Le profil Facebook d'une personne dévoile une tonne d'informations à quiconque sait naviguer sur ce média social et les recruteurs de l'industrie du sexe ne se gênent pas pour utiliser ce nouvel outil pour faciliter leur travail.

Facebook et cie : un cadeau pour les recruteurs

Des goûts musicaux, télévisuels, un récent voyage, une chicane avec son entourage ou le prochain spectacle inscrit à son calendrier : le profil Facebook d'une personne dévoile une tonne d'informations à quiconque sait naviguer sur ce média social.
Que ce soit par naïveté ou par manque de connaissance concernant les paramètres de sécurité, les adolescents sont particulièrement à risque de partager à une importante masse de personnes bien des informations sur leur quotidien. Et les recruteurs de l'industrie du sexe ne se gênent pas pour utiliser ce nouvel outil pour faciliter leur travail.
« Certaines personnes peuvent analyser des profils de jeunes femmes et transmettre plusieurs informations utiles à un recruteur. C'est beaucoup plus facile de rentrer en contact avec quelqu'un en lui demandant si elle aime tel genre de musique alors que la réponse est connue d'avance. Tout ce que les adolescentes partagent facilite l'approche », explique Marie-Michèle Whitlock, intervenante au CALACS Agression Estrie.
Dans certains cas, les médias sociaux peuvent être directement la porte d'entrée d'une nouvelle relation.
« Des garçons peuvent commencer à parler à une jeune fille directement via Facebook et ainsi tisser des liens et établir une relation de confiance », souligne Mme Whitlock.
Les discussions peuvent durer des jours, voire des mois.
« Ça peut prendre des mois. Le garçon va aller au rythme de la fille pour l'amener tranquillement à faire ce que lui désire », affirme l'intervenante qui n'hésite pas à qualifier les médias sociaux, sextos et autres applications technologiques comme des nouvelles « bêtes pour les organismes d'aide ».
« Pour plusieurs intervenants, ce sont des médiums que l'on connait, mais pas autant que les jeunes bien souvent. Est-ce qu'on investit ces milieux-là ? Si oui, de quelle façon ? » se questionne Marie-Michèle Whitlock.
« Quand une fille veut sortir, il n'y a pas de porte qui s'ouvre devant elle »
Sortir de la prostitution et se retrouver seule, sans aide, c'est le lot de bien des femmes qui tentent de quitter le monde de l'exploitation sexuelle.
Pourquoi se retrouvent-elles seules ? Parce qu'elles ne correspondent pas à « une case ».
« Une femme qui tente de sortir de la prostitution ne trouve pas d'aide. Elle ne se tourne pas vers les maisons d'hébergement puisqu'elle n'est pas nécessairement une femme battue. Elle ne peut aller dans les centres d'aide pour violences conjugales et elle ne vient pas nécessairement au CALACS puisqu'elle ne considère pas avoir été victime d'une agression sexuelle étant donné qu'elle était rémunérée en échange », explique Marie-Michèle Whitlock, intervenante au CALACS.
« Quand une fille veut sortir, il n'y a pas de porte qui s'ouvre devant elle », résume-t-elle.
De plus, le soutien nécessaire à ces femmes peut être nécessaire sur plusieurs mois, voire des années.
« Ça ne sert à rien d'essayer de convaincre une femme de quitter ce monde si elle n'est pas prête. À titre d'intervenante il faut plutôt tisser des liens et simplement leur dire : "maintenant ça va bien, mais si tu as besoin d'aide dans 6 mois, 1 an ou 5 ans, appelle-moi". »
Afin de pallier l'absence de services pour ces femmes, le CALACS Estrie travaille sur des plans d'intervention efficace avec cette clientèle.
« Nous devons adapter notre façon de travailler puisque ce n'est pas la même chose qu'avec une femme qui vient de vivre une agression sexuelle, illustre Marie-Michèle Whitlock. Mais nous travaillons sur nos interventions pour rejoindre ces femmes et leur venir en aide au moment opportun. »