François Blouin s’est fait le porte-parole de ses coéquipiers pour raconter comment ils ont ramené à la vie leur ami Stéphane Rousseau après qu’un infarctus l’a terrassé en janvier à l’aréna d’East Angus.

Sauvé par ses chums de hockey

Ça devait être un match de hockey comme les autres. Stéphane Rousseau était content de recommencer à jouer régulièrement dans la ligue du jeudi à l’aréna d’East Angus. Il se promettait d’en goaler toute une.

Mais voilà qu’après la douche, à l’heure où on s’ouvre une bière dans le vestiaire, il s’est effondré et a cessé de respirer. Assez lourdement pour qu’un coéquipier s’élance par-dessus trois sacs de hockey pour le retenir afin qu’il ne se blesse pas à la tête en tombant.

Ils ont d’abord pensé à une crise d’épilepsie, puis les signes d’un infarctus sont devenus évidents. Pendant qu’un appelait le 911 et qu’un autre partait à la course dans l’aréna pour aller chercher le défibrillateur, son meilleur ami commençait le massage cardiaque.

Charles, Luc et Éric se sont relayés pour lui masser le cœur pendant 22 minutes et 34 secondes. Ils l’ont choqué deux fois avant l’arrivée des ambulanciers paramédicaux. François lui tenait la tête, observait ses yeux et ses réactions. Et les réactions des gars qui pratiquaient le massage. 

« Tu veux pas qu’un autre tombe, raconte-t-il en revivant la scène, encore ému. Que ce soit pour des problèmes de cœur ou d’adrénaline. Ou que le massage ne soit pas efficace. »


« On a fait tous les petits gestes qu’on pouvait pour y donner toutes ses chances, et il les a prises. »
François Blouin

Après quelques minutes de silence figé, les autres joueurs se sont mis à l’encourager. Ils étaient deux équipes de 11 joueurs ce soir-là. « Lâche pas Steph, lâche pas, reste avec nous... »

Les ambulanciers devront faire cinq défibrillations de plus avant de le hisser dans l’ambulance et trois sur la route entre East Angus et Sherbrooke.

Un des ambulanciers leur racontera récemment qu’il s’attendait plus à voir sa photo dans la chronique nécrologique qu’à le revoir vivant. 

« Je suis un miraculé », lâche Stéphane Rousseau.

L’homme de 40 ans n’a aucun souvenir de cette soirée du 24 janvier dernier, ni même de la journée qui l’a précédée. « Je me souviens seulement du souper de la veille », constate-t-il.

Transporté à l’Hôpital Fleurimont du CHUS, opéré deux fois en 24 heures, il a été plongé dans le coma pendant sept jours. Il a eu son congé de l’hôpital 32 jours plus tard, a perdu plus de trente livres et conservera des séquelles permanentes. Il doit s’attendre à une difficile année de réadaptation. Mais il est bien vivant. Avec toute sa tête. Et infiniment reconnaissant.

« N’oubliez pas de leur dire merci, sans eux je ne serais plus là. »

« Ç’a été un travail d’équipe. Il y avait même des gars qui attendaient les ambulanciers dehors pour les amener plus rapidement à la bonne place dans l’aréna. On a fait tous les petits gestes qu’on pouvait faire pour y donner toutes ses chances, et il les a prises », réplique François Blouin en souriant.

« Je ne remercierai jamais assez ces hommes qui lui ont sauvé la vie. Ils sont mes héros pour la vie », a écrit la conjointe de Stéphane Rousseau, Maé Charbonneau, pour interpeller La Tribune sur cette histoire, au lendemain de la publication d’un reportage sur les efforts de la Fondation des Bons samaritains pour déployer plus de défibrillateurs externes automatisés (DEA) dans les lieux publics. 


« Je ne remercierai jamais assez ces hommes qui lui ont sauvé la vie. Ils sont mes héros pour la vie. »
Maé Charbonneau, conjointe de Stéphane Rousseau

Stéphane Rousseau, lui, a trouvé une autre façon de les remercier : il est sorti du coma une semaine plus tard, un jeudi soir. 

« Il s’est réveillé en plein milieu du match qu’eux jouaient le jeudi d’après, relate Maé. J’ai essayé de tous les appeler pour arrêter la game! » 

« J’ai vu les appels en sortant de la glace. Certains l’ont appris sur le banc des joueurs. Les sourires sont arrivés! » continue François.

Guide de pêche l’été sur le lac Ontario, François Blouin a son cours de premiers soins. « Je n’ai jamais eu à m’en servir et je ne pensais surtout pas avoir à m’en servir sur un de mes chums avec qui je venais de jouer au hockey. Pas pantoute. »

Les trois hommes qui ont pratiqué le massage ont aussi ces compétences de par leur profession ou leur histoire personnelle. 

« Mais tu ne peux jamais savoir comment tu vas réagir quand ça va t’arriver. On était un noyau de personnes qui savaient quoi faire, il y avait un DEA à l’aréna, et tout ça mis ensemble, ç’a donné un pas pire résultat », continue François.

Stéphane Rousseau n’avait quant à lui aucun signe avant-coureur. Les médecins ont expliqué qu’une plaque de cholestérol s’était délogée et avait bloqué l’artère. « Ça aurait pu arriver ici, ça aurait pu arriver n’importe où n’importe quand », dit Mme Charbonneau.

« Si c’était arrivé 20 minutes plus tard, comment ç’aurait fini? J’aurais peut-être été seul dans l’auto avec Charles et 7piasses... », renchérit son conjoint.

« Dans notre malchance il a été extrêmement chanceux d’être à cet endroit-là, avec ces gens-là, avec un défibrillateur. Tout est tombé en place pour qu’il soit sauvé. »

Stéphane Rousseau a voulu raconter son histoire pour rendre hommage à ceux qui lui ont sauvé la vie, et pour attirer l’attention sur l’importance des DEA et de la formation aux techniques de réanimation cardio-respiratoire.

Dès la première semaine qu’il est revenu à lui, relate sa conjointe, il a commencé à parler d’organiser un événement une fois par année, une classique de hockey peut-être, pour amasser des fonds pour des DEA et des cours de RCR. Dès qu’il sera remis sur pied si possible. Et plusieurs de ses amis lui ont assuré qu’ils répondront présents.

« Ç’a touché toute la région ce que j’ai vécu. Je ne veux pas que ça reste là. J’aimerais qu’on ne l’oublie pas, pas pour avoir du mérite ou pour avoir les projecteurs sur moi, mais pour que ça serve aux autres. Pour que ça permette de sauver d’autres vies. »

Solidarité

Comme il venait de changer d’emploi en novembre, Stéphane Rousseau n’a pas d’assurance invalidité. La Régie de l’assurance-maladie couvre la plupart des soins, mais l’hôpital est loin, la vie continue et les factures continuent de rentrer. Père d’une fille de 13 ans et beau-père d’un garçon de 17 ans, il peut compter sur le soutien de sa conjointe pour son rétablissement, puisqu’elle était elle-même en congé de maladie quand l’événement est survenu. Un neveu, Sébastien Paradis, a donc lancé une campagne de sociofinancement sur la plateforme GoFundMe pour leur venir en aide. Il s’est fixé pour objectif d’amasser 7000 $ « afin qu’il puisse diminuer le stress financier sur ses épaules et se concentrer sur le plus important, sa santé ». Au moment d’écrire ces lignes, 125 personnes avaient donné 5595 $.