Pour réduire son empreinte écologique, l’entreprise Tafisa a investi 17M$ dans ses installations de Lac Mégantic au cours des dernières années.

Pollution de l'air: pas de moratoire, dit la mairesse de Lac-Mégantic

La mairesse de Lac-Mégantic réfute catégoriquement que la pollution de l’air ralentisse le développement économique de sa ville.

« Il n’y en a pas de moratoire sur notre parc industriel, il n’y en a jamais eu. N’importe quelle entreprise peut s’y installer, en autant qu’elle ne rejette pas ses déchets dans l’air », a assuré Julie Morin en entrevue avec La Tribune, mercredi, appuyée dans ses propos par le député caquiste de Lac-Mégantic François Jacques.

La veille, à Radio-Canada Estrie, le directeur général de la Société de développement économique du Granit, François Chalifour, déplorait qu’à cause de la présence d’arsenic et d’autres polluants dans l’air, aucune entreprise de Lac-Mégantic ne peut brûler davantage de résidus que ce qu’elle brûle présentement. « Nous on a une perte économique, disait-il, parce qu’on n’a plus aucune capacité d’attraction. »

Radio-Canada Estrie ajoutait que la saturation de l’air a même obligé le ministère de l’Environnement à y imposer un moratoire empêchant l’implantation de nouvelles industries polluantes.

« C’est vrai que nos industriels sont obligés de mettre sur des camions leurs résidus de bois pour les faire brûler ailleurs, convient à ce propos la mairesse. Ce sont des pertes économiques pour eux. Mais nous travaillons très fort pour trouver des solutions. »

« Le ministère de l’Environnement ne fait qu’appliquer l’article 197 du règlement sur l’assainissement de l’atmosphère, qui est en fonction depuis le 30 juin 2011 et ce, partout au Québec. Pas seulement à Lac-Mégantic, ajoute François Jacques. C’est une norme environnementale qui vise à éliminer les gaz à effet de serre (GES) et qui n’a aucun rapport avec l’arsenic. Il n’y a aucun moratoire. »

Rappelons qu’à la fin de 2018, la Direction de santé publique avait signalé une concentration d’arsenic dans l’air plus élevée que la norme en raison des rejets de l’entreprise Tafisa. La DSP référait alors à des données recueillies en 2016-2017.

Julie Morin

« Cette situation de la norme sur l’arsenic légèrement dépassée, dans le parc industriel, est connue depuis le 21 décembre 2018, remet en perspective Mme Morin. La Santé publique de l’Estrie était d’ailleurs venue ici pour rassurer la population. Et on se souviendra que Dre Mélissa Généreux avait dit à ce sujet qui si on plaçait 100 000 personnes dans le corridor de vent, dans le parc industriel de Lac-Mégantic, sept jours sur sept et 24 heures sur 24, pendant 70 ans, 1 personne sur ces 100 000 risquerait de développer un cancer. »

« Les échantillons sur l’arsenic avaient été pris de septembre 2016 à septembre 2017, renchérit M. Jacques. Le seuil d’arsenic dépassé, est-ce encore le cas? Qu’en est-il aujourd’hui, en 2019? Est-ce qu’on peut avoir des données de 2018 et 2019? »

Des solutions

Les deux élus ont tenu à rectifier les faits, d’autant plus que l’économie de Lac-Mégantic repose en bonne partie sur l’industrie du bois.

« C’est important de donner la bonne information, car nous voulons attirer de nouvelles entreprises, surtout dans la grappe industrielle du bois, dit Mme Morin. Nos avantages sont plus nombreux, nos forces sont notre situation près des États-Unis, la voie ferrée qui va contourner le centre-ville et la gare de triage qui sera dans le parc industriel. Il y a déjà un engouement. Oui, c’est un défi de respecter les normes établies, même sur l’arsenic. Les camions qui voyagent pour faire brûler les déchets de bois ailleurs créent eux-mêmes de nouveaux GES. »

La mairesse garantit que plusieurs personnes travaillent à trouver des solutions pour la gestion des mesures concernant les rejets dans l’air du parc industriel. Entre autres solutions, il est question de créer de la biomasse pour valoriser les déchets sur place.

« Il faut nous donner du temps », ajoute François Jacques.

Enfin Mme Morin a tenu à préciser que les industriels établis à Lac-Mégantic sont de bons citoyens corporatifs qui croient au potentiel économique de la région.

« Tafisa a investi 17 millions $ dans les dernières années, dont 10 millions en 2018, pour réduire son empreinte écologique, rappelle-t-elle. IMM-Masonite a investi 10 millions $, Logibel a des plans d’expansion et Bestar a créé 80 emplois en investissant 6 millions $. Et non, il n’y a aucun lien entre cette situation et son expansion dans le parc industriel de Sherbrooke, contrairement à ce qui a été dit. »

« Si nos industriels veulent agrandir leurs usines, termine-t-elle, ils le peuvent. Ils n’ont qu’à ne pas polluer davantage. Il n’y a pas de frein au développement. » Avec Jacynthe Nadeau