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Isabelle Béliveau, fondatrice et directrice de l’organisme sherbrookois Éco-motion
Isabelle Béliveau, fondatrice et directrice de l’organisme sherbrookois Éco-motion

Parler de ses éco-émotions

Coralie Beaumont
Coralie Beaumont
La Tribune
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Une conférence virtuelle « MIDI-MAD, climat et santé psychologique » aura lieu le 10 mars à 12 h 15 avec Isabelle Béliveau, la fondatrice et directrice de l’organisme sherbrookois Éco-motion. Organisée par le Centre universitaire de formation en environnement et en développement durable de l’UdeS, cette conférence sera l’occasion d’ouvrir la discussion concernant les émotions en lien avec la nature et les changements qui en découlent, notamment l’écoanxiété générée par les crises environnementales.

« On n’en parle pas beaucoup, car il y a un double silence social sur nos émotions », explique Isabelle Béliveau. D’une part, les personnes ne sont pas encouragées à parler de leurs émotions et de la détresse psychologique et, d’autre part, il y a un silence social concernant les crises environnementales. « Pourquoi? Parce que ça nous fait souffrir que les espèces disparaissent et que ce soit la faute de l’humain, entre autres. C’est difficile d’en parler. Et comme on n’est pas encouragé à parler de nos sentiments, de comment on vit les choses, il y a un silence social », précise cette diplômée en environnement.

La mission de l’organisme qu’elle a fondé est donc d’en parler, « et de dire qu’on est beaucoup plus qu’on pense à en vivre, particulièrement les jeunes qui remettent beaucoup en cause leur futur présentement », précise Mme Béliveau.

Anxiété et impuissance

Elle explique que l’écoanxiété est, à la base, « une émotion saine et adaptative. Elle nous prépare à l’action, car il y a une menace ». La charge mentale est plutôt, selon elle, reliée à un sentiment d’impuissance. « Le problème est tellement gros. Nous, en tant qu’individu, on a une capacité limitée à agir sur ce problème ». 

L’impuissance et l’anxiété ne font pas bon ménage. « L’anxiété nous pousse à agir, à trouver des solutions... Mais le problème est souvent trop gros et on a du mal à recadrer cela avec notre capacité à agir. Plus tu te sens impuissant, plus tu te sens anxieux », enseigne-t-elle.

Elle est donc d’avis qu’il est important de trouver un juste milieu dans l’action. « C’est ça notre message avec Écomotion. Oui, il faut agir. L’anxiété nous pousse à agir, à s’engager pour trouver des solutions. L’action permet alors de réduire l’anxiété, car on se sent de plus en plus efficace. Mais dans le contexte des changements climatiques, c’est tellement gros, multifactoriel, avec beaucoup d’incertitudes, car on ne peut pas tout comprendre. Il faut trouver un juste milieu entre l’action et le repos, car ce n’est pas un problème qui va se régler dans deux semaines… ni dans 20 ans. »

Trouver l’équilibre

Comme dans tout, il est difficile de trouver un équilibre. Elle pense donc qu’il est important d’avoir un réseau de soutien pour ne pas rester avec des émotions douloureuses lorsque des mauvaises nouvelles surgissent. 

Elle juge aussi important de « reconnaître qu’on est dans une période qui n’est pas évidente » et cultiver l’auto compassion à cet égard.

Cette conférence ouverte à tous, y compris aux étudiants du baccalauréat en environnement qui ne connaissent pas « l’impact de notre santé psychologique sur comment agir et comment convaincre d’autres d’agir ». Or, elle pense que le rôle d’un environnementaliste à présent est de « stimuler l’action et le changement à travers toutes les instances, les municipalités, les entreprises, etc. »

La conférence sera donc l’occasion de démystifier les éco-émotions. « Il y a une quinzaine d’éco-émotions qui ont été théorisées », explique encore Mme Béliveau. 

Cette environnementaliste peut compter sur une équipe très diversifiée de 12 personnes au sein de son organisme, notamment des doctorants en psychologie. 

« On essaie de détruire les silos. L’environnement, c’est un système vraiment complexe qui interagit tout le temps avec plein de disciplines. On essaie aussi de montrer avec Éco-motion qu’il faut travailler tous ensemble. »