Vive inquiétude dans les milieux familiaux

SHERBROOKE — À une semaine seulement de la réouverture des milieux familiaux, plusieurs questions cruciales restent sans réponse et l’équipement de protection promis aux éducatrices par le gouvernement n’a toujours pas été distribué. 

La présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial de l’Estrie le dit d’emblée : depuis quelques jours, elle consacre tout son temps à répondre aux inquiétudes de ses membres.

« Il y a énormément d’inquiétudes de la part des responsables et surtout beaucoup de questions sans réponse », déplore Marlène Carbonneau lorsque jointe par La Tribune

Parmi les inquiétudes soulevées par plusieurs éducatrices, on retrouve notamment la question d’une compensation financière advenant qu’un milieu ne puisse rouvrir.

« Si l’éducatrice a plus de 60 ans ou s’il y a des personnes à risque qui vivent dans sa maison et que la personne décide de ne pas rouvrir, va-t-elle avoir à une rétribution? Si non, a-t-elle droit à la Prestation canadienne d’urgence ou est-ce considéré comme un refus de travail puisque ce n’est pas elle qui est malade, mais quelqu’un dans sa maison? » questionne Mme Carbonneau. 

Les éducatrices devront également faire face à des choix déchirants si plusieurs parents veulent retourner leur enfant dans leur service de garde alors que ces derniers doivent reprendre du service avec trois enfants maximum pour une éducatrice.

« Ce sera la responsable qui portera l’odieux de choisir les enfants qu’elle gardera », déplore la présidente du regroupement, en soulignant du même souffle que les enfants de l’éducatrice de moins de neuf ans continueront de compter dans le ratio malgré la situation actuelle.

« Si la responsable a deux enfants de moins de neuf ans qu’elle décide de ne pas renvoyer à l’école et qu’ils ne sont pas sous la responsabilité d’un autre adulte par exemple, ils vont compter dans son ratio. Elle pourra donc prendre un seul enfant parmi ses familles et cela la prive du revenu associé à ses places dès le 22 juin où les ratios remonteront à 100 % », souligne Mme Carbonneau. 

Les éducatrices espèrent que le gouvernement fera preuve de flexibilité quant aux mesures sanitaires imposées dans les milieux familiaux.

« Les responsables vont mettre de l’avant plusieurs mesures, mais il faut faire preuve de souplesse. C’est impossible d’avoir les mêmes exigences pour les milieux familiaux qui sont des milieux de vie », rapelle Mme Carbonneau. 

Pour ce qui est de l’équipement de protection annoncé par le gouvernement, la présidente du regroupement voit mal comment il pourrait être distribué aux 13 000 responsables du Québec en moins d’une semaine.

« La distribution est censée se faire via les bureaux coordonnateurs, mais le matériel n’est toujours pas arrivé. »

Vers des fermetures

Le Québec vivait déjà une pénurie de places en garderie bien avant la pandémie. Selon Mme Carbonneau, il manquait quelque 1800 milieux au Québec en janvier, ce qui représente plus de 10 000 places. En Estrie, le manque à gagner était d’environ 800 places.

Un sondage réalisé pour la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec il y a dix jours révèle que 43 % des éducatrices disaient ignorer si elles allaient rouvrir leur garderie en milieu familial et 4 % voulaient fermer définitivement leur service. Aussi, 10 % des éducatrices ne pouvaient pas rouvrir, car un membre de leur famille ou elle présentaient une « vulnérabilité sur le plan de la santé ».

« C’est plate à dire, mais les parents n’en trouveront pas de place, même s’ils s’inscrivent à La Place 0-5 comme le demande le gouvernement. Il n’y en avait pas de place avant et là tu rouvres juste 50 % du réseau », fait-elle valoir.

Manque de places en CPE

Les Centres de la petite enfance se préparent également à accueillir jusqu’à 30 % de leur clientèle régulière dès le 11 mai. Au CPE Le p’tit Gadu, la directrice générale Judith Laflamme anticipe déjà une trop forte demande de la part des familles. 

« Je suis en train de faire mon casse-tête selon les réponses des parents, mais je crois que je vais devoir faire des choix difficiles », constate Mme Laflamme qui considère que les dernières semaines se sont bien déroulées malgré la situation actuelle.

« En temps normal, le travail des éducatrices est de soutenir le développement de l’enfant. On ne peut pas dire que c’est ça pour l’instant, mais malgré tout ça va bien. Les enfants nous parlent du coronavirus, ils ont appris beaucoup de nouveaux mots et ont rapidement assimilé les consignes d’hygiène », assure la directrice.