Pour l’APPAMM-Estrie, les personnes atteintes de graves problèmes de santé mentale ont plus besoin d’être accompagnées et soutenues pour mieux vivre que d’avoir accès à l’aide médicale à mourir.
Pour l’APPAMM-Estrie, les personnes atteintes de graves problèmes de santé mentale ont plus besoin d’être accompagnées et soutenues pour mieux vivre que d’avoir accès à l’aide médicale à mourir.

Santé mentale : L'APPAMM-Estrie soulagée du recul sur l'aide médicale à mourir

« La maladie mentale, c’est très fluctuant. Des matins ça va bien, des matins ça va moins bien. Comparé à un cancer, par exemple, où on a des indices qui marquent l’évolution de la maladie et nous permettent de penser que la personne va bientôt mourir, en santé mentale, ça m’apparaîtrait très difficile de déterminer qu’une personne est au bout de son chemin. »

D’abord inquiet que la ministre de la Santé du Québec ait ouvert la porte à élargir l’accès à l’aide médicale à mourir aux personnes qui ont des troubles mentaux sévères et persistants, le directeur général de l’APPAMM-Estrie, André Forest, a été rassuré d’apprendre qu’elle faisait marche arrière. 

Il faut d’abord poursuivre la consultation et obtenir un véritable consensus social, a annoncé Danielle McCann lundi.

« Ça nous apparaissait vraiment précoce comme position, lance avec soulagement André Forest. La première raison, c’est que lorsqu’on parle de troubles mentaux sévères, je pense à quelqu’un qui est dépressif, par exemple, le désespoir et dans certains cas l’idéation suicidaire font partie de la maladie. Alors c’est sûr que si on dit à quelqu’un qui est en dépression, veux-tu avoir accès à l’aide médicale à mourir?, il y a des moments où la personne va dire oui. La phrase est devenue clichée, mais ce n’est pas qu’elle veut mourir, c’est qu’elle veut arrêter de souffrir. »

Psychologue de formation, André Forest travaille depuis 37 ans auprès de cette clientèle à l’Association des proches de personnes atteintes de maladie mentale.

Parce que son expérience montre que les gens qui ont des problèmes de santé mentale ont par moment un mauvais contact avec la réalité, il est inconfortable avec l’idée du consentement donné à l’avance. 

« C’est un peu comme si on disait à la personne qui a un problème de santé mentale, quand tu te sentiras vraiment pas bien, est-ce que tu nous permets de mettre fin à tes jours? Ça réfère au consentement libre et éclairé, mais au moment où on sera là, est-ce que c’est vraiment ça qu’elle pensera? »

Pas une condamnation à mort

À l’APPAMM, au contraire, on travaille beaucoup autour de la notion de rétablissement, expose M. Forest. « Il faut défaire ce qui était vu comme une condamnation à mort voilà 40 ou 50 ans, quand on disait de la personne atteinte de maladie mentale que sa vie était finie, qu’on l’hospitalisait dans un asile et qu’elle ne faisait plus partie de la communauté. 

« Maintenant, on dit aux familles et à la personne, non, ce n’est pas vrai, il y a de la médication et du soutien psychologique de disponible, il y a aussi des organisations communautaires et des services dans le réseau qui peuvent t’aider à bien aller. Alors arriver avec l’idée que si tu as des troubles persistants et que la souffrance est telle que ça peut devenir une raison suffisante pour qu’on t’aide à mourir, ça peut sonner comme une condamnation à mort chez certaines personnes. »

Selon lui, il n’existe pas de conditions mentales qui ne laissent pas d’espoir.

« La maladie mentale, ça exige une adaptation, une autre façon de voir la vie. Ça comporte des deuils et d’assumer ses limites. Peut-être que je ne pourrai pas réussir professionnellement, peut-être que je ne pourrai pas avoir d’enfant, mais ce n’est pas parce qu’il y a des choses que tu ne peux pas avoir qu’il ne reste pas de potentiel. »

Pour M. Forest, il est donc clair que plutôt qu’investir dans des soins de fin de vie, il faut plutôt investir dans le soutien pour mieux vivre. « Je pense entre autres au fait que des personnes ont parfois difficilement accès à la psychothérapie, ou qu’elles n’ont pas de médecin de famille parce qu’elles sont parfois vues comme une clientèle plus difficile, surtout si elles ont des problèmes concomitants comme la consommation de substances. »

Le directeur général de l’APPAMM-Estrie cible en priorité le besoin de ressources psychosociales. 

« Il y a beaucoup de recherche au niveau médical et de la médication, constate-t-il, mais une personne qui a un problème de santé mentale ne passe pas sa vie à l’hôpital. Le reste du temps, il y a beaucoup de travail à faire au niveau de sa vie sociale, de ses capacités à retourner aux études ou à occuper un emploi, de ses occupations. Or tout ce qui s’appelle ressources communautaires en Estrie, et on est au-dessus d’une vingtaine, c’est sûr que c’est un domaine qui est sous-financé. Il y a un besoin criant de ressources financières dans le réseau. »