Une ex-infirmière est radiée par son ordre professionnel pour avoir volé des narcotiques, à plus de 130 reprises, dans quatre établissements.

Une ex-infirmière radiée pour avoir commis plus de 130 vols d'opioïdes

Une ex-infirmière a plaidé coupable à quatre chefs d’accusation liés à plus de 130 vols de puissants narcotiques. Elle a notamment dérobé du fentanyl et du Dilaudid alors qu’elle travaillait à l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins puis à la Résidence CRP, deux établissements de Cowansville.

Au terme d’une enquête menée par le Conseil disciplinaire de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Claudie-Anne Leduc a été sanctionnée.

« Il est reproché à l’intimée de s’être approprié entre février 2015 et décembre 2016, dans quatre établissements différents et à de nombreuses reprises, des narcotiques en tentant de dissimuler ces appropriations par des subterfuges. [...] En matière de gravité objective, les gestes reprochés à l’intimée sont très graves et dénotent un manque d’intégrité flagrant », indique l’Ordre dans sa récente décision.

Mme Leduc a été inscrite à son organisation professionnelle du 7 mai 2014 au 31 mars 2017. Selon le document de l’Ordre, il s’agit de la seconde carrière de la mère monoparentale, qui avait alors la charge de son fils adolescent. Elle ne travaille plus comme infirmière depuis décembre 2016, « vivant de l’assurance-emploi et de l’aide familiale. Elle effectue également de petits contrats de temps en temps. »

Stratagème

Le premier chef d’accusation concerne la période où l’ex-infirmière a travaillé à l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP), soit durant un an (2014-2015). La femme a reconnu « plusieurs irrégularités » lors de l’approvisionnement au « cabinet automatisé de distribution de médicaments » (CAD) de l’établissement.

« De février à avril 2015, elle reconnaît s’être approprié, à environ 60 reprises, différents narcotiques incluant principalement du Dilaudid injectable ainsi qu’un timbre de fentanyl, trois fioles de Démérol et quelques comprimés de Dilaudid. »

Son stratagème consistait à faire de mauvaises entrées au CAD, notamment pour « de faux rebuts, des ampoules contaminées, des transactions alors qu’il n’y a aucune prescription ou note au dossier du client ou encore des transactions pour des clients dont elle ne s’occupe pas. »

L’intimée a été suspendue de ses fonctions le 30 avril 2015, à la suite d’une enquête menée à l’hôpital BMP. Elle a démissionné quelques jours plus tard.

L’ex-infirmière a ensuite intégré une agence de placement (Agence Continuum), par l’intermédiaire de laquelle elle a travaillé au Centre de santé Lebel-sur-Quévillon de décembre 2015 à février 2016.

Elle a alors eu recours au même subterfuge que précédemment pour se procurer des narcotiques « à environ 50 reprises ». On parle entre autres de Dilaudid, de Démérol, de fentanyl et de morphine.

Toujours par le biais de l’Agence, Mme Leduc est ensuite embauchée à la Résidence CRP. Son mandat s’est échelonné de septembre à novembre 2016. Durant cette courte période, elle a admis avoir volé une dizaine de fois des médicaments. Les témoignages d’anciens collègues ont mis en lumière plusieurs de ses larcins.

Le dernier chef d’accusation concerne le passage de Claudie-Anne Leduc, en décembre 2016 via l’Agence, au CHSLD Gustave-Favreau sur la Côte-Nord. Encore une fois, l’intimée s’est procuré illicitement des narcotiques, privant même de sa médication un résident éprouvant de vives douleurs.

Défense

La preuve révèle que l’intimée a reçu, en décembre 2014, un diagnostic de fibromyalgie. Il s’agit d’un syndrome caractérisé par des douleurs chroniques réparties dans l’ensemble du corps. Plusieurs personnes qui en sont atteintes prennent des narcotiques sous ordonnances pour atténuer ces maux.

Or, Mme Leduc jette plutôt une partie du blâme sur son ex-conjoint qui, selon ses propos, « abusait beaucoup de narcotiques et s’approvisionnait par son entremise, la menaçant de la laisser si elle ne s’exécutait pas. »

L’ex-infirmière de 40 ans a aussi affirmé qu’elle « ne prend plus de fentanyl depuis l’été 2017 après avoir mis un terme à sa relation de cœur. »

Par ailleurs, l’intimée a indiqué aux représentants de l’Ordre qu’elle « adore son travail d’infirmière » et qu’elle veut « y revenir un jour ».

Sanctions

Le Conseil disciplinaire a évoqué que Mme Leduc « n’a suivi aucune cure de désintoxication pour ses problèmes de consommation ou de thérapie quelconque, ne les jugeant pas nécessaires. » De plus, elle n’a exprimé aucun regret à propos des gestes pour lesquels elle a reconnu sa culpabilité.

Après analyse du dossier, le Conseil a dit vouloir privilégier la protection du public dans ses sanctions à l’intimée, tout en dissuadant « la récidive et être un exemple pour les autres membres de la profession. »

Parmi les facteurs aggravants, l’organisation a notamment retenu la nature des actes posés et la période sur lesquels ils sont survenus dans quatre établissements différents.

De même, l’intimée n’a pas collaboré à l’enquête du plaignant. Le Conseil se questionne également « sur ce qui arrivera lorsqu’elle retournera au travail d’infirmière où elle sera de nouveau en contact avec des narcotiques. [...] Le risque de récidive est très présent. »

Ainsi, pour les quatre chefs d’accusation, Claudie-Anne Leduc écope de radiations totalisant 57 mois. Les peines sont toutefois concurrentes, la plus élevée étant de deux ans. Elles devront être purgées « à compter de la réinscription de l’intimée au tableau de l’Ordre. »

De plus, l’organisation restreint son droit d’exercice durant 18 mois si elle décide de retourner au travail dans son domaine. Au cours de cette période, « elle ne pourra accéder, manipuler ou administrer des narcotiques ou autres drogues contrôlées. »