Robert Bellefleur

Sécurité ferroviaire: encore d'importantes lacunes à Lac-Mégantic

Depuis la tragédie du 6 juillet 2013, la sécurité ferroviaire ne s'est pas améliorée dans la région de Lac-Mégantic. On y retrouve encore d'importantes lacunes non corrigées malgré le déraillement qui a fait plusieurs victimes en juillet 2013.
La Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic a participé lundi à une table ronde de la Commission d'examen de la loi sur la sécurité ferroviaire, tenue à Montréal dans les locaux de Transports Canada.
Son porte-parole Robert Bellefleur en a fait « soupirer plusieurs » en élaborant une liste de problèmes encore présents dans le centre-ville de Lac-Mégantic, où circulent des convois quotidiennement.
« Ces lacunes mises en cause par la Coalition sont les facteurs de risques décrits dans le récent rapport du BAPE. Il s'agit de la forte pente ferroviaire entre Nantes et Lac-Mégantic, une des plus à risque au Canada selon le BST, et de la reconstruction au centre-ville de Lac-Mégantic quatre mois après la tragédie d'une courbe encore plus accentuée à huit degrés, comparativement à la précédente responsable de la tragédie du 6 juillet 2013 », a mentionné M. Bellefleur lors de cette consultation.
« Des activités de triage des wagons sont toujours effectuées en haut de cette même pente à Nantes d'où est parti le train de la mort en juillet 2013. »
Il a traité aussi du manque d'entretien préventif des voies ferrées « par les compagnies ferroviaires ainsi que de l'absence de rigueur et d'indépendance maintes fois observées dans les procédures d'inspections des rails effectuées conjointement par les compagnies et par Transports-Canada. »
Ce genre d'exercice devant la Commission d'Examen de la loi sur la sécurité ferroviaire se fait tous les sept ans. Malgré le déraillement de Lac-Mégantic, il n'avait pas eu lieu de façon extraordinaire, mentionne Robert Bellefleur.
Recommandations
La Coalition des citoyens OESF de Lac-Mégantic a déposé un mémoire comprenant une liste de recommandations afin qu'elles soient soumises au ministre des Transports Marc Garneau.
Évidemment, Ottawa doit autoriser rapidement la construction d'une voie de contournement ferroviaire à Lac-Mégantic afin de sécuriser la population et le centre-ville d'ici 2020. On demande de restreindre les pouvoirs actuels d'autogestion des règles de sécurité ferroviaire des compagnies de chemins de fer opérant au Canada et ainsi restaurer les pouvoirs de réglementation et de contrôle de la sécurité ferroviaire de Transports Canada et d'y injecter les ressources humaines et financières requises.
La couverture minimale d'assurances responsabilité des compagnies de chemin de fer transportant des volumes importants de matières dangereuses au Canada devrait être rehaussée à plus de 500 millions $.
Les autorités devraient s'assurer de l'indépendance complète des inspecteurs de Transports Canada dans l'exercice de leurs fonctions et offrir un programme de formation continue de la sécurité ferroviaire à tous les corps d'employés de chemins de fer et ce par des organismes certifiés indépendants.
La coalition demande que les compagnies de chemin de fer diminuent la vitesse des convois transportant des matières dangereuses et inflammables incluant le pétrole et ses dérivés, dans les zones urbaines densément peuplées.
Vicki-May Hamm
Hamm souhaite une évolution plus rapide
La sécurité dans le domaine du transport ferroviaire s'est-elle améliorée depuis la tragédie survenue à Lac-Mégantic en 2013? Sans doute, mais la mairesse de Magog, Vicki-May Hamm, continue à croire que le gouvernement du Canada a encore beaucoup de chemin à faire avant de répondre aux attentes du milieu municipal.
Le comité d'examen de la Loi sur la sécurité ferroviaire s'est réuni lundi à Dorval. La rencontre a permis aux membres de ce groupe de travail, auquel appartient Mme Hamm, de faire le point sur la situation.
« Ce qu'on constate, c'est que c'est long avant que les changements attendus se concrétisent en entier », affirme la mairesse de Magog en se faisant la porte-voix de plusieurs élus municipaux.
Vicki-May Hamm soutient que les municipalités devraient pouvoir obtenir plus facilement et rapidement les informations qu'elles désirent au sujet du contenu des wagons qui traversent leur territoire.
« On a le droit de savoir deux fois par année quels sont les produits qui passent sur les rails chez nous, note-t-elle. Avec de l'information sur les cargaisons passées et non celles à venir, on peut améliorer nos plans d'urgence et prévoir quels seraient les équipements nécessaires pour intervenir, entre autres. Ça nous permet d'évaluer les risques, mais ça n'est pas suffisant pour bien gérer d'éventuelles situations d'urgence. »
À ce sujet, Mme Hamm souligne que les pompiers avaient dû attendre pendant des heures avant de savoir ce que contenaient les wagons qui ont explosé à Lac-Mégantic et provoqué la mort de 47 personnes.
« Moi, je rêve d'une application qui nous donnerait en temps réel le contenu des wagons sur les rails et l'endroit où ils se trouvent. Je sais qu'il existe ce genre de chose pour le domaine du transport par bateau et ça serait vraiment utile dans le ferroviaire également. »
Le CN en ferait plus que d'autres compagnies pour informer les municipalités, mais Vicki-May Hamm juge néanmoins ses efforts insuffisants. « Ce transporteur nous permet de connaître vite le contenu, mais c'est à condition d'avoir le numéro du wagon qui nous intéresse », mentionne-t-elle.
- Avec Jean-Francois Gagnon