Voisine de l’usine de Tafisa, Angéline Vallerand aimerait que la camionnette du ministère de l’Environnement, qui mesurait la qualité de l’air du parc industriel il n’y a pas si longtemps, revienne pour continuer à produire des rapports qui pourraient la rassurer sur ce qu’elle respire régulièrement, quand le vent transporte vers sa maison la fumée qui sort de la cheminée de l’usine Tafisa

Rejets de l'usine Tafisa à Lac-Mégantic: l’inquiétude gagne certains voisins

Des voisins du parc industriel de Lac-Mégantic sont très préoccupés à la suite du reportage de Radio-Canada, qui leur a révélé que des avis de non-conformité du ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques du Québec ont été envoyés à Tafisa Canada, dont les rejets atmosphériques auraient contenu de deux à trois fois la norme acceptable de particules d’arsenic, à certaines périodes de 2015 et 2016.

« Oui, je suis très préoccupée, car il y a des journées où ce n’est pas facile. Selon la direction du vent, on ressent la fumée qui sort de la cheminée de Tafisa. Il faudrait avoir des preuves qu’il n’y a rien de nocif là-dedans. Je suis très sceptique. J’ai peur que ça devienne sérieux. Il va falloir qu’ils nous disent un jour ce qui en sort de cette cheminée-là, qu’on ait une vraie mesure de la qualité de l’air. Le camion qui le faisait tout près d’ici a disparu à un moment donné », raconte Angéline Vallerand, de la rue Wolfe, à Lac-Mégantic.

« Quand le vent pousse dans notre direction, il y a régulièrement une poussière jaunâtre sur les autos. En tout cas, je ne mets pas de linge sur ma corde ces journées-là. Je veux que Tafisa nous dise, avec des preuves, ce qui sort de sa cheminée. Pourquoi qu’ils nous cachent ça, on a droit de savoir. Nous sommes des êtres humains. J’ai rien contre Tafisa, mais qu’ils nous donnent des preuves, qu’ils nous disent ce qu’il en est. »

La femme évoque le fait que Tafisa utilise du bois recyclé, provenant de la démolition d’édifices.

Est-ce qu’il y a du bois avec de la vieille peinture, des vernis, donc des contaminants, ou du bois traité, dont Tafisa se sert pour la fabrication de ses panneaux? De plus, elle se pose aussi la question sur les nombreux cas de cancers vécus à Lac-Mégantic.

« Trois fois l’hiver dernier, le ministère de l’Environnement est venu dans le champ d’à côté, pour prendre de la neige. Ils ne nous donnent pas d’informations à ce sujet -là. Je ne veux pas qu’ils nous disent ‘‘fermez-vous et endurez la situation’’. Je demande qu’ils soient un peu plus transparents. Qu’ils nous disent ce qu’il en est. »

Son voisin, Réal Bourque, partage la même inquiétude.

« J’ai su que Tafisa est censé remettre de l’argent pour améliorer la situation, mais on ne sait pas vraiment quelles vont être les améliorations? Concernant la poussière jaune, c’est une pellicule jaunâtre. C’est certain qu’on en reçoit quand le vent souffle de notre côté. On ne sait pas ce qu’on respire. L’Environnement dit que ce n’est pas alarmant, qu’ils sont supposés contrôler ça, mais est-ce qu’on peut se fier à eux? », questionne-t-il.

Lui aussi souhaiterait en avoir le cœur net et pouvoir se fier sur une mesure exacte et honnête de la qualité de l’air autour du parc industriel.

Le reportage de Radio-Canada met en doute l’efficacité d’une nouvelle étude, effectuée sur une période d’un mois seulement, en mars, pour juger de la qualité des émissions atmosphériques de Tafisa, basée sur une modélisation, soit une simulation, et non sur des mesures réelles précises. La journaliste rapporte alors les propos d’un spécialiste, Patrick Hayes, professeur adjoint au département de chimie de l’Université de Montréal, à cet effet.