lisez les nouvelles de la Colombie, il y a une augmentation très importante des assassinats. Je ne crois pas plus qu’il faut en l’accord de paix colombien. J’avais de l’espoir qu’on pourrait mettre fin à la guerre civile en Colombie, mais en ce moment, la situation est extrêmement dangereuse. Je garde espoir qu’il y aura la paix un moment donné, mais pour cette famille, aujourd’hui, je crois qu’il y a un danger important. »

Selon l’avocat, toute la famille a été victime de menaces, parce que Marcela Gomez a été témoin contre un haut responsable des FARC. C’est pour cette raison qu’elle est venue s’établir au Canada.

« Ma mère, ma sœur et ses enfants sont en danger parce que les FARC continuent à faire de mauvaises choses, souligne Mme Gomez en tentant de retenir ses larmes. On a peur. On a vraiment peur. La paix a été signée, mais les mauvaises choses continuent. »

Le site du Gouvernement du Canada invite les voyageurs à faire preuve d’une grande prudence en Colombie en raison du taux élevé de criminalité en plus d’éviter tout voyage non essentiel dans plus d’une dizaine de départements du pays en raison des activités criminelles liées aux stupéfiants auxquelles se livrent des groupes armés illégaux et d’autres organisations criminelles.

Remuer ciel et terre

La famille a demandé l’aide du député fédéral Pierre-Luc Dusseault.

« On demande d’avoir l’opportunité de montrer qu’ils sont en danger en Colombie, mentionne Mme Gomez, qui est résidante permanente du Canada et entend demander sa citoyenneté cette année. Deux femmes avec deux enfants, ce n’est pas sécuritaire. »

Le député fédéral n’a pas voulu commenter la situation à La Tribune. Son attaché s’est contenté de dire que M. Dusseault est au courant de la situation et que le processus suivait son cours.

L’avocat de la famille entend pour sa part faire des pieds et des mains pour aider la famille Cardona.

« Pour moi il y a une erreur dans le refus de la demande de réfugié, résume-t-il. Il y a un côté humanitaire très fort. Les enfants vont très bien ici. Toute la famille est en crise. On devrait ouvrir nos portes pour que des gens comme ça restent ici. Il faut bouger, le 4 août ce n’est si c’est loin que ça. Je vais bouger ciel et terre jusqu’à ce que je sois certain qu’ils puissent rester. »