Richard Tanguay, maire de Weedon

Projet de serres de cannabis médicinal : Weedon interpelle Ottawa

Le projet de serres de cannabis médicinal de l’entreprise MYM Neutraceuticals est toujours au point mort après 10 mois d’inactivité à Weedon. Inquiété par la situation et la communication inexistante avec les fonctionnaires responsables du dossier, le maire Richard Tanguay interpelle directement le gouvernement fédéral dans l’espoir d’avoir l’heure juste.

L’entreprise MYM Neutraceuticals l’avait choisi pour en faire la capitale du cannabis canadien en 2017 et s’engageait à y investir près de 200 M$ pour y construire des serres, un hôtel, un centre de recherche et même un musée. 

« Le projet faisait rêver au départ, mais l’inquiétude remplace peu à peu l’espoir, avoue Richard Tanguay, qui ne peut que contempler les hautes barrières qui bloquent l’accès au chantier peu avancé et peu fréquenté du rang 2. Le cynisme s’implante, les gens voient que ça n’avance pas et ils sont désillusionnés. La communauté se démobilise et ça va être très dur de se relever si ça ne fonctionne pas. »

M. Tanguay se pose plusieurs questions, qui sont toujours sans réponses du gouvernement fédéral. « Je me demande ce qui a motivé le gouvernement à changer sa procédure d’autorisation. Pourquoi est-ce qu’on exige que la construction soit faite à 100 % avant de pouvoir déposer une demande de permis d’exploitation à Santé Canada, alors qu’avant, le procédé se faisait par étapes ? »

« De plus, il n’y a pas d’échéancier pour obtenir une réponse de la part de Santé Canada. Qu’est-ce qu’on doit dire à nos citoyens ? On ne se fait jamais répondre lorsqu’on s’informe sur la progression du dossier. Pour son projet de serre à Laval, MYM Neutraceuticals attend une réponse depuis 20 mois. Une communauté comme la nôtre ne peut pas se croiser les bras et attendre un aussi long délai. Notre vitalité en dépend. »

Plus tôt cet été, la municipalité de Weedon avait interpelé le gouvernement fédéral après avoir observé que 90 licences d’exploitation de serres de cannabis ont été accordées en Ontario, contre seulement 13 au Québec. 

« Les permis d’exploitation pleuvent en Ontario, alors qu’ici, on ne peut même pas savoir ce qui se passe, poursuit M. Tanguay. Est-ce que la présence d’anciens libéraux au sein des conseils d’administration de ces compagnies fait en sorte que certaines demandes se rendent plus vite à Santé Canada que d’autres ? Pour notre part, je sais que MYM Neutraceuticals ne faisait pas de politique, que des affaires. Je me demande sincèrement s’il n’y a pas une corrélation à faire. »

Bien que le Canada ait légalisé le cannabis en 2018, la culture du chanvre demeure illégale au pays. Ce fait peut surprendre, car le chanvre n’a pas d’éléments psychotropes, contrairement au cannabis qui est vendu librement.

« Cela n’a aucun sens, mais les conséquences sont des plus graves, explique le maire. MYM Neutraceuticals et plusieurs entreprises achètent des terres au sud de la frontière pour en faire pousser et obtenir du CBD, où cette culture est légale. Comment peut-on espérer se tailler une place dans cette industrie quand la procédure d’autorisation n’a pas de délais fixes et qu’on ne peut rien produire en attendant ? »

L’expérience tourne tranquillement au cauchemar pour Weedon, qui comptait sur la concrétisation de ce projet majeur pour assurer son avenir.

« Justin Trudeau est prêt à tout pour sauver une grande entreprise riche comme SNC-Lavalin, mais il est trop occupé pour s’occuper de la situation des petites régions rurales, déplore-t-il. C’est frustrant, même le roi, à l’époque de la colonisation, répondait plus rapidement que les fonctionnaires du gouvernement fédéral. Va-t-on se retrouver avec un éléphant blanc à Weedon ? Je le crains. »