Nancy Bolduc : « En présence de mon père, un membre du personnel nous a par exemple expliqué que le système n’investit pas dans les gens âgés et en fin de vie. »

Une femme porte plainte contre le CIUSSS après la mort de son père

Il n’est jamais facile de voir une personne qui nous est chère disparaître. Mais le deuil est plus difficile à vivre encore quand on a l’impression que cette personne n’a pas reçu les soins de santé auxquels elle avait droit avant sa mort. Résidante d’Eastman, Nancy Bolduc peut en témoigner. Son père est mort le 2 janvier, après avoir connu une lente agonie à l’extérieur de l’hôpital malgré une condition médicale préoccupante.

Le 22 novembre, Denis Bolduc était transporté en ambulance au centre de santé de Magog, un établissement appartenant au CIUSSS de l’Estrie – CHUS. Il était extrêmement mal en point, ce qui lui vaut alors d’être hospitalisé.

Dans les jours suivant son hospitalisation, on informe la famille que l’homme de 85 ans souffre de maux multiples : pneumonie, leucémie, arythmie, emphysème, déshydratation, manque de protéines et début de démence.

Compte tenu de l’état de santé de l’octogénaire, la famille est surprise d’apprendre, une semaine après son hospitalisation, que celui-ci devra quitter l’hôpital.

L’idée de ramener le malade à son domicile, où il vivait jusque-là en compagnie de sa conjointe, est rapidement écartée par la famille. « Ma mère a 83 ans et ne pouvait pas s’en occuper seule. Ça aurait été trop difficile pour elle », souligne Nancy Bolduc avec une amertume non dissimulée.

« Abandonnés »

En dépit de son mécontentement, la famille de M. Bolduc fait des démarches pour dénicher un lieu qui accepterait ce dernier et, le 12 décembre, on déménage ses effets personnels dans une résidence pour aînés située à Magog.

La semaine suivante, l’homme est à nouveau transporté d’urgence au centre de santé de Magog. Le personnel de l’établissement en arrive alors à la conclusion qu’il n’est ennuyé que par un problème bénin et on lui donne son congé rapidement.

« Nous nous étions sentis abandonnés dans l’épisode précédent, mais, à partir du 12 décembre, nous avons été complètement largués par notre système de santé », peut-on lire dans une lettre envoyée à La Tribune par la famille.

Entre autres, le personnel de la résidence pour aînés ayant accueilli l’octogénaire aurait inscrit dans son dossier qu’il était « un cas de soins palliatifs ». Mais cela n’empêchera pas l’hôpital de le retourner à la résidence après une nouvelle visite à l’urgence le 30 décembre en raison d’une hémorragie.

Selon le récit fait par la famille, Denis Bolduc est enfin admis à l’unité de soins palliatifs le 2 janvier. Il est décédé sur place le jour de son admission vers 23 h 10.

Une plainte

Jugeant inadmissible ce que son père a vécu, Nancy Bolduc et sa mère, Fernande, ont déposé une plainte au Bureau des plaintes et de la qualité des services du CIUSSS de l’Estrie – CHUS.

« On ne comprend pas pourquoi il ne le rentrait pas aux soins palliatifs. À notre avis, il aurait dû être admis là plus tôt. On nous disait qu’il marchait et ça semblait être la raison pour laquelle on ne voulait pas le garder. La réalité par contre, c’est qu’il se déplaçait très difficilement. Il n’était pas vraiment mobile dans le fond », indique la fille du défunt.

Cette dernière déplore également le manque de compassion de certains intervenants du réseau de la santé. « Un membre du personnel nous a par exemple expliqué que mon père glissait et que le système n’investit pas dans des cas comme ça. Cette personne énumérait aussi, devant mon père, tous les problèmes qu’il avait de façon froide. »

Aucun commentaire

Invité à commenter le dossier, le CIUSSS de l’Estrie – CHUS a rappelé qu’il n’intervient jamais sur la place publique concernant des situations vécues par des patients clairement identifiés.

« La famille peut adresser son insatisfaction au commissaire aux plaintes. Puisqu’il relève du conseil d’administration, le commissaire est indépendant. Il transmettra ses conclusions dans un délai de 45 jours, accompagnées ou non de recommandations pour améliorer la situation », souligne la conseillère en communication Geneviève Lemay. Elle ajoute que, si « le commissaire adresse des recommandations, l’établissement les traitera avec diligence. La qualité des services aux personnes et leurs proches est primordiale pour le CIUSSS de l’Estrie — CHUS ».