Pour diminuer la congestion dans les salles d’urgence, il faut faciliter la trajectoire de soins des patients afin que les patients reçoivent les bons soins dans les bons lieux aux bons moments.

Une politique pour placer le patient au bon endroit au bon moment

La congestion dans les salles d’urgence est un défi pour l’ensemble du système de santé. Des patients restent souvent coincés à la salle d’urgence parce que de nombreux obstacles se dressent dans le cheminement des usagers dans les autres départements du système de santé. La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS entend travailler encore plus fort, dans la prochaine année, pour rendre la trajectoire de soins de ses patients encore plus fluide. « Nos actions visent à nous assurer que les personnes reçoivent les bons services, aux bons endroits, en fonction de leur état de santé et de leurs besoins », soutient Rémi Brassard, directeur général adjoint aux programmes sociaux et de réadaptation au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

D’entrée de jeu, prenons des exemples. Un patient subit une chirurgie de la hanche. Statistiquement, le personnel médical sait très bien qu’une hospitalisation après une telle chirurgie dure généralement cinq jours. « Il ne faut pas attendre la fin de la quatrième journée pour envoyer l’ergothérapeute chez le patient pour voir quels sont les obstacles qu’il y a chez lui, s’il y a des marches par exemple, pour l’aider dans son retour à la maison. Dès l’admission du patient, il faut voir à l’avance les étapes qu’il faudra faire pour faciliter la trajectoire du patient », soutient M. Brassard.

Un autre exemple. À la fin d’une hospitalisation en soins actifs, il arrive que le patient ne puisse plus retourner chez lui et qu’il doive être transféré dans un lieu d’hébergement comme un CHSLD. Or dans certains CHSLD, on ne fait pas d’admission la fin de semaine ni les jours fériés — imaginez un instant la congestion dans la période des Fêtes alors que les journées de fins de semaine s’additionnent aux journées fériées!

« Il faut qu’on admette des patients dans tous les CHSLD tous les jours, y compris les fins de semaine. Mais c’est plus compliqué que de seulement transférer le patient : les médicaments doivent suivre, la désinfection de la chambre doit être faite... Il faut que tous ces services-là puissent se concerter pour que le patient puisse être transféré dès que son niveau de soin a changé et qu’un lit est disponible », explique le directeur général adjoint. 

En effet, à la suite d’une hospitalisation, certaines personnes ne sont pas en mesure de retourner immédiatement dans leur milieu de vie et doivent être transférées vers d’autres types de soins : soins post-aigus (évaluation, orientation, réadaptation, convalescence), soins palliatifs, hébergement privé ou en CHSLD. Le transfert doit alors se faire dans les meilleurs délais afin de maintenir l’accessibilité et permettre une utilisation optimale des ressources disponibles.

Rémi Brassard est directeur général adjoint aux programmes sociaux et de réadaptation au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Annuler les chirurgies

« Sinon, un patient bloque un lit de soins actifs qui pourraient être utilisés par une autre personne qui a besoin d’un épisode de soins actifs. Cette personne se trouve à ce moment-là dans une civière à l’urgence », ajoute Rémi Brassard.

Et quand tous les lits sont pleins et que les salles d’urgence débordent, il ne reste plus qu’une solution pour diminuer le nombre de patients qui rentrent à l’hôpital : annuler les chirurgies qui nécessitent une hospitalisation.

« Quand on en vient à devoir annuler des chirurgies qui nécessitent des hospitalisations, on ne peut pas être fiers de ça comme établissement », ajoute Rémi Brassard.

Pour encadrer cette volonté de tout faire pour faciliter des trajectoires efficaces pour les patients, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a adopté une nouvelle Politique sur le transfert des usagers ayant un statut de niveau de soins alternatifs ou ayant reçu leur congé.

Cette nouvelle politique vient également délimiter le nombre de kilomètres qu’il sera possible d’imposer aux familles des patients en attente d’hébergement en CHSLD. Prenons l’exemple d’un patient qui demande d’être hébergé au CHSLD Argyll.

« Si on n’a pas de place à Argyll, on peut offrir au patient d’être hébergé au CHSLD d’East Angus s’il y a de la place disponible. Nous avons délimité le kilométrage à 70 km entre le lieu du premier choix et la deuxième offre. Là aussi, c’est une question d’offrir les bons soins, à la bonne personne, dans le bon lieu. Pour une personne qui n’a plus besoin de soins actifs, ce n’est pas agréable de se trouver dans un milieu hospitalier », soutient M. Brassard.

Et une fois qu’une place sera libérée au CHSLD Argyll, la personne pourra de nouveau être transférée si elle le souhaite toujours.

Pour en arriver à cette solution de compromis, « nous avons consulté les comités des usagers », assure Rémi Brassard.