Ils ont été des acteurs de la première heure de la tragédie de Lac-Mégantic. Certains se sont réorientés et sont partis, d’autres sont restés à Lac-Mégantic pour faire face à la réalité de la vie de tous les jours, avec courage et détermination. Voici un portrait de ceux qui se sont retrouvés au cœur de l’actualité en juillet 2013.

Que sont-ils devenus?

Ils ont été des acteurs de la première heure de la tragédie de Lac-Mégantic. Certains se sont réorientés et sont partis, d’autres sont restés à Lac-Mégantic pour faire face à la réalité de la vie de tous les jours, avec courage et détermination. Voici un portrait de ceux qui se sont retrouvés au cœur de l’actualité en juillet 2013.

DENIS LAUZON
Denis Lauzon, qui était directeur du Service de protection incendie de Lac-Mégantic est maintenant à Laval, comme directeur adjoint à l’Institut de protection contre les incendies du Québec (IPIQ), qui forme des pompiers. L’ex-chef des pompiers avait alors reçu de l’aide de plusieurs brigades de pompiers du Québec et même des États-Unis.

M. Lauzon a été fortement ébranlé par son action lors de la tragédie, à cause de ses fonctions de premier intervenant. Il avait travaillé très fort avec ses hommes dans des conditions difficiles. « J’ai toujours cru à la formation des pompiers, pour laquelle j’ai poussé très fort à Lac-Mégantic. Nous avons eu de l’aide de pompiers de partout au Québec, et nous avions le même langage, grâce à toute la formation acquise, ce fut un travail d’équipe, où chacun comprenait très bien son rôle. Mes nouvelles fonctions sont dans cette continuité. » Il a gardé beaucoup de liens avec plusieurs personnes à Lac-Mégantic, à la suite des interventions aussi avec plusieurs autres venues d’ailleurs. « On me reconnaît partout. J’y serai le 6 juillet pour la commémoration. »

GENEVIÈVE GUILBAULT
Geneviève Guilbault, responsable des communications et des relations avec les médias au Bureau du coroner du Québec, maintenant députée caquiste de Louis-Hébert et porte-parole du 2e groupe d’opposition en matière de famille.

« Sur le plan personnel, la tragédie a été très marquante, elle fut historique, et sur le plan professionnel aussi. On me reconnaît dans la rue. L’histoire, la couverture qui en a été faite, l’événement a marqué beaucoup de monde. C’est le plus marquant de ma jeune carrière. Nous sommes débarqués à Lac-Mégantic dès le samedi que c’est arrivé, sans trop savoir ce qui nous y attendait. Ce fut l’horreur au fil du temps, mais nous avons vécu le tout dans la dignité, et ce fut enrichissant sur le plan humain. Nous avons eu une belle collaboration de tous, même une complicité (...) Nous avons pu établir des liens de confiance avec les familles éplorées, c’est spécial, une collaboration hors pair dans des circonstances où elles étaient très éprouvées. Cela m’a aidé dans ma deuxième carrière de députée (...) Il y a toujours une connotation humaine dans ce que je fais, le contact humain, le service public, je suis très heureuse de ce que je fais comme députée. Oui, je vais retourner à Lac-Mégantic, j’ai de beaux souvenirs, tristes en même temps, mais il s’y trouve des gens extraordinaires. Les gens sont tellement respectueux, ils venaient nous voir, pleins de gratitude, dans la dignité, la résilience, solidaires. Je veux aller au mont Mégantic, en camping familial, j’en ai l’intention. Retourner à la fromagerie, également! »

LOUIS LONGCHAMPS
Louis Longchamps, conseiller spécial aux communications à la Ville de Lac-Mégantic, maintenant responsable des communications au bureau du député Guy Hardy, de la circonscription de Saint-François.

Louis Longchamps avait été pris dans le tourbillon que les communications ont occasionné à Lac-Mégantic. « Professionnellement, ce fut l’expérience la plus difficile, mais aussi la plus enrichissante, de ma carrière. Chaque jour apportait sa nouvelle crise, pas prévue, dans laquelle il fallait se débattre. En contrepartie, sur le plan humain, nous avons créé des liens entre les personnes avec qui nous avions à travailler, des citoyens, des gens des ministères, etc. Il y a eu beaucoup à faire! Aujourd’hui, je travaille encore au service des gens de Saint-François, ce qui touche à Fleurimont, Lennoxville, Brompton et Stanstead Est. Je suis parti de Lac-Mégantic par la force des choses, d’un job à un autre, les budgets étaient en fin de financement. Je vais y retourner s’il y a une autre opportunité dans le futur, sûrement. »

YANNICK GAGNÉ
Yannick Gagné, propriétaire du Musi-Café, où une trentaine de personnes ont perdu la vie à la suite du déraillement de train, le 6 juillet 2013, maintenant réinstallé sur la Promenade Papineau, toujours à la gestion de son bar où il a accentué l’organisation de spectacles intimistes. Il a mis en vente, dernièrement, son Musi-Café.

