Un drone marin développé par des étudiants de Bishop’s permettra de cartographier les espèces envahissantes comme le myriophylle à épi. Les étudiants ont mis l’appareil sur les eaux du lac Brompton, mardi, lors d’une conférence de presse. Sur la photo, un des étudiants au projet, Simon Lizotte, et le professeur Bruno Courtemanche.

Un drone marin fera l’inventaire des plantes envahissantes

Un drôle d’engin sillonnera les eaux du lac Brompton et du lac Lovering : un drone marin s’y promènera afin de cartographier les espèces envahissantes comme le myriophylle à épi. Il s’agit d’un coup de pouce scientifique inespéré pour des associations de protection des lacs, qui pourront avoir un meilleur portrait de la situation. Le drone aquatique a été développé et construit par des étudiants de l’Université Bishop’s. Il s’agirait d’une première canadienne, selon Bruno Courtemanche, professeur à Bishop’s.

L’UBERGaiter est un drone aquatique à propulsion électrique, dont la navigation est assurée par un logiciel développé par des étudiants. Ceux-ci font partie du Groupe de recherche de premier cycle en sciences de la Terre de l’Université Bishop’s (Undergraduate Bishop’s Earth Research Group - UBERG). Une douzaine d’étudiants ont travaillé à la conception du drone et plancheront également à l’analyse des données. Le groupe permet aux étudiants de faire de la recherche à travers leurs études. 

« Ce drone marin, on s’en sert avec un drone aérien. Le but, c’est d’être capable de cartographier les herbiers, les endroits où il y a des plantes aquatiques sur les lacs sur une base plus régulière. Le RAPPEL nous a approchés parce qu’il est aux prises avec la gestion du myriophylle à épi et d’autres espèces envahissantes », explique Bruno Courtemanche, professeur au département d’environnement et de géographie de Bishop’s.

Automatisation

Le RAPPEL a fait un inventaire en 2016 au lac Brompton et en 2018, à bien des endroits, les données n’étaient plus valides. « Dans ce cas-là, c’est le myriophylle; il est rentré et il a colonisé différents endroits », indique M. Courtemanche.

Fonctionner avec un drone permet d’automatiser tout le processus de cueillette d’informations, alors qu’actuellement, celles-ci sont généralement réalisées par une équipe de biologistes. 

Le drone aérien permet de localiser les plantes aquatiques. « Il y a une limite avec ce que l’on peut voir des airs. On a décidé de faire un drone marin pour identifier quelles sont les espèces. » 

« On va se servir de ces données pour automatiser le processus. »

Un plan d’eau comme le lac Brompton peut contenir entre une dizaine et une vingtaine de plantes aquatiques qui seront cartographiées, estime M. Courtemanche. « Les plantes qui ne posent pas problème, d’une année à l’autre, elles changent moins. Celles que l’on veut surveiller, ce sont celles qui vont coloniser beaucoup. » 

Les premiers tests effectués avec cette technologie seront réalisés au lac O’Malley, à Austin, dont la taille est beaucoup plus petite que le lac Brompton. 

Le drone fera l’acquisition d’images tard le soir et la nuit. La recharge de ses batteries pourra se faire chez des citoyens résidant autour du lac. En fonction des données de navigation, si l’appareil se coince quelque part, l’équipe pourra aller le chercher.

Difficile de dire combien de temps l’opération prendra au lac Brompton : pour que les images soient nettes, il faut que l’eau soit claire, note M. Courtemanche, qui estime que cela pourrait prendre au moins une semaine.  

Les étudiants ont mis l’appareil à l’eau, mardi matin, au camping de la plage McKenzie, lors d’un point de presse.  

Près de la moitié des lacs estriens touchés

Environ 42 % des lacs de l’Estrie sont atteints par le myriophylle à épi, selon Jean-Claude Thibault, président du RAPPEL, qui assistait au dévoilement du drone marin mardi. 

Le RAPPEL (Regroupement des associations pour la protection de l’environnement des lacs et des bassins versants) regroupe 72 associations. 

« Le myriophylle à épi, c’est presque une calamité. Ça va tellement vite, c’est tellement rapide! Il a un impact majeur sur toutes les régions du Québec. On a fait une étude élargie : on est certain que pour 12 régions administratives sur 16, il y a du myriophylle à épi qui peut se répandre à une vitesse phénoménale. »

Le président du RAPPEL se réjouissait de l’initiative lancée mardi sur les berges du lac Brompton. 

Intérêt

La technologie développée par les étudiants de Bishop’s soulève l’intérêt de plusieurs associations. « On a eu des demandes de sept autres lacs », précise M. Thibault. Une telle façon de faire permet d’économiser des sommes importantes, en plus d’émettre des alarmes dans certains secteurs. Le RAPPEL et le groupe de Bishop’s ont partagé leur expertise. 

En parallèle des images prises par le drone, des bouées dotées de capteurs ont commencé à être installées. Elles serviront notamment à mesurer l’oxygène dans l’eau. « Un des problèmes avec le myriophylle à épi, c’est qu’il utilise beaucoup d’oxygène », explique la professeure Elisabeth Levac de l’Université Bishop’s. La propagation de cette plante envahissante entraîne une perte de biodiversité dans les cours d’eau, sans compter les inconvénients pour la pratique de sports aquatiques.