L’émotion était présente après la messe, lorsque l’abbé Steve Lemay a mentionné les noms des 47 victimes.

Tourner la page, mais se souvenir

Les Méganticois ont célébré de manière très sobre le cinquième anniversaire de la tragédie ferroviaire qui a coûté la vie à 47 personnes. Pour plusieurs, il est maintenant temps de tourner la page. Après une messe, les citoyens ont pu écrire des souhaits sur des bouts de tissus blancs qui flottent sur l’emplacement de l’ancien Musi-Café.

La mairesse de la municipalité, Julie Morin, pense que ces célébrations ont fait un grand bien à la population. « Vendredi matin, il y a eu une activité de CreativeMornings. On a fait du yoga du rire et on a chanté ensemble Il est où le bonheur? pour débuter la journée dans le positivisme. Dans des drames comme celui qu’on a vécu, c’est naturel d’être soudés. Nous avons tous vécu quelque chose ensemble. On a compris qu’on a besoin des autres », analyse celle qui a pris la barre de la municipalité en 2017.

L'église Sainte-Agnès de Lac-Mégantic était pleine à craquer à lors de la messe commémorative. Plusieurs centaines de personnes se sont déplacées afin d’écouter les paroles de Mgr Luc Cyr, qui s’est déplacé pour l’occasion.

« C’était une belle célébration, commente Mgr Cyr. On doit continuer à faire mémoire aux victimes, mais aussi de reconnaitre tout le chemin qui a été parcouru. Ce sont des deuils difficiles à vivre. »

Cette messe était tout à fait différente de celle qui avait été célébrée à la même place, il y a cinq ans. « Vendredi, c’était sobre et simple. C’était une halte spirituelle, un temps de mémoire. Ça avait du sens pour moi de présider la messe. Depuis 2013, je veux être très près des gens de Lac-Mégantic. Ce sont des gens que j’aime beaucoup », confirme-t-il.

Les citoyens ont été invités à laisser leur trace sur les lieux de la tragédie.

De son côté, Louise Lemay, une citoyenne de Lac-Mégantic, était choriste durant la messe. « Intériorité et luminosité sont des mots qui me viennent à l’esprit en pensant à la cérémonie. Je pense que la page se tourne petit à petit. Pour moi, c’était pas mal tourné, mais pour les gens, ça aide. », assure-t-elle.

« C’est important de se rappeler des victimes, continue-t-elle. Sans faire une grosse cérémonie comme celle-là, il faut faire un petit quelque chose toutes les années pour se rappeler et pour avancer. »

Les enfants ont également eu l’occasion de participer à la cérémonie en apportant de faux papillons à l’autel dans les minutes précédant la messe. « Je suis très fière des citoyens. Les papillons étaient une très belle symbolique. On construit la ville pour les adolescents et pour les enfants », soutient Mme Lemay.

De son côté, Diane Clusiault a perdu sa nièce qui était âgée dans la vingtaine lors de la tragédie de 2013. Elle venait de s’établir à Lac-Mégantic afin d’ouvrir son commerce de massothérapie. Pour Mme Clusiault, la cérémonie a bien été faite. « Il n’y a pas eu d’éclat. Moi, c’est ma nièce que l’on a perdue. Je commençais à être tannée de voir tout ce qui entoure cette tragédie. Je suis contente de voir à quel point ça a été bien fait. On dit qu’on tourne la page, mais on n’oubliera jamais », assure-t-elle.

« Kathy venait toujours chez nous. Elle a réalisé tous ses rêves. Ça m’a aidé beaucoup de savoir qu’elle est décédée en ayant réalisé ce qu’elle voulait faire », se rappelle Mme Clusiault.

Ces femmes écrivent des souhaits sur des bouts de tissus blancs.

Politiciens à l’écoute

De nombreuses personnalités politiques ont tenu à se rendre à Mégantic, afin d’appuyer les Méganticois dans leur processus de deuil. François Legault, Manon Massé et Jean-François Lisée, entre autres, ont épaulé les Méganticois.

« Le cinquième anniversaire en est un important pour une population qui se relève, dit Jean-François Lisée. C’est un élément marquant de la vie de Lac-Mégantic. Les gens qui ont vécu la tragédie vont être marqués pendant toute leur vie. »

« Je viens régulièrement, confirme pour sa part François Legault. Il y a beaucoup de travail qui a été fait, mais il y en a encore à faire. Des gens ont encore besoin d’aide psychologique. »

« Je suis ici en solidarité, pour que les gens sentent que le Québec n’a pas oublié, assure Manon Massé. On est invités à laisser notre trace pour venir mettre beaucoup d’amour. Ça m’a fait plaisir d’écrire un petit mot et de laisser une trace d’amour. »

Les trois élus ont mentionné leur impatience puisque, cinq ans plus tard, la voie de contournement tant demandée par les Méganticois n’est pas encore construite.

Les enfants ont été mis à contribution lors de la messe.
Quelques centaines de personnes ont assisté à la messe présidée par l’archevêque de Sherbrooke Luc Cyr.