Des centaines de travailleuses en grève de CPE de l’Estrie, de Montréal, de Laval et du Cœur-du-Québec ont convergé vers Magog, jeudi matin, pour une «manifestation colorée» dans les rues de la ville.

Plus de 1000 travailleuses de CPE en colère manifestent

Une manifestation de grande ampleur s’est déroulée, à Magog, jeudi. Des employées syndiquées provenant d’une centaine de Centres de la petite enfance (CPE) ont marché à travers le cœur de la ville avant de finalement s’arrêter au parc des Hautes-Sources, voisin du CPE La Pleine lune. Visiblement irritée, la partie patronale a déploré la stratégie syndicale.

Difficile de savoir combien de travailleuses ont pris part à la marche et à la manifestation qui a suivi jeudi. Leur nombre était assurément supérieur à 1000, mais les organisateurs ont parlé de 2000 participantes.

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De nombreuses participantes provenaient de la région de l’Estrie. Toutefois, on retrouvait également, par les manifestantes, des centaines de travailleuses résidant dans les secteurs de Montréal, de la Montérégie et du Centre-de-Québec.

Selon les informations obtenues, les questions de nature salariale sont déjà réglées. Les enjeux problématiques concernent plutôt les horaires de travail, les vacances, l’application de l’ancienneté ainsi que le dévoilement des états financiers des CPE.

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) a décrié l’attitude de la partie patronale, en l’occurrence l’Association patronale nationale des CPE (APNCPE). Elle juge que les négociations piétinent et ne comprend pas pourquoi l’association refuse d’offrir aux travailleuses des conditions identiques à celles qui ont été obtenues par leurs collègues de régions voisines.

«Les enfants vous adorent et les parents aussi. En fait, il y a seulement une association qui ne vous aime pas. Mais on ne vous laissera pas avoir des conditions de travail inférieures à celles offertes ailleurs», a lancé le président du Conseil central de l’Estrie, Denis Beaudin devant les manifestantes jeudi.

Durant les allocutions prononcées par les chefs syndicaux présents, plusieurs flèches ont été décochées en direction d’Any Sanders, la présidente de l’Association patronale nationale et directrice générale du CPE La Pleine lune. «J’espère que Mme Sanders est honteuse aujourd’hui», a notamment dit le vice-président de la FSSS responsable des secteurs privés, Dany Lacasse.

M. Lacasse se trouvait à l’Assemblée nationale du Québec jeudi en tout début de journée et, lors de sa visite à Magog en après-midi, il a indiqué que le Parti québécois de même que Québec solidaire supportaient la cause des travailleuses. «On sait que le gouvernement actuel a attaqué le réseau des CPE», a-t-il aussi noté.

«Les filles se sont battues pour avoir des conditions de travail, il y a plusieurs années, et là ils veulent nous en enlever une partie. Moi, je suis déterminée à continuer le combat. Je sens que les parents nous appuient. Ils sont reconnaissants pour ce qu’on fait», a déclaré une manifestante.

LA RÉPLIQUE

Porte-parole de l’APNCPE, Chantal Bellavance a jugé «très malheureux» que des dirigeants syndicaux s’en soient pris à Any Sanders directement. «On ne se permettrait pas de personnaliser de cette manière de notre côté», a-t-elle assuré.

Mme Bellavance a de plus affirmé que le syndicat avait lui-même beaucoup retardé les négociations. «Nous avons un calendrier de négos présentement. Mais, pendant un bon moment, il a fallu attendre la décision d’un juge parce que le syndicat n’acceptait pas de négocier avec nous. On était en attente depuis 2016 d’une décision dans ce dossier», a-t-elle fait valoir.

Quoi qu’il en soit, l’APNCPE aimerait donner la priorité aux éducatrices qualifiées lors des remplacements de longue durée, une mesure à laquelle s’opposent les syndiquées davantage attachées à l’ancienneté. L’Association désirerait également être en mesure de moduler davantage les heures de travail afin de faciliter la prise en compte des besoins des parents.

«Nous avons été et demeurons pleinement disponibles. Nous espérons en arriver à une entente satisfaisante pour les deux parties dans les meilleurs délais. Après tout, nous partageons le même objectif, soit d’offrir des services de qualité aux enfants», précise Chantal Bellavance.