Carolina Batalla souhaite rester à Sherbrooke avec sa famille.

Famille Batalla-Charris: « Nous voulons vous garder », scandent des Sherbrookois

SHERBROOKE — « Nous voulons vous garder », ont scandé à plusieurs reprises la centaine de manifestants réunis devant l’hôtel de ville de Sherbrooke pour montrer leur soutien aux Batalla-Charris, samedi après-midi. L’espoir est toujours au rendez-vous pour la famille, qui devrait être expulsée du pays mercredi.

« On a beaucoup d’appuis, beaucoup de messages, affirme Carolina Batalla, la mère de la famille, touchée. Ça encourage beaucoup. Je connais peu de personnes, mais ils sont à nos côtés et sont très sensibles à notre situation. On a encore espoir », dit-elle, avouant que les valises sont tout de même en préparation.

 « Si tout le monde fait quelque chose, on va avoir un résultat positif », pense-t-elle.

Cependant, si l’ultime tentative de Christine Labrie ne fonctionne pas, la famille Batalla-Charris se retrouvera en Espagne sans plan précis. « On va prendre l’avion et on ne sait pas ce qu’on va faire, explique-t-elle. On n’a pas de travail, pas de maison ni d’appartement, rien pour les enfants, rien dans la cuisine. C’est ici qu’on a les choses. Si on part, le processus de résidence continue. On a besoin de temps pour attendre la réponse pour la résidence permanente. On veut du temps pour continuer de travailler, continuer à faire nos choses et aller à l’école. »

La manifestation a été organisée par Audrey Pinsonneault-Grenier, une citoyenne de Sherbrooke. Ses enfants et les enfants de la famille Batalla-Charris vont à la même école.

Un appui du maire

Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier a rencontré la famille Batalla-Charris pour la toute première fois samedi après-midi. Il dit soutenir ces « Sherbrookois et Sherbrookoises ». « J’ai parlé à Élisabeth Brière qui est de tout cœur avec la famille. Je connais Me Brière et les propos qu’on avait étaient très sincères. Il faut comprendre qu’il y a des lois, des règlements incompréhensibles. On le voit déjà. Une fois par année, je pars en mission économique pour aller chercher des gens qui pour venir travailler chez nous ! J’ai un peu de difficulté [...] de voir des gens qui sont ici depuis près de cinq ans, qui se sont bien intégrés, partir. J’ai beaucoup de difficulté avec ça, surtout que les entreprises d’ici ont besoin de gens. On a besoin de les garder », assure le maire.

 « Je pense qu’il y a un message très fort, continue-t-il. On le vit pour une famille, mais ce sont des centaines de familles qui vivent ça année après année. Ce n’est pas normal. Maintenant, je crois qu’on doit aller un peu plus loin dans la démarche et voir ce qu’il y a moyen de faire. J’ai un peu les mains liées, car je n’ai pas la juridiction. Je voulais cependant montrer mon appui et discuter avec eux. Si jamais ces gens doivent quitter, qu’ils peuvent revenir rapidement à Sherbrooke. »

Un dernier espoir

Pour la députée provinciale de Sherbrooke, Christine Labrie, la manière dont sont gérés de tels dossiers manque de considération pour l’humain. « Les personnes qui veulent immigrer ici ne sont pas des numéros. Je crois comprendre que les démarches entamées par la famille dès le début n’étaient pas les plus adéquates par rapport à leur situation. S’ils avaient été mieux accompagnés dès le départ, peut-être qu’ils auraient pu entamer la bonne procédure dès le début et on aurait pu les accueillir dans notre communauté », déplore-t-elle.

« L’immigration est souvent considérée comme un outil économique, enchaîne la députée. On a souvent des gouvernements qui considèrent que les immigrants, c’est de la main-d’œuvre. Ils sont traités comme de la marchandise. Ils sont traités comme des gens qui viennent ici pour travailler et sont bienvenus en fonction de ce qui est utile pour l’économie. Je trouve ça vraiment dommage, car au point de vue social, on s’enrichit comme communauté à accueillir des gens de partout dans le monde. On a toujours été une terre d’accueil. »

Le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette, a répondu à Mme Labrie vendredi qu’il allait regarder le dossier de la famille colombienne. « Je ne m’attends pas qu’il ait regardé le dossier depuis hier, mais je vais faire un suivi en début de semaine prochaine. Je lui ai transmis la demande Arrima. Il en a reçu une copie. J’espère qu’il pourra exercer son pouvoir discrétionnaire pour traiter ça rapidement, car on a quelques jours devant nous », demande Mme Labrie.

« Pour moi, cette démarche en est une de la dernière chance, avoue-t-elle. J’aimerais répondre autre chose, mais au départ, la démarche était faite au niveau fédéral. »