Le dépôt du rapport du BAPE au gouvernement se fera au plus tard le 24 juillet. Le rapport sera ensuite rendu public au plus tard 15 jours après son dépôt.

Vers une vallée du magnésium

Après la vallée de l’aluminium au Saguenay, on pourrait voir la vallée du magnésium à Asbestos. Les plaidoyers ont été nombreux vendredi en faveur de l’exploitation des résidus miniers amiantés lors de la dernière journée du dépôt des mémoires des audiences publiques du BAPE pour son enquête sur l’amiante.

« Toutes les entreprises reliées au Magnésium sont des entreprises à valeur ajoutée, signale Martin Lafleur, directeur de la corporation de développement socio-économique d’Asbestos. Il y a des spécialistes, des professionnels et des ouvriers avec une formation pointue, donc d’avoir ce type d’entreprise a un effet économique systémique. On veut développer une marque de commerce et ça va être le magnésium. »

D’attirer des entreprises de production de magnésium aurait d’ailleurs un impact économique immédiat, au contraire de beaucoup d’autres types d’entreprise selon M. Lafleur qui confirme que plusieurs projets sont en pourparlers concernant la production de magnésium.

« On n’aime pas ça le dire, mais Asbestos est la ville de 5000 habitants qui reçoit le plus de péréquation au Québec, souligne M. Lafleur. On n’est pas riche. Si une entreprise s’établit et fonctionne bien le gouvernement me donne moins d’argent. Ça peut prendre plus de 15 ans avant que le citoyen voit une entrée d’argent. Donc entre une entreprise qui a une valeur foncière d’un million et une autre qui en a une de 100 millions, ça fait une différence importante au niveau des revenus de la municipalité. »

Cette expression a fait sourciller le président de la commission qui a demandé à M. Lafleur s’il n’y avait pas là un désaveu envers les efforts de diversifications économiques de la région.

« On ne change pas le nom de la ville pour Magnésium City non plus, résume-t-il. Ça ne nous empêche pas de développer autour. On a compris le principe de la diversification économique. On ne met pas tous nos œufs dans le même panier sauf que dans le panier il y a un œuf qui est plus gros que les autres et c’est la vallée du magnésium. »

Mise en place rapide

Le maire Hugues Grimard a déposé lui aussi vendredi un mémoire au nom de la Ville d’Asbestos. Il a insisté pour que les recommandations du BAPE entrent rapidement en vigueur.

« Il faut rassurer nos investisseurs pour pouvoir leur dire que tout est correct », mentionne le maire qui espère avoir l’ensemble de la réglementation avant la fin de l’année 2020.

M. Grimard a également recommandé à la commission que le gouvernement légifère que l’exploitation des résidus miniers soit faite dans un court rayon où ces mêmes résidus sont situés.

« C’est pour protéger notre région. Les résidus ont été exploités ici, c’est important pour la santé de l’ensemble du Québec. Si on commence à déplacer les résidus avec des véhicules, je pense qu’il y a plus de danger que si on les exploite directement sur le site. »

Qualité de l’air

Hugues Grimard a également recommandé d’acquérir une meilleure connaissance de la qualité de l’air à Asbestos puisque selon lui le manque de connaissances concernant la qualité de l’air des milieux avec des résidus amiantés a été mis en lumière durant les audiences.

Un mémoire présenté par la compagnie Englobe, qui revitalise une partie des haldes, a justement avancé n’avoir jamais capté une concentration de fibre au-delà du seuil pour les travailleurs.

« La qualité de l’air pour nos travailleurs respecte la norme à tout coup, explique Olivier Sylvestre, directeur régional chez Englobe. On est en dessous du seuil sur tous nos types de machines. On a fait des tests durant un an une fois par semaine sur notre opérateur de machine et on respecte toujours la norme. Pour l’air ambiant aussi, mais il n’y a pas de norme pour le mesurer. On a accumulé beaucoup de données. » 

Le Québec n’a aucune norme pour la qualité de l’air ambiant pour la population, ce qu’on appelle un seuil populationnel.

Une rencontre est d’ailleurs prévue le 26 février pour tenter de trouver le meilleur moyen pour établir une norme pour la qualité de l’air ambiant.

« Le ministère de l’Environnement et celui de la Santé vont tenter d’évaluer la pertinence d’établir un seuil populationnel, explique Joseph Zayed, président de la commission. Je ne dis pas que ça va réussir, mais les efforts vont y être. »  

Le dépôt du rapport du BAPE au gouvernement se fera au plus tard le 24 juillet. Le rapport sera ensuite rendu public au plus tard 15 jours après son dépôt.

Le maire d’Asbestos Hugues Grimard a insisté pour que les recommandations du BAPE entrent rapidement en vigueur. Il est accompagné par le directeur général de la municipalité Georges-André Gagné.

Ce qu'ils ont dit

« Il y a beaucoup d’érosion qui se fait dans les haldes. Ce n’est pas parce que c’est là et que c’est de la roche qu’il ne se passe rien. Il y a du mouvement et avec les changements climatiques extrêmes ça peut changer. Au niveau paysager, ce n’est pas intéressant non plus. Si on avait plus de données, on pourrait avoir une meilleure idée. Ça serait aussi important de prendre des mesures sur une période d’un an par exemple. »

Jacinthe Caron, directrice du conseil régional de l’environnement

« Il y a beaucoup de mythes en ce moment au parlement canadien, que ce soit au niveau des fonctionnaires ou des ministres. Peu importe ce qu’on dit, les gens vont penser qu’on exploite de l’amiante. Il y a des organismes qui sont des professionnels pour détruire des images, mais c’est notre rôle de remettre les pendules à l’heure. »

Alain Rayes, député fédéral de Richmond-Arthabaska

« Alliance Magnésium est un projet qui a tellement un effet positif sur les changements climatiques. On produit un métal qui sauve énormément de CO2. Que le Québec décide volontairement de ne pas faire ce type de projet, ça serait une aberration. On ne peut même pas imaginer qu’on ne pourrait pas aller de l’avant. »

Dr Joël Fournier, président et fondateur d’Alliance Magnésium

« Une compagnie devrait obligatoirement employer une personne non fumeuses pour travailler sur les haldes. La cigarette et l’amiante ne vont pas ensemble. On vient d’un seul coup de diminuer par dix fois les risques que cette personne développe une maladie liée à l’amiante. »

Serge Boilard, président du Mouvement Pro Chrysotile québécois