Une meilleure santé buccale dans les CHSLD du CIUSSS de l'Estrie

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS prépare actuellement le déploiement de son nouveau programme de soins buccodentaires pour les aînés résidant en CHSLD. C’est une nouvelle réalité au Québec : les aînés arrivent maintenant à la vieillesse avec leurs dents naturelles. C’est en effet depuis environ 50 ans que la « mode » n’est plus d’arracher toutes les dents mais bien de les traiter pour qu’elles soient conservées.

Le programme financé par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a deux objectifs : assurer le confort des patients et leur capacité à mastiquer la nourriture. Mais il y a plus : avoir une meilleure hygiène de la bouche permettra à certains aînés de goûter davantage la nourriture et peut-être même de retrouver le goût de manger!

« C’est un beau programme, très pertinent. Les soins buccodentaires ont un impact non seulement sur la douleur mais aussi sur le goût des aliments dans la bouche. Quand on a certains patients qui ne mangent presque pas, parfois, il faut aller chercher des réponses dans des choses toutes simples comme le manque de saveur ou la douleur dans la bouche », soutient Sylvie Moreault, directrice du programme du soutien à l’autonomie des personnes âgées au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le Programme québécois de soins buccodentaires et de soins d’hygiène quotidiens de la bouche dans les CHSLD du Québec a été annoncé en février dernier par la ministre Marguerite Blais. Le CIUSSS a reçu 515 000 $ pour le démarrage du projet et recevra ensuite 200 000 $ chaque année pour assurer son fonctionnement. Le CIUSSS devra embaucher deux hygiénistes dentaires alors que les soins de base seront effectués par le personnel déjà en place.

Aujourd’hui dans les CHSLD, des soins de la bouche de base sont offerts. Mais ils sont « très variables » d’une installation à une autre.

« Nous offrons déjà le brossage des dents par exemple, mais c’est surtout l’approche qui peut manquer à notre personnel. On a souvent l’expérience de brosser les dents de nos enfants; ce n’est pas une tâche facile. Imaginez de brosser les dents à des personnes âgées, surtout celles avec des problèmes cognitifs; ça peut être très difficile, voire impossible. Aujourd’hui, on peut dire que les soins buccodentaires que l’on offre ne sont pas optimaux malgré toute la bonne volonté de notre personnel », ajoute-t-elle.

Des soins équitables

En ce moment dans les CHSLD, l’achat des brosses à dents, de la pâte à dent ou des capsules pour nettoyer les prothèses fait partie de la responsabilité des résidents. Voilà qui est plus compliqué pour ceux qui n’ont pas beaucoup de famille.

« Avec ce programme, tout sera fourni aux résidents. L’objectif, c’est d’assurer des soins équitables à l’ensemble des résidents de nos 26 CHSLD, autant pour ceux qui ont des dents naturelles que pour les prothèses », ajoute Sylvie Moreault.

Ce programme se déploiera en trois niveaux d’intensité. D’abord, il y aura un important volet de formation pour les préposés aux bénéficiaires, les infirmières auxiliaires et les infirmières notamment.

« Ce sont nos employés qui vont donner les soins de base. Quand ce sera nécessaire, les infirmières pourront aussi faire une évaluation de base de la bouche et si elles détectent une irrégularité, elles pourront interpeler une des deux hygiénistes dentaires que nous allons embaucher. »

Celles-ci pourront à leur tour faire des traitements et des soins plus avancés.

« Les hygiénistes passeront environ une demi-journée dans chaque CHSLD aux deux semaines », mentionne Mme Moreault.

Lorsque ce sera nécessaire, les hygiénistes pourront faire appel aux dentistes pour des traitements plus avancés. Ce sera alors le troisième niveau de soins.

« On parle ici de soins de base, des plombages par exemple. Les dentistes avec lesquels nous aurons pris des ententes devront se déplacer et faire les soins directement sur place », souligne la directrice.

Idem pour les patients qui ont une prothèse. « Nous aurons aussi des ententes avec des denturologistes pour qu’ils puissent les ajuster », souligne Mme Moreault.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a jusqu’au 31 mars 2020 pour déployer son programme dans l’ensemble de ses CHSLD.

Les dentistes souhaitent en faire plus pour les aînés

« Quand elle se mariait, une jeune femme allait avoir des enfants et donc, elle n’aurait pas le temps de s’occuper des douleurs liées à ses dents. Comme cadeau de mariage, on lui offrait donc de lui arracher toutes ses dents et de les remplacer par un dentier. Une histoire comme celle-là, j’en ai entendu très souvent dans ma carrière », explique le Dr Serge Langlois, porte-parole de l’Association des chirurgiens-dentistes du Québec (ACDQ).

C’est entre 1965 et 1970 que le renversement de tendance s’est produit au Québec : fini « l’arrachage » de dents à la moindre occasion et souvent même sans raison. « Les dentistes étaient alors formés pour que les gens conservent leurs dents le plus longtemps possible. On a tout fait pour ça », explique le chirurgien-dentiste.

Les aînés de plus de 60 ans arrivent donc en CHSLD avec leurs dents naturelles. Il y a davantage de résidents avec des dents naturelles en CHSLD aujourd’hui que de résidents avec des prothèses. Des dents qui ont subi toutes sortes de traitements au fil des ans, des plus simples aux plus complexes. Et les patients ont souvent des problèmes cognitifs.

« Ça nous apporte un grand défi quand on ne peut pas avoir la collaboration des patients pour leurs traitements », souligne-t-il.

Résultat, l’hygiène de la bouche en prend un coup et les visites chez le dentiste s’arrêtent souvent. C’est ainsi que la douleur peut s’installer.

Il y a 15 ans que le président de l’ACDQ martèle sur toutes les tribunes qu’il faudra s’occuper des soins et de l’hygiène dentaire avec le vieillissement de la population.

« La première étape, c’est de sensibiliser les gens à l’importance de l’hygiène personnelle de la bouche. Au moins avec la mise en place du nouveau programme, on en parle », précise-t-il.

Le programme déployé par le ministère de la Santé et des Services sociaux « est un début », dit-il, mais il ne va pas assez loin. Le Dr Langlois l’a d’ailleurs mentionné à la ministre Marguerite Blais. Selon lui, dès leur entrée en institution, les aînés devraient être évalués par un dentiste.

« Ça n’a pas de sens que des gens aujourd’hui ne puissent plus ouvrir la bouche ou mastiquer parce qu’ils ont mal à une dent mais qu’ils sont incapables de le dire. Il faut qu’on soit capable de rendre les gens au moins confortables », insiste Serge Langlois.