Colette Roy Laroche était forte avant la tragédie du 6 juillet 2013, elle l’est demeurée au cours des cinq années qui ont suivi.

S’accueillir pour guérir et mieux vivre

Une passante sourde et muette s’arrête pour prendre une photo de Colette Roy Laroche et articule difficilement en faisant des gestes quelques mots : « Félicitations pour votre courage. » Depuis la tragédie du 6 juillet 2013, ils sont nombreux à arrêter l’ex-mairesse de Lac-Mégantic dans la rue, même quand elle est à l’autre bout du monde en voyage, pour lui exprimer leur admiration. Mme Roy Laroche incarne la force tranquille qui a été nécessaire pour survivre à la catastrophe.

Elle a assisté à plusieurs des 47 enterrements, a rencontré les familles sinistrées, est allée parler aux enfants dans les camps de jours, des enfants qui pleuraient encore plusieurs semaines après le drame.

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« Dans tout événement triste, toute épreuve ou tout désastre, les gens ont besoin de sentir qu’on s’occupe d’eux. Sentir qu’il y a quelqu’un de présent pour eux. Et moi, comme mairesse, c’était mon rôle. C’était mon devoir. J’avais l’obligation d’aller voir les gens, de leur parler et de les écouter. J’avais pas de solutions. On était en mode survie », explique l’ex-mairesse de Lac-Mégantic.

Il y a eu le drame du 6 juillet 2013. Un an plus tard, fin juin 2014, le mari de Mme Roy Laroche recevait un diagnostic de cancer. En février 2015, ce dernier est décédé. Un drame intime s’ajoutait au drame collectif.

« Je trouvais ça injuste »

« Qu’on vienne ajouter cette épreuve à celle qui venait de secouer notre communauté, je pense que j’étais un peu comme les autres familles, je trouvais ça injuste. Tellement injuste qu’au début je ne le croyais quasiment pas. J’avais la ville, le deuil collectif et mon drame personnel. »

Malgré tout, Mme Roy Laroche n’est pas tombée. « Quand la tragédie ferroviaire est arrivée, je me suis dit que la population avait besoin de moi, je devais rester debout. Et quand mon mari a eu son diagnostic, je devais rester debout, car mon mari avait besoin de moi, mes enfants avaient besoin de moi. Si je suis restée debout pour ma communauté, je devais aussi le faire pour ma famille. Ce que je devais à ma ville, je le devais à ma famille. Je ne me suis donné aucune permission de flancher », explique celle qui choisit l’espoir au découragement.

Malgré la perte de son mari, Mme Roy Laroche est allée jusqu’au bout de son mandat de mairesse. Jusqu’en novembre 2015. « Il fallait aller jusqu’à la fin, même si je sentais la lourdeur, la fatigue. J’avais la volonté de terminer mon mandat. »

Mme Roy Laroche était forte avant la tragédie, elle l’est demeurée au cours des cinq années qui ont suivi.

« Je ne suis pas devenue la personne que je suis aujourd’hui le matin de la tragédie. Ce que vous avez vu ce matin-là et les jours qui ont suivi, c’est ce que je suis devenue au fil des ans avec mon bagage de connaissances et d’expériences. Dans les épreuves, nos valeurs remontent à la surface », estime-t-elle.

Pour être capable de s’occuper des autres, il faut d’abord s’occuper de soi. Mme Roy Laroche le sait et c’est pourquoi chaque soir, elle prend le temps de penser à sa journée, de laisser tomber le stress, de retrouver un calme intérieur. « Je le faisais avant la tragédie et j’ai continué ce rituel. C’était ma façon à moi. Je prenais presque une heure, chaque soir, pour repasser ma journée, voir si j’étais satisfaite, penser aux choses à améliorer. Puis j’arrivais ensuite à dormir. Pas mes huit heures, mais assez pour retrouver des forces pour le lendemain ».

Les gens de Lac-Mégantic étaient chaleureux avant la tragédie, ils le sont restés après.

« Avant la tragédie, une des forces de Lac-Mégantic était d’être accueillante. Après, peut-être que l’accueil a été tourné également vers l’intérieur. Cet accueil-là était présent, il a été dirigé vers les concitoyens. On est devenu accueillant un envers les autres. On avait besoin de s’informer davantage à savoir si notre voisin et ceux qu’on croisait allaient bien. Je répète qu’on ne change pas fondamentalement le jour d’un désastre. Cette force nous l’avions avant. Elle est ressortie. »

« D’abord l’humain »

S’il est impossible de retourner en arrière, il faut tenter de se reconstruire en mieux. Reconstruire la ville, mais d’abord l’humain. « On reconstruit les humains et eux pourront reconstruire la ville par la suite » souligne l’ex-mairesse ajoutant que des Méganticois d’origine qui vivaient à l’extérieur sont revenus pour participer à la reconstruction. Elle se réjouit aussi que la « jeunesse de 15 à 50 ans » s’investisse dans cette reconstruction urbaine et humaine.

« Dans cette épreuve, on a découvert une grande richesse. Des gens dont on ne soupçonnait pas la force, la compétence, l’engagement », souligne la femme qui a toujours aimé travailler en équipe.

« Pour passer au travers un tel drame, il faut se faire confiance, mais aussi faire confiance aux autres. Vous m’avez vue, mais derrière, il y avait une armée de travailleurs et de bénévoles. Seule, on ne peut rien faire », note-t-elle.

Colette Roy Laroche est devenue un modèle. Mais quand les gens l’arrêtent sur la rue pour la féliciter, elle le prend comme une reconnaissance du courage de toute une armée de Méganticois.