Après avoir passé quelques semaines dans la pouponnière, les bébés ratons laveurs s’en vont dans un enclos où ils grandissent tranquillement, à l’abri des humains, jusqu’au jour où ils auront une taille suffisante pour repartir en forêt.

Refuge Lobadanaki: une deuxième chance pour des animaux blessés [VIDÉO] [PHOTOS]

Une deuxième chance. Voilà ce que vivent les animaux qui trouvent logis au Refuge Lobadanaki. Ce sont des animaux qui ont subi toutes sortes de traumatismes : ils ont été frappés par des voitures, certains se sont empêtrés dans des déchets d’origine humaine comme des sacs de plastique ou des vieux pièges abandonnés, ils ont perdu leur maman écrasée par une voiture ou attaquée par un animal domestique. Leur second point en commun, c’est d’avoir croisé la route d’un humain qui les aura transportés jusqu’au refuge situé à Saint-Étienne-de-Bolton.

Et c’est là que leur réhabilitation, parfois lente, parfois compliquée, parfois spectaculaire, parfois impossible, peut commencer.

Cette histoire d’amour entre Anne-Marie Demers et les animaux a commencé il y a bien longtemps. Mais c’est en 2016 que les choses sont devenues sérieuses. Mme Demers avait une petite fermette quand elle a rencontré son conjoint, qui en avait une aussi. Peu après, ils ont acheté cette terre à Saint-Étienne-de-Bolton dans l’objectif d’y combiner tous leurs animaux. Plus quelques autres animaux de la ferme. Et finalement, l’idée d’ouvrir un refuge pour les animaux de la ferme s’est installée. Au départ, ils avaient 34 animaux. Aujourd’hui, en incluant ceux de leur sanctuaire et ceux de leur centre de réhabilitation, ils en ont près de 300.

« Peu après l’ouverture du refuge, on s’est mis à nous amener plein d’animaux sauvages, alors nous avons aussi ouvert le refuge aux animaux sauvages », souligne la propriétaire de cet organisme sans but lucratif.

En ce moment, on retrouve un peu plus de 160 animaux au refuge. Il en arrive presque quotidiennement. D’autres sont remis en liberté régulièrement. Mais les animaux ne sont ni donnés ni vendus à d’autres personnes. Un certain nombre d’animaux ne survivent pas après leur arrivée au refuge. Sous peu, deux coyotes viendront rejoindre un coyote rescapé par le refuge le 31 décembre 2018.

« Ce coyote, Rubelle, c’est mon coup de cœur de 2018. Je m’en allais réveillonner le 31 décembre au soir quand j’ai reçu un appel pour un coyote qui avait été retrouvé dans une grange, la patte dans un piège, elle n’avait plus de fourrure... C’est une femelle que nous avons recueillie, nous l’avons soignée, mais un vétérinaire de Sherbrooke a dû lui amputer la patte... Aujourd’hui, la belle Rubelle va très bien. Elle est en forme, joyeuse, elle marche sur ses trois pattes dans un enclos que l’on a fait pour elle. C’est vraiment beau de la voir », exprime Anne-Marie Demers.

« L’objectif premier, c’est de pouvoir remettre les animaux dans la nature aussitôt qu’ils sont prêts à retrouver leur autonomie. Chaque fois qu’on va remettre un animal dans la nature, je pleure. Pas parce que je suis triste, pas parce que je vais m’ennuyer, mais parce que c’est mission accomplie », se réjouit celle qui a donné un nom à chacun de ses animaux.

Dans de tels refuges au Québec, on retrouve beaucoup de ratons laveurs, un animal qui peut s’approcher des villes et des humains et qui est adorable. Mais au Refuge Lobadanaki, on retrouve un peu de tout : des coyotes, des canards, des chevreuils, des renards, des porcs-épics, des moufettes, des écureuils, des tortues, de nombreux oiseaux et même deux imposants loups gris.

Deux loups vivent dans un enclos au Refuge Lobadanaki et le chien d’Anne-Marie Demers passe une partie de ses journées avec eux.

Il arrive que les animaux ne puissent pas être suffisamment réhabilités pour retourner dans la nature. Dans ces cas, des enclos ont été aménagés pour eux. C’est le cas des loups, entre autres, de quelques chevreuils et de nombreux animaux de la ferme.

« Pour qu’on garde les animaux au sanctuaire, il faut que ce soient des animaux qu’on a eus bébés. Parce que sinon, ce n’est pas agréable pour des animaux qui ont connu la liberté de se retrouver en captivité », explique-t-elle.

Dans la partie « réhabilitation » du refuge, les bénévoles se promènent le moins possible et en silence autant que possible. Pas question que les animaux s’habituent à la présence des humains... sauf à celle d’Anne-Marie Demers qui a une relation très particulière avec les animaux qui logent chez elle.

Sa partie préférée est d’ailleurs la pouponnière où elle reçoit et soigne les petits bébés. « Quand la pouponnière est pleine de bébés ratons, ça me prend 1 h 45 pour tous les nourrir au biberon. Quand c’est fini, c’est presque le temps de recommencer. C’est extrêmement exigeant », soutient la grande passionnée des animaux.

Un choix de vie

Choisir d’ouvrir un tel refuge représente un travail colossal. Une vie sans vacances, une vie consacrée à ces dizaines d’animaux différentes qui logent sur une terre de 43 acres aménagée en plusieurs enclos adaptés à chaque espèce. « Ouvrir un refuge, c’est un choix de vie », dit Mme Demers, qui a aussi deux enfants de trois ans et quatre ans.

Le couple vit avec un seul salaire, celui de son conjoint qui possède son entreprise d’aménagement paysager. Il n’a aucune subvention de l’État pour prendre soin des animaux. Le refuge vit avec des dons, notamment ceux de restaurants et d’épiceries qui lui donnent des restants pour subvenir aux besoins alimentaires des animaux. Et il y a des bénévoles bien sûr, sans qui rien ne serait possible.

« Nous pouvons compter sur une vingtaine de bénévoles, qui nous sont d’un soutien précieux », dit la grande passionnée.

Une vie qui réserve parfois des surprises, parfois des coups de durs. « Je suis blessée presque tous les jours par un animal ou un autre, particulièrement quand il faut leur donner des soins après une blessure. On s’y fait », dit-elle en précisant qu’il n’y a jamais rien eu de grave par contre.

Et si on lui demande en quoi un centre de réhabilitation pour animaux sauvages est nécessaire, Mme Demers répond que la plupart des animaux qu’elle soigne « sont blessés à cause de l’action humaine ». « Avez-vous déjà trouvé un animal blessé, un bébé abandonné? C’est inhumain de ne rien faire, ça brise le cœur. Alors nous, on voit ça comme une deuxième chance que l’on offre à ces animaux », répond-elle.

Portes ouvertes une fin de semaine seulement

Le refuge Lobadanaki n’est pas ouvert au public. Toutefois, le refuge ouvrira exceptionnellement ses portes la fin de semaine du 14 et du 15 septembre pour des visites guidées de sensibilisation et d’information. Une soirée spéciale avec musique et goûter aura également lieu. L’activité servira de source de financement pour le refuge.

Pour réserver, il suffit de téléphoner au 819 674-1606 ou encore de visiter le www.refugelobadanaki.ca/.

Anne-Marie Demers se trouve dans l'enclos où vivent présentement trois chevreuils qui souffrent de blessures ou de maladies qui les empêchent de retourner dans la nature. Sous peu, un bébé chevreuil aveugle ira les rejoindre dans ce grand enclos.