En septembre 2015, Yves Jr Boissonneault et Benoît Charron annonçaient en grande pompe la vente de la chaîne de restauration Planète Poutine. Les deux hommes s’affrontent aujourd’hui devant les tribunaux.

Planète Poutine: procès ou entente à l’amiable?

JOLIETTE — La saga entourant la vente de l’entreprise trifluvienne Planète Poutine s’est transportée devant les tribunaux lundi, à Joliette, alors que s’ouvrait le procès opposant l’acquéreur de la chaîne de franchises Benoît Charron au fondateur de cette entreprise, Yves Jr Boissonneault. Alors que la partie demanderesse dans cette affaire a commencé à faire entendre ses témoins, le juge Jean-Yves Lalonde y est allé d’une suggestion commune aux deux parties, lui qui se questionne si l’affaire ne pourrait tout simplement pas faire l’objet d’une conférence de règlement à l’amiable.

Rappelons que l’acheteur de l’entreprise, Benoît Charron, poursuit le fondateur Yves Jr Boissonneault et sa conjointe Stéphanie Noël pour 2,3 M$. Benoît Charron, qui a fait l’acquisition de l’entreprise pour la somme de 2 M$ en 2015, allègue que M. Boissonneault a fait de fausses représentations sur la situation financière de l’entreprise lors de la transaction. Yves Jr Boissonneault avait, à son tour, répliqué avec une poursuite de près de 530 000 $, niant les allégations de M. Charron et réclamant la balance du montant de la vente non versé, en plus de dommages moraux encourus.

À l’ajournement de cette première journée, le juge Lalonde a cependant tenu à s’adresser «aux deux hommes d’affaires», se questionnant à savoir si ce litige n’aurait pas pu faire l’objet d’un règlement à l’amiable. Les évaluations des experts de chacune des parties dans cette affaire sont aux antipodes, le demandeur ayant évalué la valeur de l’entreprise au moment de la transaction à moins de 406 000$, alors que le défendeur soutient qu’elle valait 2 M$.

Le juge Lalonde a signifié aux deux parties que la tenue d’un procès comme celui-là équivalait à tout près de 80 000 $ en frais d’avocats pour chacun, pour un règlement final qui pourrait apparaître mitigé aux yeux des deux parties. «Le temps n’est pas à l’émotivité, mais au rationnel», a-t-il rappelé, précisant qu’il demeurait tout de même disponible pour la tenue du procès, qui est prévu pour huit jours au palais de justice de Joliette.

Transaction

La journée s’est amorcée par l’interrogatoire de Me Maxime Cousineau, l’avocat qui représentait les intérêts de l’acquéreur Benoît Charron au moment de la transaction pour acheter Planète Poutine au fondateur Yves Jr Boissonneault.

Selon Me Cousineau, interrogé par Me Jean-Philippe Turgeon, l’avocat du demandeur, il se serait écoulé quatre jours entre le premier contact de Benoît Charron pour lui demander de commencer à préparer les documents nécessaires à une offre d’achat et la signature de cette offre, le 31 août 2015. Selon sa compréhension, il devenait important de conclure une entente rapidement, étant donné qu’un autre groupe d’investisseurs, le groupe MTY, s’intéressait aussi à la chaîne. Me Cousineau est par la suite devenu actionnaire à 24,5% de l’entreprise achetée par Benoît Charron.

Or, une fois la transaction complétée quelques semaines plus tard, les nouveaux propriétaires commencent à compiler les informations qu’ils soutiennent ne pas avoir obtenu au moment de la transaction, notamment la fermeture des franchises de Saint-Jérôme, Côte-des-Neiges, Hull et Charlesbourg. Me Cousineau relate également des rencontres avec des franchisés qui disent s’inquiéter de plus en plus du rendement des franchises, et qu’il devient urgent pour les nouveaux propriétaires d’investir temps et argent dans un plan d’action, qui
comprendrait notamment de la publicité et un ajustement du prix des produits.

Finalement, de nombreuses factures impayées pour des services et des produits demandés avant la transaction seraient arrivées durant les semaines et les mois suivant la transaction, ce qui fait comprendre aux nouveaux propriétaires que les états financiers maisons présentés pour la période du 1er mai 2014 au 30 avril 2015 ne reflétaient pas la réalité puisque plusieurs passifs n’y étaient pas comptabilisés.

En contre-interrogatoire, l’avocat d’Yves Jr Boissonneault, Me François Nantel, a cherché à savoir pourquoi une transaction de cette ampleur s’était conclue en seulement quelques jours sur la base d’états financiers maisons, alors que les états financiers audités étaient sur le point d’être produits quelques semaines plus tard. Me Cousineau a indiqué que plusieurs facteurs justifiaient cette décision, dont l’intérêt possible d’un autre joueur, MTY, de même qu’une entente de vente rétroactive au 1er septembre 2015 afin que le nouvel acquéreur puisse aussi encaisser les profits générés par un kiosque de Planète Poutine installé au Festival western de Saint-Tite.

Me Nantel a également soulevé en preuve des courriels échangés entre les deux hommes d’affaires, où M. Boissonneault soutenait avoir laissé un montant de 250 000 $ dans la caisse afin de régler les factures à venir, dont une pour la production d’un rapport financier qui de la firme Raymond Chabot, qui faisait partie de l’entente selon lui.

Il a également été possible d’entendre, en après-midi, un autre témoin du demandeur, Nicolas Bourque, ex-franchisé Planète Poutine à Drummondville entre janvier 2013 et juin 2014, moment où la succursale a fait faillite. M. Bourque a témoigné au tribunal du peu de support qu’il dit avoir reçu du propriétaire de la compagnie à l’époque, lui qui a vu de mois en mois ses profits baisser. 

Le procès doit se poursuivre jusqu’au 12 décembre à Joliette. Outre Benoît Charron et Yves Jr Boissonneault, d’ex-franchisés, des experts comptables de même que des anciens partenaires d’affaires devraient être entendus à la barre des témoins.