Les associations de riverains du lac Desmarais et du Petit lac Brompton (notre photo) à Saint-Denis-de-Brompton se démènent depuis 2008 pour faire aboutir un projet d’infrastructures d’égouts et d’aqueduc pour préserver la qualité de l’eau.

Projet d’égouts de 22,7 M $ à Saint-Denis-de-Brompton : deux ministres interpellés

Deux associations de riverains de Saint-Denis-de-Brompton interpellent les ministres des Affaires municipales et de l’Environnement dans l’espoir de faire débloquer un projet d’infrastructures d’égouts et d’aqueduc de quelque 22,7 millions $ autour des lac Desmarais et Petit lac Brompton.

C’est que le projet en question, sur lequel les associations travaillent depuis 2008 avec l’appui de 80 % des résidents des deux lacs, est admissible à une subvention d’à peine 3,4 M$. Ce qui laisse une facture colossale de 19,3 M$ pour les quelque 370 propriétaires visés par le projet, soit une augmentation de taxes annuelles évaluée entre 2000 et 4000 $ pendant 30 ans.

« Notre dossier est bien ficelé, il est admissible à une subvention et est reconnu comme urgent, mais les critères d’admissibilité [du programme de subvention] nous considèrent comme une région de villégiature, déplore Jean-François Guertin, président du Regroupement écologie Petit lac Brompton (REPLB). Alors que si on était considéré en zone urbaine, au lieu d’avoir à peu près 15 % de subvention, on aurait entre 50 et 60 %, et probablement plus près de 60 % à cause de la problématique de l’eau potable. » 

Les associations dénoncent cette situation qu’elles qualifient « d’aberrante », puisque les deux lacs sont situés à un jet de pierre de la zone urbaine de Saint-Denis-de-Brompton, que 70 % des résidences sont permanentes et que 28 % de celles qui sont des résidences secondaires sont néanmoins utilisées toute l’année.

Elles invoquent que les deux lacs sont aux prises avec de graves problèmes de cyanobactéries et de plantes envahissantes et que la vétusté des installations septiques contribue à empirer la situation. 

À ce chapitre elles ajoutent que 78 % de ces installations septiques ont plus de 20 ans et que 56 % ont plus de 30 ans, tandis que 63 % des terrains sont trop petits pour permettre d’autres solutions de rechange qu’une fosse septique scellée, que le ministère de l’Environnement ne jugerait pas souhaitable, disent-elles.

Elles font également valoir que plus de 56 % des citoyens visés par le projet s’approvisionnent en eau directement au lac ou avec des puits de surface, avec tous les risques que cela comporte en matière de santé publique.

« Sans la concrétisation de ce projet, c’est la santé des citoyens et la qualité de l’eau des deux lacs qui seront compromises », écrivent les associations. 

« On est dans un cul-de-sac et on ne peut même pas reculer », illustre M. Guertin.

Pas de solution pour André Bachand

Le député de Richmond André Bachand connaît bien le dossier. Depuis plus d’un an, assure-t-il, il a travaillé très fort pour trouver une solution qui satisfasse les riverains, sans succès.

« Malheureusement, comme c’est hors périmètre d’urbanisation, la façon de calculer les subventions provenant des programmes normés est différente. (...) Et comme il n’y a pas « d’urgence » environnementale — même s’il y a une problématique environnementale —, le pourcentage d’aide n’est pas suffisant pour permettre une réalisation à des coûts raisonnables pour les citoyens qui en auraient vraiment besoin », résume-t-il.

M. Bachand concède que le projet est nécessaire du point de vue de la protection de l’environnement, « mais on ne peut pas changer les normes », répètera-t-il, en entrevue avec La Tribune. 

Le seul espoir qu’il laisse entrevoir aux riverains, c’est la prochaine politique environnementale de son collègue ministre Benoit Charette. Ou la mise en place de nouveaux programmes dans le prochain budget, au printemps, qui pourraient éventuellement s’appliquer à leur projet.

« Pour nous il n’y a pas de surprise ni d’élément nouveau dans le dossier, à ce moment-ci, qui permettrait d’ouvrir la porte », dit-il.

À la Municipalité de Saint-Denis-de-Brompton, enfin, la directrice générale Liane Boisvert voit mal comment le projet pourrait se concrétiser sans subvention plus importante pour diminuer la facture des citoyens. Elle ne voit pas non plus d’autres sources de financement disponibles et acceptables socialement dans l’appareil municipal.

La Municipalité procédera donc à une mise à jour des coûts du projet cet automne, informe-t-elle, puisque la dernière remonte à 2018. Et elle retournera devant les citoyens en début de 2020, sans se faire d’illusion sur l’issue de la rencontre. « On ne laisse pas tomber la serviette, dit-elle, c’est important pour la protection de l’environnement, mais c’est pas demain la veille qu’on va procéder à la première pelletée de terre. »

Malgré que la subvention soit aussi mince, le maire Jean-Luc Beauchemin garde espoir que les citoyens concernés verront les bénéfices du projet au-delà de son coût. « Je suis persuadé qu’il y a quelque chose à faire avec ça, dit-il, parce que c’est à peu près les mêmes coûts qu’un emprunt à la banque aujourd’hui pour refaire un système septique et d’aqueduc. Et quand leur système ne fonctionnera plus, les citoyens n’auront pas le choix de les remplacer », met-il en garde.