Le ministre responsable de l’Estrie, Luc Fortin, a annoncé jeudi un investissement récurrent de 35 M$ au CIUSSS de l’Estrie–CHUS, en compagnie de la directrice générale de l’organisation, Patricia Gauthier.

Près de 35 M$ de plus pour corriger les iniquités en santé

Le gouvernement provincial a annoncé dans son dernier budget un investissement de 300 M$ pour éliminer les iniquités entre les régions concernant le financement des établissements de santé. L’Estrie aura sa part du gâteau : la région bénéficiera d’un financement récurrent de près de 35 M$, a annoncé jeudi le ministre responsable de l’Estrie Luc Fortin, au nom du ministre de la Santé Gaétan Barrette.

« Je ne pensais jamais voir une somme pareille réinvestie en santé », s’est réjouie la directrice générale du CIUSSS de l’Estrie–CHUS, Patricia Gauthier. « On tourne une page historique, qui nous permettra d’arrêter de parler année après année d’iniquité », ajoute celle qui souligne que beaucoup d’énergie était investie tout au long de l’année par les gestionnaires pour aller grappiller des montants un peu partout pour pallier ces iniquités.

L’argent accordé sera utilisé principalement pour stabiliser le personnel, en convertissant des postes temporaires en postes permanents, a annoncé Mme Gauthier. L’objectif est de répondre aux besoins de la clientèle « avec des personnes qui ont des postes plutôt qu’avec des ressources d’appoint en temps supplémentaire ».

Il était impossible jeudi de connaître le nombre de postes qui seront touchés, mais on sait qu’il s’agira de catégories de travailleurs où on retrouve beaucoup de temps supplémentaire, par exemple chez les infirmières, les infirmières auxiliaires ainsi que les préposés aux bénéficiaires. Des professions où les demi-postes sont fréquents, par exemple chez les ergothérapeutes et les physiothérapeutes, seront aussi concernées.

Cette nouvelle marge de manœuvre budgétaire permettra aussi aux établissements du CIUSSS de cesser d’avoir recours à des solutions de dernière minute, ce qui sera perceptible pour les usagers, soutient Mme Gauthier. On pourrait notamment ouvrir à l’avance des lits supplémentaires aux urgences lorsqu’une période de pointe est anticipée. « On peut se dire par exemple que les trois premiers mois de l’année, on veut ouvrir une unité parce qu’on sait que le volume d’activité va arriver. Là, on aura l’argent pour le faire. Avant, on n’avait pas l’argent, donc on attendait qu’il soit minuit moins une [...] parce qu’il fallait que ça coûte le moins cher possible et qu’on n’avait pas l’argent requis. »

Un mode de financement désuet

Le financement du réseau des établissements de santé est établi selon un principe mis en place il y a 30 ans, et dont les montants sont simplement indexés depuis. Comme les différentes régions ont connu des taux de croissance de population inégaux au fil des ans, des iniquités entre celles-ci rendent la vie particulièrement dure aux gestionnaires depuis des années.

L’Estrie fait partie des régions qui ont été désavantagées. Mme Gauthier affirme que non seulement la population a augmenté en Estrie davantage qu’ailleurs au Québec, mais qu’elle est aussi plus vieillissante, moins fortunée et qu’elle requiert plus de soins en santé mentale, ce qui ajoute à la charge sur le système de santé.

Ce nouvel investissement permettra d’éliminer cet écart de façon durable et définitive, a soutenu le ministre Fortin, secondé par Mme Gauthier, qui confirme que les 35 M$ permettront au CIUSSS de planifier ses activités avec des « assises solides ».

Le président du CA estrien de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, Emmanuel Breton, espère que les 35 M $ investis par le gouvernement seront bien dirigés vers une stabilisation des postes des employés.

Le syndicat reste sur ses gardes

Le président du conseil d’administration estrien de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, Emmanuel Breton, espère que les mesures annoncées par la directrice générale du CIUSSS de l’Estrie–CHUS Patricia Gauthier seront bel et bien mises en place.

« C’est clair que si on parle de rendre permanents des postes qui ne le sont pas, on ne peut pas être contre la vertu! » lance-t-il. « C’est important de remplacer les gens qui partent et de titulariser les postes, il y a beaucoup de gens sur les listes de rappel. »

Il demeure toutefois sur ses gardes quant à cet investissement de 35 M$ annoncé par Québec à quelques mois des élections. « Si le gouvernement change, ce montant sera-t-il là l’an prochain? On ne le sait pas. Tant mieux s’il y a de l’argent supplémentaire, on ne peut pas être contre ça, mais on doit s’assurer que ce sera vraiment donné aux employés », nuance-t-il.

M. Breton espère que le conseil d’administration du CIUSSS ne décidera pas ce qui sera fait de ces sommes sans consulter au préalable les syndicats et les universités. Il a aussi glissé l’idée qu’il ne faudrait pas que l’argent soit simplement utilisé pour combler le déficit du CIUSSS, une option que la directrice générale a par ailleurs écartée d’emblée jeudi.

Absentéisme

Lors du point de presse de jeudi, Mme Gauthier a souligné que l’absentéisme était toujours « un défi de taille » dans la gestion du CIUSSS. Le phénomène serait stable depuis 9 mois, et la direction tenterait maintenant de le faire diminuer.

Comme les actuels postes de remplacement devraient être consolidés, lors du retour des absents, ces ressources resteront sur place, créant ainsi des services additionnels. « Au lieu d’investir dans l’absentéisme, quand ces gens-là seront de retour au travail, nous pourrons investir dans des services additionnels et réduire les délais d’attente », résume Mme Gauthier.

Selon M. Breton, le manque de remplaçants contribue à l’absentéisme. « C’est vraiment une roue qui tourne. On ne peut pas remplacer les absents, donc il y a une surcharge sur les autres, de l’épuisement, des demandes de congé pour se reposer qui sont refusées, des demandes de libération pour des formations qui sont refusées... c’est un cercle vicieux qui n’a pas de fin. »