Pour encourager un adolescent à retourner à l’école, le défi est de trouver les bons messages.
Pour encourager un adolescent à retourner à l’école, le défi est de trouver les bons messages.

Éviter le décrochage chez les ados confinés

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
SHERBROOKE — Les adolescents ne vont plus à l’école depuis maintenant plus d’un mois. Pour certains d’entre eux, il pourrait être ardu de reprendre les cours, que ce soit ce printemps ou cet automne.

Est-ce qu’il y a une crainte pour le décrochage scolaire? « C’est sûr, répond Josiane Bergeron, coordonnatrice du Projet partenaire pour la réussite éducative en Estrie (PRÉE). On est encore plus inquiets pour nos jeunes qui étaient déjà dans des situations vulnérables à l’école, qui avaient déjà des enjeux académiques. On sait que c’est dans les périodes d’arrêts comme l’été, les vacances de Noël et la relâche que les ados vont faire le choix de décrocher. On vient de rajouter le confinement. »

« On a aussi des inquiétudes face à la motivation d’un retour à l’école, poursuit-elle. On comprend que le gouvernement va nous présenter son plan de réintégration la semaine prochaine. On ne sait pas quel sera ce plan et quelles seront les attentes. Pour un jeune qui n’était pas motivé au mois de mars, ce retour ne sera pas facile. Et ça ne sera pas plus facile au mois de septembre. »

Pour Mme Bergeron, il est important que tout le monde joue son rôle dans la réussite éducative des élèves. « Dans la situation actuelle, ça va être encore plus fort. Nos jeunes auront besoin d’un coup de pouce et d’un encouragement de tout le monde, leurs parents, grands-parents et employeurs », assure-t-elle.

Josiane Bergeron

Christine Labrie, porte-parole en matière d’éducation pour Québec solidaire et députée provinciale de Sherbrooke, ne sait pas si ce confinement aura des effets sur le taux de décrochage scolaire. « Pour les enfants qui sont au primaire en ce moment, je pense qu’on pourra rattraper les mois d’école perdus, et ça ne m’inquiète pas à long terme, considère-t-elle. Pour les jeunes qui étaient à la fin de leur parcours et sur le point de graduer, c’est difficile de savoir comment ils se sentent en ce moment. On a vu dans les derniers jours qu’il y avait de la détresse psychologique chez les jeunes. »

« Est-ce que ça remet en question leur volonté de poursuivre leurs études pour aller chercher leur diplôme? Je ne sais pas, ajoute-t-elle. En même temps, on sait qu’avec des taux de chômage aussi élevés, décrocher ne paraîtra pas nécessairement un bon choix. Ça se peut aussi que le contexte économique fasse en sorte que les jeunes vont peut-être opter pour finalement terminer leurs études si ce n’était pas ça leur but de départ. » 

Messages

Pour encourager un adolescent à retourner à l’école, le défi est de trouver les bons messages, pense Mme Bergeron. « Quand on est adolescent [on passe] par notre réseau social. S’ils respectent les règles du confinement, ils n’ont pas vu leurs amis [depuis plus d’un mois]. Le retour à l’école, s’il a lieu au printemps en Estrie, c’est l’occasion de revoir ses chums face à face. L’école, c’est un milieu de vie et c’est ça qui va faire en sorte qu’un adolescent peu motivé va avoir le goût de revenir ce printemps. Je crois qu’on devra miser là-dessus », pense Mme Bergeron, ajoutant que le message devra être différent pour les étudiants des cégeps et des universités.

« Viens à l’école, tu fais partie des jeunes qui vont bâtir la suite et notre nouvelle communauté », adresse-t-elle aux plus vieux étudiants. 

Parents 

Évidemment, les parents ont un grand rôle à jouer dans la réussite scolaire de leur enfant. Actuellement, il n’est pas facile pour les parents de concilier le travail et les leçons des jeunes. Cependant, le Projet PRÉE propose plusieurs outils en ligne au www.parentestrie.com. 

« Il y a une grande inquiétude chez les parents, lance Josiane Bergeron. Ils souhaitent que les enfants maintiennent leurs acquis. Des familles ont vécu de nombreuses situations difficiles dans les dernières semaines. »

« À l’opposé, il y en a pour qui ça va très bien. Il y a autant de niveaux de motivation que d’individus », précise-t-elle, ajoutant que pour certains enfants qui ne sont plus en contact avec la lecture depuis le début du confinement, ils pourraient « perdre » l’équivalent d’un mois d’enseignement.

ParentEstrie

La plateforme du Projet PRÉE a été plus utilisée qu’à l’habitude en cette période de pandémie. « Il y a eu des articles qui ont été publiés dans les premières semaines de la pandémie. Les volets de trucs et astuces ont très bien fonctionné, on a eu des portées d’entre 15 000  et 16 000 individus sur les réseaux sociaux. Plus de 600 les ont lues », se réjouit la coordonnatrice. 

« On rejoint quatre à cinq fois plus de gens pour les mêmes sommes d’argent investi », dit-elle. 

Les partenaires sont invités à transmettre leurs ressources et leurs initiatives au Projet PRÉE, à l’adresse info@reussiteeducativeestrie.ca