Un syndicat d’enseignants met ses propres employés en lock-out

MONTRÉAL - Un fait inusité vient de se produire à Granby où un syndicat... a mis en lock-out ses propres employés syndiqués.

C’est le Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska, qui est affilié à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui, comme employeur, a décrété un lock-out de ses employés, lundi.

Le tout petit syndicat des employés n’a plus que deux secrétaires comme membres. Il fait partie d’un regroupement indépendant de petits syndicats dont les employeurs sont soit des syndicats, soit des associations étudiantes: le Syndicat des employés de syndicats et des organismes collectifs du Québec (SEESOCQ).

Décréter un lock-out, pour un syndicat employeur, «c’est très inhabituel; je vous le confirme», a admis au cours d’une entrevue, jeudi, Éric Bédard, président du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska, à Granby.

Sa décision d’imposer un lock-out à ses deux secrétaires n’est pas une décision strictement personnelle; elle a été entérinée par l’assemblée générale des membres, même, a-t-il souligné.

«On veut bien se comporter; on veut être un bon employeur; on pense qu’on est un bon employeur. On admet que c’est particulier qu’un syndicat employeur mette ses employés en lock-out. L’admission de ça, on la fait. Mais, on est rendu au point où vraiment, les positions sont campées, chacun des deux côtés», a justifié M. Bédard.

M. Bédard affirme ne pas avoir eu d’autre choix parce qu’en 2011, le syndicat employeur a signé une convention collective trop généreuse avec ses employés. Et, aujourd’hui, il affirme qu’il lui faut demander des concessions, au chapitre des salaires et des congés. Et la question des mesures disciplinaires est aussi en litige. De même, le syndicat a «un plancher d’emploi» de quatre personnes, souligne-t-il, alors qu’il n’y a plus que deux secrétaires.

Syndicat estomaqué

Du côté du syndicat des employés, on se dit estomaqué du lock-out. «On trouve ça aberrant. C’est complètement aller à l’encontre des valeurs syndicales à notre avis», a déploré Eugénie Paradis-Charette, vice-présidente au secrétariat et aux communications du SEESOCQ.

Elle rappelle qu’un employeur qui a recours au lock-out, souvent, le fait parce qu’il y a menace de grève. Or, «on n’est pas en grève. On n’a pas l’intention d’aller en grève et on n’a pas de mandat de grève pour cette unité-là. On ne comprend pas vraiment pourquoi ils prennent, dans le fond, un si gros moyen pour essayer de nous écraser», a riposté Mme Paradis-Charette.

Le syndicat a reçu des appuis d’autres syndicats de salariés, provenant notamment de syndicats affiliés à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), du Syndicat des employés professionnels et de bureau (affilié à la FTQ) et de l’Alliance de la fonction publique du Canada (affiliée à la FTQ au Québec).