Après s’être offert un bâtiment certifié LEED en 2017, la MRC du Granit y a ajouté 78 panneaux solaires ainsi que des batteries de stockage pour participer à l’expérience du microréseeau au centre-ville de Lac-Mégantic.
Après s’être offert un bâtiment certifié LEED en 2017, la MRC du Granit y a ajouté 78 panneaux solaires ainsi que des batteries de stockage pour participer à l’expérience du microréseeau au centre-ville de Lac-Mégantic.

Une vitrine technologique de 9 M$ mise en service à Lac-Mégantic

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Annoncé en grande pompe il y a deux ans et demi, le microréseau électrique d’Hydro-Québec entre graduellement en opération cet automne dans le nouveau centre-ville de Lac-Mégantic.

Cette vitrine technologique de 9 M$ consiste à déployer dans ce quartier résidentiel et commercial les plus récentes avancées en production d’énergie solaire, stockage par batteries, domotique et efficacité énergétique.

« C’est un gros laboratoire vivant », illustre l’ingénieur de projet chez Hydro-Québec Patrick Martineau.

« On a abordé ce projet-là avec beaucoup d’humilité. On a beaucoup à apprendre, non seulement au niveau des technologies, mais aussi de la façon dont les clients peuvent s’approprier ces technologies-là. Pour nous, les deux volets sont hyper importants », ajoute-t-il.

« On est content que les choses avancent comme elles sont planifiées, renchérit Fabienne Joly, chargée de développement en transition énergétique à la Ville de Lac-Mégantic. On apprend à travailler avec Hydro-Québec et Hydro-Québec apprend à travailler avec une municipalité et avec ses citoyens. C’est un projet qui se coconstruit. »

Rappelons qu’après la tragédie ferroviaire qui a détruit son centre-ville en 2013, Lac-Mégantic a rapidement identifié le développement durable et la transition énergétique comme nouveau levier économique. C’est avec cette vision en tête qu’elle a approché Hydro-Québec pour ce microréseau.

Quelque 2200 panneaux solaires générant une capacité de 800 kWh ont ainsi été installés sur le toit de quatre bâtiments dans le nouveau centre-ville et alimenteront à terme une trentaine de commerces, institutions et résidences, dont un hôtel de 70 chambres actuellement en construction.

La capacité de production d’électricité du microréseau de Lac-Mégantic repose sur 2200 panneaux solaires dont les trois quarts ont été installés sur le toit du Centre sportif Mégantic.

Du sol on n’en voit rien, mais du haut des airs, les panneaux photovoltaïques sont bien visibles. 

On en retrouve sur le toit des édifices neufs de la MRC du Granit et de Services Canada, ainsi que sur l’immeuble résidentiel et communautaire Le Concerto.

La grande majorité d’entre eux, soit 1700, brillent toutefois sur le Centre sportif Mégantic, qu’on pourrait maintenant qualifier de minicentrale solaire puisque l’énergie qui y sera produite quand les panneaux seront mis en service dans quelques semaines ne servira pas ce bâtiment énergivore, mais bien l’ensemble du microréseau. 

C’est aussi dans la cour du CSM qu’on a érigé le poste électrique du microréseau avec des batteries d’une capacité de 600 kWh, un convertisseur et des systèmes de commande et de distribution.

« Dans le cas de la MRC, de Services Canada et du Concerto, leurs besoins en énergie ne sont plus couverts uniquement par l’énergie injectée du réseau d’Hydro-Québec, explique Fabienne Joly. Ils sont aussi couverts par l’énergie produite par leurs panneaux solaires et ils vont voir la différence sur leurs prochaines factures d’électricité. L’électricité produite par les panneaux solaires va être consommée en priorité avant d’aller puiser dans le réseau d’Hydro-Québec. »

Branché au réseau

Hydro-Québec estime que l’énergie produite par les 2200 panneaux solaires du microréseau équivaut à la consommation de 50 maisons unifamiliales. Le microréseau reste donc relié au réseau principal d’Hydro-Québec et y puise dès que nécessaire.

La capacité de production et de stockage du microréseau a toutefois été optimisée pour espérer le rendre complètement autonome de 45 à 60 % du temps en été, précise Patrick Martineau.

« Souvent les gens pensent qu’avec un microréseau, on va pouvoir alimenter de façon autonome à longueur d’année tous les clients, c’est sûr que ce n’est pas le cas, dit-il. En hiver, la charge est trois fois supérieure à ce qu’elle est l’été, malgré la présence de climatisation en été. Avec l’état actuel du développement du centre-ville, même avec la construction de l’hôtel à venir, on a fait les simulations pour s’assurer qu’on est capable d’îloter le microréseau pour des périodes de plus de six heures en été. » 

Il reste encore quelques terrains vacants dans le périmètre du microréseau. Leurs futurs occupants seront automatiquement raccordés, mais sans obligation de leur part, souligne Fabienne Joly.

« Il y a déjà une incitation à construire plus efficace, parce que plus le bâtiment est efficace, plus sa consommation d’énergie est sobre et peut être régulée par exemple avec de la domotique. (…) On est en discussion pour voir comment on incite, on stimule ou on soutient — tous ces mots sont sur la table — pour que le microréseau vive et que les futurs bâtiments qui se construisent puissent aussi être le plus efficaces possible. »

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Comment on « îlote » un microréseau?

Durant la nuit, on va recharger les batteries à partir du réseau principal d’Hydro-Québec, mais en dehors des périodes de pointe. Le matin, le « cerveau » du microréseau va préserver les batteries en fonction de la demande attendue et de la production solaire possible. Ce modèle va tenir compte de la météo et décider s’il est possible de se débrancher du réseau principal d’Hydro-Québec pendant quelques heures, soit « îloter » le microréseau. Si un nuage se pointe et affecte la production, c’est le stockage centralisé qui va soutenir le microréseau durant ce passage nuageux. À la fin de la journée, quand le soleil va diminuer, le modèle prévisionnel va dire au microréseau, là tu peux décharger complètement les batteries et donc poursuivre l’îlotage au-delà du coucher du soleil.