L'hiver dernier, la professeure-chercheure Danielle Maltais, révélait que trois ans après le déraillement meutrier du 6 juillet 2013, 40 pour cent des personnes fortement exposées à la tragédie continuaient de présenter une détresse psychologique.

Santé psychosociale des Méganticois: « Il faut sortir le train du centre-ville »

Le maintien de la voie ferrée dans le centre-ville de Lac-Mégantic est clairement un obstacle au rétablissement de la population.
C'est ce que soutient sans hésiter la professeure Danielle Maltais à la lumière des recherches qu'elle mène depuis 2014 sur la santé psychosociale des Méganticois, en étroite collaboration avec la Direction de la santé publique en Estrie.
« Même si on sécurise au maximum le transport ferroviaire, il va toujours rester des risques. On ne peut pas revenir à la lune de miel avec le train à Lac-Mégantic », tranche celle qui a étudié plus d'une catastrophe dans le monde, à titre de directrice de la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, santé mentale et résilience des individus de l'Université du Québec à Chicoutimi.
L'hiver dernier, la professeure Maltais révélait que trois ans après le déraillement meurtrier du 6 juillet 2013, 40 pour cent des personnes fortement exposées à la tragédie continuaient de présenter une détresse psychologique et que la consommation de médicaments avec presque doublé de 2015 à 2016, pour atteindre 29 pour cent des Méganticois fortement exposés.
Devant les conclusions du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement qui invite à documenter plus sérieusement l'option du maintien de la voie ferrée dans le centre-ville de Lac-Mégantic, elle avoue maintenant son étonnement.
« On a vu des catastrophes aux États-Unis où 28 ans plus tard, il y a toujours des manifestations de stress post-traumatique. Je ne dis pas que c'est ce qui va arriver à Lac-Mégantic, mais je crois qu'il faut aider les gens à guérir et pour ça, il faut sortir le train du centre-ville. »
« Tellement de mensonges »
La professeure déplore que le rapport du BAPE rendu public lundi mette en confrontation Lac-Mégantic et les municipalités voisines qui subiraient les impacts du déplacement de la voie ferrée.
Elle prétend toutefois que le renforcement des mesures de sécurité ferroviaire ne suffira pas à rassurer ceux qui ont vécu de près la tragédie.
« Il y a tellement de mensonges autour de nous que la population ne peut pas être rassurée quand les autorités disent que la sécurité a été renforcée. Il faut faire les deux en même temps : construire une voie de contournement et resserrer les mesures de sécurité. »
La professeure Maltais va plus loin en affirmant que le coût de la guérison des Méganticois devrait aussi être pris en compte, quand on évaluera les coûts de construction et les avantages de cette voie de contournement. 
Dans la même perspective de rétablissement de la communauté, elle estime d'ailleurs que la reconstruction du centre-ville commence à presser et que la Ville de Lac-Mégantic devra y voir. 
« C'est un grand espace vide actuellement qui représente la mort pour la population. S'il n'y a pas de promoteurs privés prêts à bouger, il faut que la Municipalité trouve des fonds pour que ça bouge. Ça fait quatre ans que c'est arrivé, il faut maintenant stimuler l'animation et la reconstruction des lieux. »