« Je suis encore dans le Musi-Café, car Lac-Mégantic, c’est ma ville. J’ai vécu ici plus longtemps qu’à Sainte-Marguerite-de-Lingwick, où je suis né. Je vais y rester si je peux aider positivement, j’espère que Lac-Mégantic va devenir la plus belle ville au Québec, Lac-Mégantic est propre, elle est belle, les gens sont intéressants, avec du travail, après ce qu’on a vécu. Je suis fier de Lac-Mégantic, c’est ma ville. Je continue ce que j’ai commencé il y a 16 ans, divertir les gens, leur offrir un endroit comme dans les grandes villes avec des offres de produits, de l’ambiance de belles soirées dans notre ville. Je continue avec des spectacles, des gros spectacles qui s’en viennent, un par mois, dont certains à l’automne. J’aurai de nouvelles choses à offrir, des soirées thématiques, je n’arrête pas! »

Yannick Gagné et Karine Blanchette

KARINE BLANCHETTE
Karine Blanchette, actrice, artiste, metteure en scène au théâtre, elle agissait comme serveuse au Musi-Café, et s’y trouvait deux minutes avant le déraillement fatal. Aujourd’hui, elle se retrouve gérante du nouveau bistro-resto La Gare’nison, à Lac-Mégantic.

« J’étais dans mon auto, sur la rue Papineau, quand j’ai senti la chaleur des explosions, lors de la tragédie. Je me demandais ce qui se passait. Toute la nuit, j’ai cherché à voir des gens… Ce fut un désastre, pour moi, je ne peux le dire autrement, car cela a arraché les repères de la ville et cela, même pour les gens de la MRC, sans aucune préparation. Ce fut long et dur à assimiler, un deuil difficile de plusieurs personnes en même temps. Des images qu’on a déjà vues à la télé, mais là c’était chez nous, sur place, avec la chaleur du feu et l’odeur de pétrole brûlé qui a persisté plusieurs jours. Des images atroces, de la tristesse, la peur dans les visages de chacun, une douleur commune et un traumatisme général. Auparavant, c’était un endroit où la relève revenait, la qualité de vie, l’entraide, les sourires étaient présents. » Elle vient de décider de vendre ses parts à la Gare’nison et de suivre son amoureux ailleurs, pour relever de nouveaux défis. « Après avoir démarré la Gare’nison, c’était important pour moi de le faire pour reconstruire quelque chose à Lac-Mégantic, la vie m’amène ailleurs. Je vais aller construire de belles choses ailleurs. D’autres opportunités s’offrent à moi. Mais, comme je suis née à Lac-Mégantic, j’y suis revenue dans le passé, je vais y revenir dans le futur, je suis une petite bohémienne, je reviens toujours où se trouvent les racines de mon cœur. »

Isabelle Hallé

ISABELLE HALLÉ
Isabelle Hallé, directrice générale de la Chambre de commerce région de Mégantic, très impliquée à la suite de la tragédie est maintenant enseignante et coach au Centre de formation professionnelle (CFP) du Granit, au sein du cours de formation Lancement d’une entreprise.

« Juillet 2013 a changé complètement ma façon de voir la vie. En quelques minutes, tout ce que tu connais disparaît ou change pour toujours; ça prend du temps pour se retrouver et se sentir vivant de nouveau. Après cinq ans, je regarde en arrière et vois le chemin parcouru avec une certaine fierté et un semblant de paix. Je peux dire que ça été un long chemin vers le retour à l’équilibre. Il faut apprendre à réapprivoiser le bonheur. Lac-Mégantic, c’est chez moi; j’ai dans ma tête ses plus belles images et aussi les pires. J’ai vu et partagé chacune des étapes de sa reconstruction, je crois qu’on se reconstruit tous un peu en même temps qu’elle. Cet événement m’a permis de me redéfinir et de revoir mes priorités. Quand je repense à tout ça, je suis encore à me demander si c’est vraiment arrivé. C’est encore difficile à croire tout ce qu’on a vécu. Si je retiens une chose de positif de tout ça, ce sont les liens forts tissés avec les gens depuis les cinq dernières années. Il y a quelque chose d’inexplicable dans le fait de partager cette histoire, même avec des inconnus. Lac-Mégantic a été pour moi une sorte de 2e chance de vivre pleinement ma vie. » En plus de son travail d’enseignante, elle donne de la formation pour le Service aux entreprises de la Commission scolaire des Hauts-Cantons. « Je suis aussi coach d’affaires et de vie à mon compte. J’ai recommencé à m’impliquer dans mon milieu cette année, après plus de deux ans en retrait… J’ai fait du bonheur mon plus grand but dans la vie et je travaille chaque jour à l’inspirer aux autres. »

Christian Paradis

CHRISTIAN PARADIS
Christian Paradis, député fédéral de Mégantic-L’Érable en juillet 2013. Il est vice-président principal, développement stratégique, dans l’entreprise privée, chez GardaWorld.

