Pierre Guimond avait de la difficulté à retenir ses larmes en voyant sa ferme ravagée par les flammes.

Une centaine de bêtes périssent dans un incendie de ferme [VIDÉO]

Plus d’une centaine de bêtes ont péri dans la nuit de mardi à mercredi dans l’incendie d’une ferme laitière de Saint-Camille, près d’Asbestos. Le feu s’est déclaré vers 4 h 30 dans l’étable de la ferme Pierre Guimond, sur la rue Miquelon.

« Ma conjointe s’est réveillée vers 4 h du matin parce que ça sentait la fumée, raconte Pierre Guimond à La Tribune. Elle m’a dit que le feu était pris dans la grange et la fumée venait vers la maison. » 

« Moi et mon fils on est partis en pyjama avec nos bottes pour essayer d’aller sauver de l’équipement et faire quelque chose pour les animaux, poursuit-il. En arrivant, on n’entendait aucun beuglement, les animaux étaient tous probablement déjà morts asphyxiés par la boucane. On n’a pas de réseau cellulaire donc j’ai embarqué dans mon camion et je suis monté en haut de la côte pour appeler le 911 pour qu’ils viennent au plus maudit, parce qu’il y avait des tisons de feu qui tombaient sur la maison. »

À leur arrivée, les pompiers n’ont eu d’autres choix que de constater les dégâts.

« On a été appelé vers 4 h 30 et l’embrasement était déjà généralisé, indique Toni Marcotte, directeur du service incendie de Saint-Camille. On est tombé en mode protection parce que les vents étaient en direction de la maison. » 

La maison aura probablement besoin d’un bon nettoyage, mais elle s’en sort sans dommage. Aucun membre de la famille Guimond n’a subi de blessure. Tony Marcotte indique qu’il est trop tôt pour identifier la cause de l’incendie, mais Pierre Guimond soupçonne un problème électrique.

Les dommages approcheraient le million de dollars. Au total, 118 animaux ont péri, dont une majorité de vaches laitières. L’équipement laitier est une perte totale.

M. Guimond projette de reconstruire, car ses deux garçons sont impliqués dans l’entreprise.

M. Guimond avait finalement de bons mots pour son entourage.

« Ma parenté est presque toute ici et il y a beaucoup de gens qui m’ont écrit sur Facebook. Dans les milieux ruraux, la solidarité est très bonne. On est allé déjeuner chez mon voisin Bruno ce matin et j’ai été me changer. »

Toni Marcotte, directeur du service incendie de Saint-Camille.

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François Bourassa

Un impact  émotif majeur

François Bourassa est passé par la même situation que Pierre Guimond dont la ferme a été la proie des flammes mercredi. En 2007, un feu a ravagé sa ferme laitière de Valcourt et encore aujourd’hui il a de la difficulté à aborder le sujet.

« Il y a la perte de tes animaux, mais il y a aussi les questionnements qui viennent par la suite, lance M. Bourassa avec le trémolo dans la voix. Dans la journée suivant un feu, les pompiers, les policiers et les assureurs vont te poser les mêmes questions. Est-ce que tu as des difficultés financières? Est-ce que ça va bien avec votre épouse? Est-ce que ça va bien avec les actionnaires? Tu es souvent suspecté. »

« C’est difficile lorsqu’on me parle de l’incendie de mon étable, même si c’est arrivé en 2007, poursuit-il. Émotivement, c’est très difficile. »

François Bourassa, qui est le président de l’UPA-Estrie, indique que des programmes d’aide ont été mis sur pied. Depuis deux ans, tous les employés de l’UPA ont des outils pour aider les producteurs qui traversent une période difficile. 

« On a des fiches pour savoir quoi répondre et où diriger les gens, indique M. Bourassa. Je suis sûr que le syndicat local peut aider aussi. »

Dur de s’assurer

Il est de plus en plus complexe selon M. Bourassa d’assurer une ferme laitière en raison des nombreux feux qui surviennent.

« Le nombre d’assureurs qui offrent l’assurance pour les producteurs agricoles est faible et ils sont de plus en plus exigeants, mentionne-t-il. Des montants comme ceux-là doivent être en réassurance, les assureurs doivent donc s’assurer eux-mêmes et avec toutes les catastrophes naturelles sur la planète, la réassurance coûte de plus en plus cher. »

Une ferme laitière peut facilement dépenser entre 15 000 et 20 000 $ pour s’assurer par année selon M. Bourassa.

Il n’y a pas plus de feu qu’avant dans les fermes du Québec selon M. Bourassa, mais ils sont de plus en plus importants.

« On les voit plus qu’avant, souligne-t-il. On les a sur Facebook avant même que les journalistes arrivent. Il y en a peut-être en peu plus qu’avant, mais là où le bât blesse, c’est que les feux sont beaucoup plus gros qu’auparavant. Une ferme autrefois, lors d’un incendie, pouvait perdre un bâtiment en bois et une vingtaine de vaches. Maintenant, ce n’est pas rare de perdre une centaine de bêtes. Les bâtiments sont plus grands et il y a plus d’équipements à l’intérieur. »

Le coût d’un incendie n’est jamais totalement couvert par les assurances selon M Bourassa.

En production laitière, les producteurs peuvent toutefois louer leur quota et ainsi avoir un revenu pour une année en attendant de reprendre la production. Simon Roberge