Un groupe de citoyens qui s’opposent à la construction d’une porcherie de presque 4000 têtes dans le Canton de Valcourt ont interpellé le conseil municipal, lundi soir. La citoyenne Louise La Branche était du groupe.
Un groupe de citoyens qui s’opposent à la construction d’une porcherie de presque 4000 têtes dans le Canton de Valcourt ont interpellé le conseil municipal, lundi soir. La citoyenne Louise La Branche était du groupe.

Porcherie à Valcourt : les opposants obtiennent une consultation en public

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
CANTON DE VALCOURT — Un groupe d’opposants au projet de construction d’une porcherie de presque 4000 têtes dans le Canton de Valcourt se sont présentés à l’assemblée du conseil municipal, lundi soir, pour réclamer un moratoire, le temps d’obtenir des réponses à leurs inquiétudes. 

Le maire Patrice Desmarais ne s’est pas prononcé sur leur demande, mais s’est engagé à recommander à la MRC du Val-Saint-François de procéder à une séance de consultation en public, avec les intervenants requis, « le plus rapidement possible », quitte à retarder un peu l’émission du permis de construction, a-t-il concédé en entrevue avec La Tribune.  

« On va suivre ça, je pense qu’ils ont compris que ça prenait une certaine transparence, a réagi Louise La Branche, une citoyenne de Maricourt qui a demandé le moratoire au nom du groupe d’opposants. Ce que j’espère maintenant, c’est qu’ils diffuseront l’information à l’ensemble de la population et que tout le monde pourra rentrer [à la consultation publique] et donner son point de vue. »

Car en plus des craintes habituellement liées à l’implantation d’une porcherie, les opposants déplorent ce qu’ils considèrent être un manque de transparence de la Municipalité, qui a reçu la demande pour le projet le 31 août 2018 et qui mène par écrit une consultation publique sur le projet presque deux ans plus tard, en pleines vacances de la construction.

Rappelons que le projet consiste en la construction de deux porcheries d’engraissement d’une capacité totale de 3996 porcs et d’un réservoir en béton armé pour l’entreposage du lisier liquide sur un terrain situé au 5124, route 222 dans le Canton de Valcourt, aux limites de la municipalité de Maricourt.

Le projet de la ferme Érabboeuf, qui fait déjà du bœuf d’élevage sur le même site, a obtenu son certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement en juin dernier et il a été jugé conforme au règlement d’urbanisme du Canton de Valcourt, qui en est à l’étape d’émettre le permis de construction.

La procédure prévoit une période de consultation préalable à l’émission de ce permis, non pas pour discuter de la légitimité du projet, a-t-on précisé, mais pour déterminer si des mesures d’atténuation sont requises « pour assurer une meilleure cohabitation et intégration du projet dans le milieu environnant », énonce la MRC du Val-Saint-François, qui a été mandatée par le Canton pour mener la consultation à cause de son expertise. 

Or avec les restrictions sanitaires liées à la COVID-19 et pour répondre aux délais prescrits par la loi, la MRC a convenu de tenir cette consultation par écrit, du 20 juillet au 7 août, avant d’annoncer au cours des derniers jours qu’elle prolongeait l’exercice jusqu’au 11 août à 16 h.

À cause de ces mêmes restrictions sanitaires, le conseil municipal du Canton de Valcourt avait restreint à une douzaine le nombre d’opposants qui ont pu entrer dans la salle du conseil lundi soir. 

Le maire du Canton de Valcourt Patrice Desmarais a répété à quelques reprises que sa Municipalité n’a pas le pouvoir de bloquer le projet de porcherie. Elle peut seulement agir sur des mesures d’atténuation.

Des craintes

Durant la période de questions limitée à 30 minutes par le maire Desmarais, ils ont fait part de leurs craintes liées aux odeurs, à l’épandage du lisier, aux vents dominants, à la dévaluation de leurs propriétés et à la contamination de la nappe phréatique, entre autres.

« Nous ne sommes pas du tout contre l’agriculture bien au contraire, nous encourageons l’économie locale et la production locale, a énoncé Mme La Branche. Nous sommes contre les mégaporcheries qui prennent nos belles terres agricoles où les fruits et légumes pourraient pousser. »

Seul bémol dans le concert de doléances, un producteur laitier de la région, Michel Brien, est intervenu pour tenter de rassurer les opposants en témoignant que le Québec est probablement la province la plus sévère vis-à-vis les agriculteurs. 

Après avoir précisé qu’il résidait lui-même à moins d’un kilomètre du site d’implantation, le maire Desmarais a répété à plusieurs reprises que puisque le projet a reçu l’approbation du ministère de l’Environnement et qu’il est conforme à la réglementation municipale, le Canton de Valcourt n’a pas le pouvoir de refuser le permis de construction. 

Le Canton peut toutefois lier le permis à cinq mesures d’atténuation, dont le recouvrement de la fosse à lisier et les écrans brise-odeurs, a-t-il précisé.   

« On ne peut pas agir à savoir si la nappe souterraine va être affectée ou pas, on n’est pas qualifiés pour ça. Ça regarde le ministère de l’Environnement. Mais j’ai les mêmes préoccupations que vous pouvez avoir. On veut obtenir le maximum de protection face à cette entreprise, mais on ne peut pas se substituer aux spécialistes de l’environnement. »

Le conseil des maires de la MRC du Val-Saint-François devrait prendre acte des résultats de la consultation écrite la semaine prochaine et statuer sur la recommandation du maire Desmarais de tenir également une consultation en public.

Le maire Desmarais peut déjà compter sur l’appui de son homologue de Maricourt, Robert Ledoux, qui s’était glissé dans la salle du conseil lundi soir pour entendre le débat. 

Une pétition demandant que « le projet soit stoppé afin que les citoyens soient vraiment consultés en séance publique » a par ailleurs été mise en ligne vendredi. Elle a franchi le cap des 600 signatures lundi soir.