« Les événements de Lac-Mégantic en 2013 ont été la plus terrible tragédie inimaginable, chez nous. Lors de ma carrière de ministre, j’ai malheureusement vu beaucoup de misère dans le monde, mais quand le malheur frappe chez nous, là où nous sommes habitués à une quiétude, tout chavire. Lac-Mégantic, c’est pour moi la ville la plus humaine avec une résilience hors de l’ordinaire et elle le restera à jamais. Je travaille maintenant pour une compagnie canadienne de sécurité privée, qui emploie plus de 65 000 employés dans plus de 30 pays. J’ai décidé de me retirer de la politique en 2015. Toutefois, je m’étais imposé de régler les trois aspects suivants pour Lac-Mégantic, au niveau fédéral, avant mon départ : 1- décontamination,
2- relance économique, et 3- voie de contournement (financement de l’étude de faisabilité). C’était obligatoire pour moi, considérant que bien des dossiers de crises datant depuis longtemps, comme celui de la crise du verglas de 1998, ne sont même pas encore réglés entre les gouvernements du Québec et le gouvernement fédéral. Une situation telle était pour moi inacceptable pour Lac-Mégantic. Je vais sûrement revenir à Lac-Mégantic. Il y aura assurément plusieurs occasions de la faire. »

SOPHIE L’HEUREUX
Sophie L’Heureux, gérante au Musi-Café lors de la tragédie, bras droit de Yannick Gagné, propriétaire, qui a avoué s’ennuyer d’une gérante comme elle… Maintenant réorientée dans le domaine de la construction avec son ami de cœur.

Elle a travaillé au Musi-Café jusqu’à 21 h 30 le vendredi 5 juillet 2013 et devait y retourner plus tard en soirée, mais elle s’est endormie, ce qui a fait sa chance. « Je suis née à Lac-Mégantic, mes racines sont encore ici, ma famille, mes amis, mon environnement, mes souvenirs, mes points de repère… Tout s’est envolé avec la tragédie. C’est dur à accepter, l’après-tragédie a été le plus difficile à avaler, le centre-ville qui a été démoli, on pourrait en débattre longtemps, il y a eu des ajouts non négligeables, la Promenade Papineau, mais à voir mon entourage, peu de gens sont contents du déroulement des choses. Même aujourd’hui, le climat social ne s’est pas amélioré, je m’attendais à beaucoup mieux… », déclare-t-elle. « Il y a 12 ans que j’ai rencontré mon « chum », nous sommes allés travailler dans l’Ouest deux ans où j’ai appris sur le tas, dans le domaine de la construction, où c’est plus facile qu’au Québec où ça prend toutes sortes de formalités, j’ai été chanceuse de passer par ce chemin-là. Nous sommes revenus. Après la tragédie, il n’y avait pas d’emploi pour moi ici, j’ai vécu quatre ans à Montréal, puis la dernière année, j’ai vécu six mois à Yellowknife. L’été passé, j’ai pris un temps d’arrêt. Je suis revenue à Lac-Mégantic pour essayer de m’y sentir bien à nouveau, me réapproprier mon chez-moi. Au printemps, nous avons passé un mois en Thaïlande, je me suis rendu compte qu’on ne remet plus nos rêves à plus tard comme avant. Actuellement, je suis de retour en construction, mais à Lac-Mégantic, ce sont de petits chantiers, alors que nous sommes habitués à de gros chantiers comme des hôpitaux, des écoles, etc. Nous avons une maison à Lac-Mégantic, un pied-à-terre qui fait qu’on doit y revenir régulièrement pour s’en occuper. Je serais plus ouverte à revenir à Lac-Mégantic si les perspectives d’emplois y étaient meilleures. Dans deux à cinq ans, cela changera peut-être. Cela dépend du métier que tu fais. J’ai une formation en tourisme, un domaine où les budgets et les postes manquent, malheureusement. »

JONATHAN SANTERRE
Jonathan Santerre, fondateur des Carrés Bleus… aujourd’hui à l’étranger, probablement en vacances prolongées ou non, où il avoue continuer à œuvrer dans le domaine des communications.

« J’ai vécu mon enfance, mon adolescence dans la région et je suis toujours revenu par intermittence. Mon père y habite, j’y ai des amis… mes racines. En mai 2013, j’étais de retour pour concrétiser un projet et m’impliquer, puis la tragédie arriva. Dix mois plus tard je créais le Carré Bleu Lac-Mégantic, que j’ai fondé en février 2014, une page Facebook réclamant plus de transparence dans la reconstruction. Mouvement citoyen puis média citoyen, nous nous sommes rapidement retrouvés au cœur de l’actualité. Toujours suivie par 2500 abonnés, elle est devenue un repère et la seule archive publique mondiale sur la tragédie et la reconstruction. Elle existera tant que le besoin y sera. Aujourd’hui, je n’ai jamais totalement arrêté le travail de recherche sur les suites et les impacts de la tragédie et sa gestion. Dossiers qui sont devenus, en quelque sorte, une expertise. La tragédie a profondément changé mon regard sur le monde, la politique, l’état de la démocratie. Mais là où il y a des possibilités de changer les choses, il y a de l’espoir. Qu’enfin les citoyens puissent reprendre leur centre-ville et leur droit au chapitre. C’est, je crois, le plus beau souhait à faire, cinq ans plus tard. Et puis on revient toujours à son port d’attache… même si parfois il faut s’en éloigner un temps, pour mieux y revenir. »