Le conseil municipal d’Asbestos est aussi ferme que confiant. Un référendum sur le changement de nom demanderait de l’énergie et de l’argent inutilement.

Pas de référendum sur le changement de nom d’Asbestos

ASBESTOS - Le conseil municipal d’Asbestos est aussi ferme que confiant. Un référendum sur le changement de nom demanderait de l’énergie et de l’argent inutilement. Alors que de « tourner la page » sur un nom à connotation aussi « négative » pourrait coûter jusqu’à 100 000 $, tenir un tel vote sur une population qui fait de toute manière déjà « son deuil » engendrerait des dépenses supplémentaires de 55 000 $, indique le maire Hugues Grimard.

« Vous avez toutes les chances de votre côté pour gagner, mais s’il vous plaît, faites-le dans le respect de vos citoyens », a exprimé la citoyenne Geneviève Forest à la séance du conseil municipal de lundi soir. Celle-ci a avoué se laisser convaincre tranquillement, mais s’indigne toujours que la population n’ait pas pu voter sur la résolution adoptée mercredi par le conseil.

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« Peut-être qu’on a fait des erreurs de communication et qu’on aurait dû attendre avant d’en parler. Mais on voulait être transparents et on pense être en mesure de convaincre la majorité d’adhérer d’ici la séance d’information du 9 janvier. […] Mais j’entends votre demande », a notamment répliqué le maire, qui croit que la pilule commence à passer depuis l’annonce de l’initiative, mercredi dernier.

Celui-ci a également précisé que les 100 000 $ seraient puisés à même les surplus de la Ville.

Selon M. Grimard, la séance de lundi a bien démontré l’évolution de l’opinion des résidents de l’ancienne ville minière. Au moins une quarantaine de personnes étaient présentes, mais les deux côtés de la médaille ont été entendus dans la salle de la bibliothèque municipale.

« Même si on change de nom, qu’est-ce que ça va changer? a demandé Line Veilleux. Ce serait comme si on baissait les bras et qu’on disait que c’est réellement dangereux. Comment ça se fait que le gouvernement nous laisse rester ici si c’est si dangereux que ça et qu’il faut changer de nom tellement ce l’est? J’y tiens, moi, au nom Asbestos. »

D’autres citoyens en défaveur du changement ont accusé le conseil d’hypocrisie en « se cachant » derrière un nom pendant que la mine ne disparaîtra pourtant pas du portrait. Les élus ont répété maintes fois qu’il s’agit surtout « d’une question de perception » qui freine le développement économique des entreprises établies ou désirant s’établir à Asbestos.

Lumières rouges

Plusieurs citoyens ont offert leurs félicitations au conseil. Frédéric Tremblay, propriétaire du Groupe LTI, des experts-conseils en lubrification industrielle, s’est montré ravi. « Moi, j’exporte des produits. J’ai besoin d’aller me présenter dans des multinationales aux États-Unis, et quand je dis que je suis d’Asbestos, je dois passer 20 minutes sur les 30 qui m’ont été attribués pour convaincre que ce n’est pas dangereux. […] On est 7000 à Asbestos qui ont peut-être plus de jugement que le reste de la planète, mais ça va prendre pas mal plus que 100 000 $ pour convaincre le reste de la planète que ce n’est pas dangereux. »

L’ancienne députée provinciale Karine Vallières, qui œuvre maintenant comme directrice des communications et affaires publiques chez Alliance Magnésium à Danville, a elle aussi tenu à exprimer les défis de l’entreprise qui cherche à valoriser les résidus miniers de la mine Jeffrey pour en extraire le magnésium.

Malgré « le subterfuge de l’adresse à Danville », les négociations avec de grands joueurs internationaux sont affectées. « L’un d’eux a décidé de se retirer carrément à cause des démarches du BAPE [sur l’amiante] et que ça causerait trop de délais pour lui. Avec l’autre, on est dans les démarches finales pour parvenir à un début de construction bientôt. On est rendus à faire les certifications de localisation. Là, ils commencent à voir des adresses d’Asbestos partout. Les lumières rouges, dans les dernières semaines, allument de partout. On doit répondre de chaque détail et c’est très difficile. »

Avec son « chapeau d’ancienne députée » Mme Vallières a aussi évoqué un projet-pilote de partenariat qu’elle avait autrefois tenté de mettre en place pour attirer de la main-d’œuvre étrangère. « On avait sous-estimé l’effet que [le nom] ferait. Ils ont décidé de choisir une autre municipalité », a-t-elle partagé.

Un autre citoyen, Jean-Daniel Grenier, a de son côté rapporté que, lorsqu’il a voulu faire évaluer sa maison, l’inspecteur lui a confié qu’il devrait retrancher entre 15 et 20 % de la valeur de la propriété, « parce qu’elle est située à Asbestos et que ce n’est pas beau à dire ».

La Ville tiendra une rencontre citoyenne entièrement consacrée au changement de nom le 9 janvier prochain, où elle partagera tous les détails du processus qui est toujours en cours de création.