Diplômée de l’Université Bishop’s, Megan Whitworth fait partie des étudiants qui ont travaillé à élucider la disparition de Sherman Peabody, un ancien étudiant de Bishop’s, pendant la Seconde Guerre mondiale. L’enquête des étudiants fera l’objet d’un documentaire, présenté le 23 janvier à Bishop’s.

Qu’est devenu Sherman Peabody? 

SHERBROOKE — D’anciens étudiants de l’Université Bishop’s croient avoir élucidé le mystère entourant la mort de Sherman Peabody, un étudiant de Bishop’s et aviateur sherbrookois disparu pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le jeune homme victime d’un écrasement d’avion en 1944 pourrait bien avoir été capturé par les Allemands et enfermé dans un camp de concentration. C’est du moins l’hypothèse privilégiée par les responsables du projet, qui fera l’objet d’un documentaire présenté à Bishop’s le 23 janvier.

Faire la lumière sur le sort de Sherman Peabody était au départ un travail... de baccalauréat. Les recherches ont été menées par Megan Whitworth, Spiro Trent et Sean Summerfield, qui ont gradué depuis.

« On est pas mal sûr, mais il y aura toujours un peu de doute. L’hypothèse que l’on croit le plus, c’est celle du camp de concentration, raconte Megan Whitworth au sujet de Peabody. Ce dernier aurait connu le même sort qu’un autre occupant de l’avion, John Doe.

« Selon l’information trouvée et les témoignages entendus, il (Peabody) aurait survécu au crash et, malheureusement, les Allemands les auraient emmenés au Struthof, le camp de concentration en Alsace. Habituellement, pour les aviateurs canadiens et alliés, c’était assez immédiat qu’ils étaient pendus, brûlés... »

Or, à l’origine, l’équipe d’étudiants pensait que les sept occupants de l’avion, dont Sherman Peabody, étaient morts dans l’écrasement. Du nombre, deux d’entre eux auraient survécu à la guerre.

Depuis le début du projet, le trio s’est rendu notamment aux archives nationales à Ottawa, à Londres et en France. Le crash d’avion est survenu en 1944 à Pot-de-vin, près de Saint-Sauveur, un petit village français situé dans la région de Lorraine. Megan Whitworth s’est rendue en Europe à quelques reprises. « J’y suis retournée l’été dernier. Il y avait certaines avenues que l’on n’avait pas explorées parce qu’on n’avait pas eu le temps. Je suis vraiment passée dans toutes les archives municipales. On a trouvé la description des corps retrouvés, des funérailles (...) On est retourné en novembre pour une cérémonie de commémoration. »    

L’équipe a pu rencontrer le cousin de John Doe, un des hommes qui se trouvaient dans l’avion avec Sherman Peabody et qui aurait aussi été emmené dans le camp de concentration. « On l’a retrouvé 10 jours avant la cérémonie. Il est venu nous rejoindre, c’était assez impressionnant. »

Ce sont des membres de la famille de Sherman Peabody qui avaient demandé aux étudiants de fouiller cette histoire. Mais de fil en aiguille, la recherche est devenue beaucoup plus qu’un simple travail d’étudiants, raconte Megan, qui voulait aussi en apprendre davantage sur les six autres personnes qui étaient dans l’avion.

Après avoir réalisé une maîtrise en histoire médiévale à Londres, la jeune femme de Magog songe à poursuivre au doctorat... et travailler sur ce sujet, visiblement inépuisable. « Même à travers ma maîtrise, je continuais à travailler là-dessus. »

La présentation du documentaire de 18 minutes sera la première activité officielle du 175e anniversaire de Bishop’s, le 23 janvier à 19 h à la salle Bandeen.

Le documentaire permettra de faire vivre cette histoire, souligne Megan, qui raconte que son équipe et elle ont été bien accueillies par les villageois, ces derniers étant heureux que cet épisode de leur passé n’ait pas été oublié.

« C’est tellement intéressant! Habituellement, quand on étudie l’histoire, il n’y a pas tellement d’implication dans la vie d’aujourd’hui... Tu étudies l’histoire et les gens se demandent à quoi ça sert. Là, c’est vraiment un exemple où ça a des impacts dans la vie d’aujourd’hui [...] Les Peck [NDLR : la famille à l’origine de l’enquête] n’auraient jamais su ce qui s’est passé. »

« À ce stade-ci, oui on le fait pour la famille, mais on est tellement investi que l’on veut continuer », souligne la diplômée de Bishop’s, qui doit retourner en France cet été pour le dévoilement d’un monument.

Lors du jour du Souvenir en novembre, Bishop’s a rendu hommage à 68 de ses anciens étudiants qui ont combattu lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.