Daniel Gobeil, nouveau président des Producteurs de lait du Québec (PLQ), n’a pas écarté l’idée de devoir diminuer à nouveau les quotas de production lors d’une entrevue avec La Tribune.
Daniel Gobeil, nouveau président des Producteurs de lait du Québec (PLQ), n’a pas écarté l’idée de devoir diminuer à nouveau les quotas de production lors d’une entrevue avec La Tribune.

Production laitière: autre baisse de quota envisagée

Après avoir été limités dans leur production de surplus de lait au début du mois d’avril et de s’être fait imposer une diminution de 2 % de leur quota au mois de mai, les producteurs laitiers du Québec ne sont peut-être pas au bout de leur peine.

Daniel Gobeil, nouveau président des Producteurs de lait du Québec (PLQ), n’a pas écarté l’idée de devoir diminuer à nouveau les quotas de production lors d’une entrevue avec La Tribune.

« Ce n’est pas impossible, on l’évalue chaque semaine, indique M. Gobeil, propriétaire de la Ferme du Fjord à La Baie. On avait encore des rencontres vendredi. »

L’entreposage du beurre et du fromage, bien que bonifié et mis de l’avant en ce moment, ne suffit pas à contrebalancer les pertes de marchés dues à la fermeture des restaurants et des écoles.

« Il faut quand même faire une coupure des quotas parce qu’on ne peut pas hypothéquer le futur, mentionne M. Gobeil. On peut reporter une certaine production, mais un moment donné, il faut être le plus près du marché possible. Si on entrepose du beurre, la coupure du quota, on ne la ferait pas aujourd’hui, mais on devrait la faire plus tard. Il faut prendre les meilleures décisions à court terme pour ne pas pelleter ces baisses de marché vers l’avant. »

Pour les fromages, un entreposage à long terme entraînerait assurément des pertes de produits selon M. Gobeil.

« Et avec toute l’entrée des fromages américains au mois de juillet, c’est quand même inquiétant de stocker alors que ces fromages vont entrer massivement. »

ACEUM

L’entrée en vigueur de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) le 1er juillet s’annonce déjà comme un dur coup pour toute l’industrie laitière.

L’ACEUM ouvre aux producteurs américains quelque 3,6 % d’un marché canadien du lait qui était auparavant exclusivement accessible aux producteurs nationaux. Cette concession s’ajoute à celles déjà accordées à d’autres pays en vertu du Partenariat transpacifique et de l’Accord Canada-Europe.

« Avec la baisse de consommation, disons que cette entente, on n’en aurait pas eu besoin, admet Daniel Gobeil. Les gens consomment quand même à la maison, mais les produits comme la crème ou les fromages fins sont des produits qui sont consommés plus en restauration. La fermeture des restaurants et des écoles a fait des dommages importants. On a pas encore repris tous les marchés et c’est clair que ça se fera très graduellement. »

Daniel Gobeil

Rejoindre les jeunes

À titre de nouveau président des PLQ, Daniel Gobeil se donne comme objectif de rapprocher l’industrie de ses consommateurs, notamment les jeunes qui consomment les produits laitiers de façon bien différente de leurs parents ou de leurs grands-parents.

« Il y a 20 ans, notre plus gros marché c’était le lait à boire. Maintenant, on perd beaucoup de ventes dans ce secteur. Les gens mangent les produits laitiers avec le yogourt, la crème glacée ou la crème. Les nouveaux consommateurs ont changé leurs habitudes de vie et il faut s’adapter. »

M. Gobeil mentionne aussi que la stratégie publicitaire, très axée sur la télévision, doit être mise à jour

Vendre à la ferme ?

Il est interdit au Canada de vendre du lait qui n’a pas été pasteurisé. De plus en plus de fermes se dotent toutefois de l’équipement nécessaire pour pouvoir le faire et être en mesure d’écouler elles-mêmes une partie de leur lait. Une idée qu’encourage Daniel Gobeil, mais avec modération.

« On n’est pas contre ça du tout, on encourage le marché local et avec la crise qu’on vit il va y avoir une opportunité de ce côté pour se rapprocher de notre consommateur. Il y a de la place pour ça, mais il ne faut pas la généraliser non plus, car ça peut être difficile financièrement. Il ne faut pas cannibaliser le marché non plus. »

« La COVID nous fait une page blanche et c’est à nous de réécrire pour les prochaines années, résume-t-il. Je vais tout faire en mon possible pour que l’industrie laitière reprenne sa place de choix et que les gens soient fiers d’être producteurs. »

L’industrie laitière du Québec en chiffres

  • 4877 fermes laitières
  • 3,33 milliards de litres de lait par année
  • 83 000 emplois générés
  • 6,2 milliards en contribution au PIB