Nathalie Bombardier

Une fonctionnaire suspendue pour ses interventions en tant qu’acéricultrice

L’acéricultrice Nathalie Bombardier a été suspendue pour une durée de cinq jours de son poste d’inspectrice en bien-être animal au MAPAQ pour des commentaires qu’elle a fait sur Facebook au sujet du conflit entre la Fédération des producteurs acéricoles (FPA) et l’érablière Gaudreau, qu’elle administre avec son conjoint.

Mme Bombardier soutient qu’elle a toujours pris position contre les politiques de la FPA en tant qu’acéricultrice, et non comme fonctionnaire au MAPAQ, pour éviter un éventuel conflit d’intérêts.

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«J’ai toujours participé au débat en tant qu’acéricultrice et non comme fonctionnaire. C’était très important pour moi d’être entendue en tant qu’acéricultrice, citoyenne payeuse de taxes, pour que mes arguments aient de la valeur.  Le MAPAQ dit qu’étant donné que la Fédération des acériculteurs tire ses pouvoirs de la loi sur la mise en marché agricole appliquée par le MAPAQ lui-même, il y a un conflit d’intérêts dans ma situation. C’est étirer la sauce et c’est tiré par les cheveux, selon moi», illustre-t-elle.

Elle croit que les fonctionnaires devraient avoir la liberté de s’exprimer sur les enjeux qui les touchent directement, tant qu’il n’y a pas de conflit d’intérêt direct dans les démarches entreprises. 

«Comment peut-on soutenir que j’ai manqué de loyauté envers mon employeur? Je ne suis pas sortie de façon agressive, j’ai seulement émis mon opinion. J’ai fait mes démarches en toute bonne foi et mon argumentaire est valable, mon combat est légitime», questionne Mme Bombardier. 

L’acéricultrice estrienne a recueilli l’appui de plusieurs grosses pointures du milieu agricole depuis l’annonce de sa suspension d’une durée de cinq jours.

«L’ancien ministre de l’Agriculture sous Robert Bourassa Yvon Picotte a signé ma lettre, appuyant la liberté d’expression. J’ai aussi le support de Jacques Proulx, président de l’UPA de 1981 à 1993. Jean Pronovost, l’instigateur du rapport Pronovost et président de la commission sur l’agriculture, est aussi signataire. Je trouve incroyable qu’on souhaite que les citoyens s’impliquent plus en politique, mais qu’on les décourage en les suspendant», fait-elle valoir. 

Mme Bombardier rencontrera à nouveau les dirigeants du MAPAQ la semaine prochaine quant à son avenir au sein du ministère. 

«On me menace de me suspendre si je n’enlève pas des likes sur des publications Facebook. 90% des gens qui vont sur Facebook ne vont pas voir qui a aimé quoi. J’ai une interdiction de parler politique, je suis bâillonnée. Pour ma part, c’est inconcevable, je m’intéresse à la politique et je veux participer à certains débats», conclut-elle, espérant que le MAPAQ se ravisera et la laissera participer aux débats publics en tant que citoyenne.

Confidentialité 

Au MAPAQ, on se refuse à tout commentaire, prétextant qu’il s’agit d’un dossier touchant un membre du personnel du ministère et qu’on doit observer une stricte confidentialité.

Mélissa Lapointe, porte-parole du MAPAQ, réfère toutefois à un document en ligne intitulé «L’éthique dans la fonction publique québécoise». Dans le document de 20 pages, on y mentionne entre autres que le fonctionnaire doit respecter «l’obligation d’obéissance hiérarchique, ainsi que celle de loyauté et d’allégeance à l’autorité constituée».

Du côté de la FPA, on assure que l’organisation n’a rien à voir dans cette affaire. Hélène Normandin, porte-parole de la fédération, explique que la plaignante a eu des démêlés avec son syndicat de producteurs dans le passé­. Même si Mme Bombardier est membre de la Fédération, Mme Normandin ne pouvait dire si elle serait défendue pour l’instance syndicale. 

- Avec Claude Plante