La situation financière de North Hatley de même que le vieillissement de sa population sont deux variables que les élus locaux ont en tête quand ils discutent du projet de 200 unités d'habitation présenté par Richard Laliberté.

Zone inondable : Couillard doit « remettre ses bottes »

Les organismes Bleu Massawippi et Memphrémagog Conservation inc. (MCI) invitent le premier ministre du Québec à « remettre ses bottes », qu'il avait préalablement enfilées au plus fort des inondations survenues le printemps dernier au Québec, et à revoir sa vision du développement en zone inondable.
Dans une lettre adressée au premier ministre et publiée en page 10 de La Tribune aujourd'hui, les présidents de Bleu Massawippi et du MCI, Michel Clairoux et Robert Benoit, émettent tous deux le souhait que le gouvernement du Québec adopte un moratoire concernant le développement immobilier en zone inondable.
« Vous qui avez osé faire des coupes en santé, en éducation et en environnement, ne croyez-vous pas qu'il est temps de couper maintenant en zone inondable? Il faut remettre vos bottes, monsieur Couillard, déposer un moratoire et refaire votre politique », peut-on lire dans la lettre à l'intention du premier ministre provincial.
Mercredi dernier, la MRC de Memphrémagog a adopté à l'unanimité le projet de règlement 21-16, lequel doit permettre la réalisation d'un développement immobilier d'importance au centre de North Hatley, un village bordant le lac Massawippi. Le règlement ne pourra toutefois pas entrer en vigueur avant que le gouvernement du Québec donne son aval.
« Un moratoire ou quelque chose du genre est nécessaire pour qu'on puisse avoir un temps de réflexion sur la question du développement en zone inondable. Il faut se souvenir que ça coûte des millions $ aux contribuables, les inondations », rappelle l'ex-député Robert Benoit.
Les auteurs de la lettre soutiennent également que ni la MRC de Memphrémagog, ni la municipalité de North Hatley, ni le promoteur impliqué dans le dossier, Richard Laliberté, ne sont à blâmer pour le projet de règlement 21-16. Ils renvoient plutôt la balle à Québec.
« Si le gouvernement cautionne continuellement ce genre d'acte, les municipalités vont continuer à aller de l'avant et elles auront raison, car elles veulent se rentabiliser », affirme Michèle Gérin, directrice générale de Bleu Massawippi.
La situation financière de North Hatley de même que le vieillissement de sa population sont deux variables que les élus locaux ont en tête quand ils discutent du projet de 200 unités d'habitation présenté par Richard Laliberté. « Il y a toujours 500 bonnes raisons pour construire en zone inondable », déplore Robert Benoit.
Par ailleurs, M. Benoit croit que les changements climatiques constituent un élément incontournable lorsqu'on analyse la question des inondations. « Les preuves que ce phénomène existe sont nombreuses. Impossible de rejeter ça du revers de la main. On a des coups d'eau de plus en plus gros et on a besoin des terrains comme ceux au centre de North Hatley pour jouer le rôle d'éponge », explique-t-il.
Risques faibles?
Si certains font valoir que les risques sont devenus faibles à North Hatley étant donné que la région de l'Estrie a été épargnée lors des récentes inondations au Québec, Michèle Gérin prétend le contraire.
De toute manière, Bleu Massawippi et le MCI ne désirent pas simplement une réflexion régionale. « Il ne suffit pas d'arrêter le projet de North Hatley. Dans tout le Québec, il y a des cas semblables. Ce n'est pas parce que les immeubles sont immunisés contre les inondations qu'on peut installer des gens dans une zone potentiellement inondable et se dire qu'on va gérer le problème plus tard », explique Mme Gérin.
Selon celle-ci, il est temps que Québec se questionne sur le développement du territoire, compte tenu des conséquences pouvant découler de divers gestes posés localement. « A-t-on raison d'exploiter le territoire à son maximum? »