Philippe Pagé, le maire de Saint-Camille, est maintenant le directeur général de la Fédération de la relève agricole du Québec.

Plusieurs combats pour la relève agricole

Les enjeux tels que le prix effarant des terres ou la trop grande valeur des fermes sont nombreux pour la relève agricole au Québec. Philippe Pagé de Saint-Camille aura l’occasion de les aborder et peut-être même les régler en tant que nouveau directeur général de la Fédération de la relève agricole du Québec.

La mission première de la Fédération, qui compte environ 2000 membres au Québec, est de faciliter les transferts et les démarrages d’entreprises agricoles. Pour ce faire, la Fédération mène déjà, et continuera de le faire sous la direction de M. Pagé, un combat contre l’augmentation fulgurante du prix des terres agricoles.

« Il y a un phénomène de rareté, explique Philippe Pagé, qui est également le maire de la municipalité de Saint-Camille. Il n’y a pas de terres agricoles qui se rajoutent, mais il y a beaucoup de dézonage. Si une municipalité veut faire un nouveau développement, souvent ça se fait sur des terres agricoles. L’étalement urbain joue en notre défaveur. »

« On va se défendre bec et ongles contre ceux qui veulent utiliser les terres pour faire de la spéculation ou comme outil financier, poursuit-il. Ça fait partie des valeurs au Québec de dire que les agriculteurs sont des propriétaires et non des locataires. »

En plus du prix des terres, la valeur de plusieurs fermes ne cesse d’augmenter ce qui nuit énormément à la relève.

« Le modèle agricole actuel a été basé sur des investissements en agrandissant les fermes pour avoir les mêmes revenus qu’avant, indique M. Pagé. Le mot est peut-être fort, mais le gouvernement est complice un peu de ça. Avec les accords de libre-échange qui ont été signés, il a aidé beaucoup l’industrie en accotant les investissements des propriétaires par exemple. »

L’espérance de vie plus élevée qu’avant a aussi une incidence sur la grosseur des fermes, selon Philippe Pagé.

« Les gens vivent plus vieux et plus en santé, souligne-t-il. Avec la valeur de certaines fermes, on assiste à une intégration plus tôt de la relève dans l’entreprise. Une ferme qui subvenait à une famille doit maintenant le faire pour deux ou même trois familles. Il y a donc une période charnière d’environ 10 ans où le père et la mère sont encore là, mais les enfants aussi. Pour permettre à tout ce monde-là de vivre, pas le choix de grossir. »

Financement difficile

Le prix élevé des terres et la valeur énorme des fermes font en sorte qu’il est très difficile pour les jeunes de se joindre à la parade. Les institutions financières sont également frileuses à accorder des prêts, qui peuvent être au-dessus du million $, à quelqu’un qui commence en agriculture ou qui n’a pas vraiment d’actifs.

« Le secteur agricole est particulier, souligne M. Pagé. C’est rare que quelqu’un veut se partir une entreprise sans avoir une cenne. En agriculture, il y a un côté romantique. Les jeunes écoutent La semaine verte ou lisent Le jardinier maraîcher, et ils ont un rêve. Les gens ne font pas ça pour devenir riches, ils font ça par passion. C’est de trouver comment on peut aider des jeunes qui ont un potentiel, mais pas nécessairement le capital pour acheter. On travaille étroitement avec La Financière agricole du Québec, mais ce n’est pas gagné d’avance. »

La Fédération mène aussi un combat de tous les instants pour que l’agriculture au Québec reste « familiale et à dimension humaine ».

« On a une inquiétude, admet M. Pagé. Les jeunes sont de plus en plus formés, les écoles d’agriculture sont pleines. Il ne manque pas de jeunes, mais il faut que le financement soit au rendez-vous. On ne veut pas que les jeunes s’endettent trop et soient accotés à la gorge. Actuellement ça va bien, mais qu’est-ce qui arrive si dans cinq ans on augmente les taux d’intérêt? On veut garder tout ça en santé. »

M. Pagé, qui partage ses semaines entre Saint-Camille et Longueuil, occupait le poste par intérim depuis le décès de son prédécesseur en octobre. Il compte d’ailleurs, à moins d’une catastrophe, se présenter pour un deuxième mandat à la mairie de Saint-Camille.