L’auteure, recherchiste et militante, Anne-Marie Saint-Cerny.

Tragédie de Lac-Mégantic : chasse à la vérité

Quelques jours après le déraillement puis l’explosion tragique du convoi fantôme à Lac-Mégantic, elle était sur place.

Le rapport du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) sur les événements du 6 juillet 2013, elle l’a épluché. Les principaux témoins et victimes de la tragédie, elle les a rencontrés.

Le procès criminel de quatre mois pour négligence criminelle de Richard Labrie, Jean Demaître et Thomas Harding et la longue délibération du jury à Sherbrooke pour les acquitter, elle y a assisté.

Même si elle maîtrise le dossier sur le bout de ses doigts, l’auteure, recherchiste et militante Anne-Marie Saint-Cerny n’a toujours pas les réponses à des questions fondamentales pour expliquer les événements du 6 juillet 2013.

Cinq ans plus tard, dans le livre Mégantic, l’auteure y soulève des questions à la suite d’une longue enquête.

« Je voulais aller au fond de choses. Tant que le problème n’aura pas été trouvé, nous ne pourrons pas le corriger », explique l’auteure en entrevue à La Tribune.

« Dès les premiers jours, on nous donnait la réponse concernant le manque de frein en haut de la pente. On s’en est toujours tenus à cette explication. On a fait peser sur trois hommes, dont le conducteur Thomas Harding, l’essentiel de l’accident. Cinq ans plus tard, la réponse reste essentiellement la même », déplore Anne-Marie Saint-Cerny.

La recherchiste a remonté la piste du convoi.

« Comment ça se fait qu’il n’y a pas une loi pour interdire qu’un homme tire seul dans la nuit huit millions $ d’explosifs? C’est là qu’il fallait creuser. J’ai été sidérée de constater que seule l’industrie ferroviaire décide ce qu’elle fait. Nous n’avons pratiquement aucune sécurité à ce niveau de la part de nos gouvernements ou de Transports Canada. Cinq ans plus tard, il n’y a toujours pas plus de protection », estime Anne-Marie Saint-Cerny.

L’auteure, recherchiste et militante, Anne-Marie Saint-Cerny.

Elle critique l’autorèglementation dont bénéficie l’industrie ferroviaire.

« La récréation doit se terminer et le ministre doit mettre en place des règles claires dans l’industrie ferroviaire », signale Mme Saint-Cerny.

Cette dernière s’inquiète du fait qu’il est encore permis que des trains puissent être garés sur des voies principales, alors que le BST a identifié cette cause comme l’une de celles de la tragédie.

Dans l’ouvrage de 340 pages publié aux Éditions Écosociété, elle se demande pourquoi le rapport du BST a été altéré sur les questions du « One man crew », soit l’équipage à un seul conducteur, et les règles différentes concernant les freins automatiques au Canada et aux États-Unis.

« Sans enquête publique, on n’arrivera jamais à changer les choses. J’ai fait une enquête dans les limites de ce que je pouvais faire. Ce n’est pas une chasse aux coupables, mais une chasse à la vérité. Pour 47 morts, des centaines de millions $ de dommages, une ville détruite, nous n’avons que le rapport du BST. Seul rapport pour la plus importante tragédie ferroviaire contemporaine dans lequel quelqu’un a joué. J’ai compris au procès qu’il y avait anguille sous roche », estime Mme Saint-Cerny.

Au fil des semaines, des mois, des années, Anne-Marie Saint-Cerny a accumulé les informations, les preuves, les informations. « Je continue à en recevoir. »

De Gilles Fluet à Jacques Gagnon en passant par Robert Bellefleur ou Jean Clusiault, Anne-Marie Saint-Cerny a tissé des liens avec des gens marqués à jamais par la tragédie.

« Dans ma tête, je ne suis jamais partie de Lac-Mégantic. L’aventure du procès était assez unique. Nous étions inclus dans un huis clos en sachant très bien que je n’y apprendrais rien de plus que ce que je savais déjà », signale Anne-Marie Saint-Cerny.

Richard Labrie et l’avocat de Jean Demaître, Me Gaétan Bourassa, ont assisté au lancement de son livre. Thomas Harding lui a demandé de lui dédicacer un livre.

« Les accusés dans cette affaire étaient des boucs émissaires. La responsabilité de la tragédie est ailleurs », soulève Anne-Marie Saint-Cerny.