Le peintre John Ryan était de passage à Sherbrooke mardi pour inviter les membres du Centre Le Colibri, dont Denis Veilleux, à ajouter leurs couleurs à une murale nationale.

Une murale aux couleurs des régions

« Je pense que je vais me remettre à la peinture et finir la toile que m’a demandée ma belle-sœur. Ça me redonne vraiment le goût de peindre. »

Monique fait partie de la dizaine de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer réunies mardi au Centre d’activités et de ressourcement Le Colibri, rue Galt Ouest, où le peintre John Ryan s’est arrêté pour leur proposer de prendre part à un projet collectif. C’est à lui que Monique s’adresse, beaucoup à elle-même aussi, après avoir apporté sa touche au tableau représentant une grange ronde, emblème estrien choisi par le peintre pour une murale de sensibilisation de la Fédération québécoise des Sociétés Alzheimer.

« Je voulais que chaque région, chaque société soit représentée dans cette murale et c’est la façon la plus simple d’y arriver, en permettant aux gens atteints de peindre une toile sur laquelle j’ai déjà dessiné l’esquisse », explique John Ryan, converti pour l’occasion en maître auprès d’élèves tous aussi intéressés les uns que les autres par le projet.

Avant de débarquer à Sherbrooke mardi, John Ryan était passé par Gatineau, Matane, Québec, Granby et d’autres villes encore. Partout, le même rituel, des gens atteints de la maladie d’Alzheimer peignent une toile représentant leur région. En janvier, on dévoilera la murale à Montréal pour lancer une campagne de financement de la Fédération.

Valorisation par l'art

« Les activités de création artistique font partie de nos journées d’intervention hebdomadaires, fait remarquer l’animatrice Catherine Longpré, responsable de ce segment. La peur des arts est très présente chez les personnes âgées à la base parce qu’elles ne se trouvent pas bonnes, mais en plus, chez les personnes atteintes d’alzheimer, le volet compétence est la première chose atteinte. Ici, ce sont des gens atteints légèrement, donc très conscients du jugement. Les activités doivent donc tenir compte de leurs limites. Ils ne sont pas là pour apprendre, mais pour avoir du plaisir dans la création. En plus, ils ont un résultat en main, c’est valorisant.

« Les plus beaux projets sont ceux qui leur permettent de faire un retour sur leur vécu, poursuit Catherine Longpré. Ça les plonge dans leurs souvenirs et leur permet de constater que oui, ils ont fait quelque chose dans leur vie. Tout en s’adaptant à leur perte, on trouve une façon de mettre en images une partie d’eux-mêmes. »

C’est un peu ce qui s’est passé lorsque Monique a pris la relève auprès de John Ryan afin de poursuivre la toile de la région estrienne.

« Je n’ai pas touché à un pinceau depuis le début de la maladie, explique-t-elle. Avant, je faisais beaucoup de peinture à l’eau, mais depuis la maladie, je tremble beaucoup et j’ai beaucoup de choses à gérer. J’ai laissé ça de côté. Mais là, je vois que j’y arrive encore. »

« En plus, votre nouvelle façon de peindre pour vous adapter fait en sorte que vous apportez une certaine texture à votre peinture, lui fait valoir John Ryan.

« J’aime beaucoup ça, c’est très beau. Et vous voyez que vous y arrivez en soutenant votre main ou en l’appuyant sur l’autre. C’est parfait. J’espère que vous allez reprendre la peinture à la maison aussi », lance-t-il à une Monique complètement rayonnante.

Ateliers variés

Le Centre d’activités et de ressourcement Le Colibri accueille des groupes d’une dizaine de personnes atteintes d’Alzheimer les mardis, mercredis et jeudis, pour l’entière journée chaque fois, proposant un répit aux proches aidants et des activités variées aux participants.

Dans des locaux recréant un réel milieu de vie, les animatrices et intervenantes proposent des activités cognitives pour commencer la journée, de l’activité physique ensuite, de la création artistique pour finir. Tout le monde dîne ensemble sur place.