Soumaïla Sawadogo

Soumaïla Sawadogo doit quitter le pays vendredi

LAC-MÉGANTIC – Les 25 employés de Champeau Mégantic, une scierie située Chemin du Barrage, à Frontenac, ont dû se résigner à perdre un collègue de travail apprécié, en Soumaïla Sawadogo, un Burkinabé demandeur d’asile qui, depuis trois ans, s’était très bien intégré à son travail et dans sa communauté. Il est renvoyé dans son pays aujourd’hui même, vendredi 22 novembre.

«Soumaïla était une bonne personne, toujours positif, toujours souriant, malgré les épreuves qu’il a vécues. Chaque fois qu’il allait en audition (NDLR : pour son changement de statut face au gouvernement), c’était beaucoup d’émotions pour lui, beaucoup de hauts et de bas. Il reprenait espoir parfois, c’était en montagnes russes tout le temps», a indiqué la responsable des ressources humaines de Champeau Mégantic, Karine Bilodeau.

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«Encore dernièrement, son avocate lui avait dit qu’elle essayait de faire repousser la date fatidique de son expulsion dans son pays, le Burkina Faso.»

M. Sawadogo a quitté vendredi dernier, 15 novembre, l’entreprise qui l’avait accueilli les bras ouverts le 4 janvier 2017.

«En partant ce jour-là, il a demandé à s’exprimer devant tous nos employés. Ce fut très inhabituel, ce n’est pas quelque chose qu’on vit régulièrement. L’ambiance était triste. Nous sommes comme une famille, avec seulement 25 employés, il voulait nous dire merci pour l’accueil que nous lui avions fait et pour les trois dernières années qu’il a passées avec nous. C’était très émotif. Nous étions tous tristes de le perdre. Nous avons signé une carte, puis nous l’avons encouragé, en l’assurant de notre appui», raconte Mme Bilodeau.

«Nous allons essayer de faire appel à un programme en place qui s’appelle ARRIMA, sur le conseil de personnes qui gèrent des situations de demandeurs d’asile comme lui, pour qu’il puisse revenir de façon légale, pour lui donner plus de chances. Mais cela demande habituellement un long délai. Ces choses ne se font pas très rapidement. Nous l’avions formé pour qu’il puisse occuper plusieurs postes dans notre entreprise, son expérience n’est pas rien pour nous.»

La responsable des ressources humaines relate ensuite que le député de Mégantic-L’Érable, Luc Berthold, a travaillé fort, même dernièrement, pour que son dossier soit revu au gouvernement, mais il n’y avait rien qui pouvait être fait.

Champeau Mégantic ne garde pas de rancœur malgré la perte d’un très bon employé.

«Si c’était à refaire, nous recommencerions avec un immigrant comme lui. Nous gardons un souvenir positif. Nous avons voulu l’aider pour qu’il reste et il voulait rester. C’était un employé dévoué, on veut qu’il revienne comme employé permanent. Nous pensons que le gouvernement doit revoir ses critères, pour un immigrant qui parle français, qui a un bon travail, qui est bien intégré dans son milieu. Le gouvernement doit prendre en considération qu’il y a de belles choses aussi dans les régions, même si le milieu n’est pas aussi fort qu’à Montréal, peut-être.»

Annie Gagnon, la coordonnatrice en attraction de talents du Défi Carrière Mégantic, trouve dommage qu’on n’ait pas considéré M. Sawadogo comme travailleur pleinement intégré dans son milieu.

«Il y a une incohérence qu’il faut dénoncer. On recrute à l’international d’un côté, toutes sortes de personnes qui ne parlent pas français souvent et on expulse quelqu’un qui est fonctionnel depuis trois ans, bien intégré et qui veut rester. Le gouvernement devrait revoir ses critères quand il accepte des immigrants, à leur entrée au pays, pour pas qu’il y ait de contradiction par la suite, comme dans le cas de Soumaïla Sawadogo», conclut Mme Gagnon.